À la vitesse d’un dragon qui mettrait un siècle à dérouler sa queue et soudain se retournerait en un quart de seconde, la Chine post-moderne a commencé à nous montrer son ventre mordoré. L’intimité de son âme. Le visage multicolore de son extrême religiosité. Derrière la tourmente rouge, la lumière, comme le dit le Yi King, s’était obscurcie - c’est-à-dire que la culture et les traditions s’étaient cachées, ou plutôt masquées.
En discutant avec des Chinois et avec des sinologues voyageant, stupéfaits, dans l’Empire du Milieu en ce tournant de millénaire, on découvre que, même au plus violent de la Révolution culturelle, la Chine ne s’était jamais départie, consciemment ou pas, de ses réflexes taoïstes ancestraux, avec Mao à la place traditionnelle du tyran grandiose, adossé contre la muraille et regardant vers le sud. Quant aux étudiants de 89, chemises ouvertes devant les chars, quel exemple de confucianisme ! Rien ne s’est donc perdu ? Aujourd’hui, alors que l’on a fêté le centenaire de sa naissance, Mao Zedong est en train de devenir - il l’est déjà - un dieu chamanique ! Oui, un redoutable petit dieu, actuellement en probation au panthéon des divinités chinoises. Et tout le pays s’ébroue, accueillant, sans trop oser y croire, le retour des trois grandes religions emmêlées qui, ici, forment comme une tresse entre la terre et le ciel.