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Ancien kiné-ostéopathe, ami et protecteur de Gitta Mallasz à la fin de sa vie, il est à l’origine de tout un mouvement de développement personnel, indirectement inspiré des Dialogues avec l’Ange. Dernier ouvrage paru : Allo mon corps ? Fondement de la psychanalyse corporelle, éd. Editas

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Bernard Montaud

Les petites musaraignes de la paix



Il arriva qu’un jour César demanda à Jacques de l’emmener au village pour faire quelques courses. À peine était-il dans la voiture que déjà le vieil homme branchait l’autoradio, voulant écouter les nouvelles du monde. À l’annonce finale d’un nouvel attentat meurtrier quelque part au Moyen-Orient, Jacques crut bon de s’indigner : « Comment est-ce possible, tant de violences ? Cela ne finira donc jamais ! " Mais César, ayant éteint la radio, était déjà tourné ailleurs, tout entier dans sa contemplation d’un voisin qui labourait. Alors Jacques insista lourdement, comme à son habitude quand quelque chose lui tenait à coeur :

- Et nous restons là sans bouger ! Comment se mobiliser contre toutes ces atrocités ? Il y a bien quelque chose à faire. . .

- C’est la guerre des deux cancers du ciel et de la terre ! lança César comme par inadvertance en saluant de loin son voisin. Le cancer d’une foi devenue folle pour tuer au nom de Dieu et le cancer d’une richesse devenue indigne pour être aussi arrogante au milieu de tant de misères.

Jacques resta bouche bée devant une telle remise en ordre, juste le temps de rassembler ses esprits pour repartir en croisade.

Et tout y passa : descendre dans la rue, la fin d’une époque, la nouvelle économie du partage durable, le manque de foi, etc., etc. César l’interrompit :

- Allons, Jacques, si tu veux prendre parti dans ce conflit, alors choisis le parti de ta grandeur. Transfoeme-toi, consacre toute ton énergie à être la nouvelle solution : un homme de paix d’abord au-dedans ! Voilà le seul acte politique que je connaisse.

Il fallut plusieurs kilomètres à Jacques pour digérer l’homme de guerre qu’il découvrait au fond de lui-même. C’est vrai, il ne s’aimait pas trop, il supportait si mal ses moindres faiblesses. C’est vrai, tous ses petits travers lui faisaient tellement honte que bien souvent c’étaient les autres qui en payaient les conséquences !

Peut-on être un bon militant pour la paix au-dehors tant qu’au-dedans on est encore un guerrier contre soi-même ?

Il en était là, quand à l’entrée du village César ajouta :

- Vois-tu, mon vieux, il y a des millions d’années, durant le règne des dinosaures, des petits animaux presque invisibles ont inventé le sang chaud pour survivre à la folie du ciel et de la terre. Et ils ont survécu, tandis que les grands et puissants dinosaures, avec leur sang froid, ont tous disparu. Ils avaient inventé la chaleur dedans qui sauve du froid au-dehors !

Eh bien, aujourd’hui, c’est le même phénomène qui recommence, mais un étage au-dessus. Des petites musaraignes invisibles, des hommes et des femmes par-ci, par-Ià, décident que leurs faiblesses aimées pourraient devenir une source chaude. . . de paix !

Se peut-il qu’ils deviennent les nouveaux petits mammifères de l’esprit, les futurs géants de la terre, quand les dinosaures de l’intelligence froide se seront détruits ?

Seuls ceux qui inventeront la paix au-dedans se sauveront de toutes les guerres au-dehors.


© Bernard Montaud

Bernard Montaud répond à ses lecteurs sur le site des éditions Editas : www.editas.fr





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