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Ancien kiné-ostéopathe, ami et protecteur de Gitta Mallasz à la fin de sa vie, il est à l’origine de tout un mouvement de développement personnel, indirectement inspiré des Dialogues avec l’Ange. Dernier ouvrage paru : Allo mon corps ? Fondement de la psychanalyse corporelle, éd. Editas

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Bernard Montaud

Mon tout premier amour



Il arriva qu’un jour, au début de l’été, Jacques décida de rejoindre son vieil ami César, juste pour l’aider à repeindre sa cuisine.

Pauvre Jacques ! Il était déjà coincé au milieu de sa vie professionnelle trépidante, avec sa femme, ses enfants et ses amis qu’il ne voyait pas assez à son goût. Et voilà qu’en plus il allait s’absenter pour aider César ! Quel gâchis, cette vie qui court sans cesse après le temps, et qui finalement ne récolte que les reproches de tous !

Mais quel bonheur de sentir César si proche, cet empereur des lieux où le temps s’écoule tout autrement ! Sous la tonnelle, il y avait déjà une bouteille de cahors et deux verres sortis sur la petite table.

César écouta son jeune ami dans sa longue complainte contre lui-même. Ensuite ils vidèrent la cuisine de ses meubles pour pouvoir la repeindre. Et Jacques continua à s’accuser de mille problèmes insolubles auxquels le vieil homme n’accordait plus maintenant qu’un intérêt distrait.

Et puis vinrent les heures côte à côte, le rouleau à la main, la peinture qui dégoulinait le long du bras, et s’appliquer à chaque instant à ne pas faire trop de saletés. Jacques continuait à tempêter contre lui-même. . .

Soudain César, jusque-Ià silencieux, posa son rouleau sur le rebord du seau et invita Jacques à faire de même :

- Viens avec moi, lança le vieil homme, je crois bien que j’ai trouvé la solution à tous tes problèmes !

Jacques, interloqué, s’exécuta et il suivit César sous la tonnelle, quelque peu anxieux de la suite des événements. Ils se servirent deux verres et, bien entendu, Jacques renversa le sien, fidèle à son état d’esprit du moment.

- Et voilà, c’est tout moi ! Tu vois, César, c’est toujours pareil. . . ce verre, c’est ma vie ! Je ne suis pas fiable, je suis trop bordélique, j’ai toujours ce geste en trop qui fout tout par terre. . .

- Arrête, mon Jacques, tu me fatigues. Écoute : gifle-moi, cela te fera du bien !

- Mais César, je. . . comment veux-tu que. . . c’est impossible !

- Gifle-moi, ou bien tu rentres chez toi sur-Ie-champ.

Le ventre noué devant le regard bleu du vieil homme,Jacques tenta une gifle ridicule. Mais César insista pour que le coup soit plus fort. Alors le jeune homme gifla son vieil ami juste avant de s’effondrer en larmes.

- Tu as vu comme cela fait mal de frapper un innocent ! Eh bien, c’est ce que tu n’as cessé de faire depuis que tu es arrivé. Tu n’as pas cessé de gifler un pauvre Jacques. . . Mesures-tu comme c’est monstrueux ?

Ils burent leur verre, chacun enfermé dans son silence. Et puis, juste avant de retoumer à la peinture, César lança d’un ton enjoué :

- Tu sais, Jacques, ton tout premier amour est envers toi-même, envers ta propre misère ! Et ce tout premier amour détermine tous les autres. . .


© Bernard Montaud

Bernard Montaud répond à ses lecteurs sur le site des éditions Editas : www.editas.fr