Ces deux-là ne s’etaient pas vus depuis leur lointaine jeunesse, et voilà qu’un matin ils tombent nez à nez, par hasard, au coin d’une rue. Surprise émerveillée, joie bruyante, embrassades. L’un est professeur de français dans un collège de banlieue, l’autre est un banquier richissime. Il en est fier. Cela se voit.
- Il faut que tu viennes chez moi, dit-il, la mine épanouie. Allons, viens, ma voiture est là.
Une Rolls blanche, immaculée. Le chauffeur ouvre la portière. Ils montent, et le carosse va. Banlieue chic. Haut portail de fer. Il s’ouvre automatiquement.
- Mon parc, dit le banquier. Là, à droite, mon golf. À gauche, mes chevaux.
La voiture s’arrête enfin devant le perron du château.
- Ma maison. Mes rosiers. Mon gazon. Ma piscine. Gustave, mon valet de pied.
Ils entrent. Le prof s’extasie.
L’autre, le geste large :
- Mon hall. Ma bibliothèque. Mon Chagall. Mon Renoir. Viens voir mes porcelaines.
L’escalier. Marbre d’Italie. Premier étage.
- Ma moquette. Ma tapisserie d’Aubusson. Et nous voici devant ma chambre.
L’homme d’affaires ouvre la porte. Sur un grand lit à baldaquin surgissent des draps chiffonés un homme et une femme nus.
- Mon épouse, dit le banquier.
Et désignant, à côté d’elle, l’ébahi au torse velu :
- Et là, mon cher ami, c’est moi.