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Jacques Salomé

Pour aller au delà d’un chaos annoncé, pour continuer à exister



Depuis quelques années les mouvements de la vie se sont accélérés autour de chacun de nous. Ces mouvements, devenus parfois des tourbillons, semblent aller de plus en plus vite et créer ainsi des collusions et des confusions incompréhensibles. Des informations contradictoires, vraies ou fausses se bousculent, les unes inquiétantes, d’autres plus confuses, qui s’annulent à quelques jours d’intervalles. Et puis il y a surtout le doute, l’insécurité qui nait de la non confiance en ceux qui nous dirigent ou qui sont censés savoir. Tous ces experts qui n’avaient pas prévus l’éclatement de cette crise financière, qui n’ont pas vu s’accumuler la folie de quelques banquiers, la redoutable emprise du pouvoir de l’argent et de la corruption dans les prises de décision politiques ou économiques, l’incohérence des promesses non tenues. La surdité de tous ceux qui n’ont pas su entendre les signes et veiller à un équilibre écologique plus rigoureux, un aveuglement criminel sur les conséquences parfois irréversibles qui vont peser sur une planète blessée et que nous allons laisser en héritage à nos descendants.

Tout cela nous renvoie à l’urgence d’une auto - protection plus personnelle, à la nécessité de se donner des repères plus fiables, à trouver, à retrouver dans nos ressources intimes et dans nos potentialités en jachères, dans nos possibles en friches, dans nos rêves violentés un chemin d’espérance.

Je vois comme une issue possible à un chaos annoncé, la nécessité urgente de se former aux relations humaines, de découvrir des balises communes, accessibles, transmissibles pour mieux apprendre à mettre en commun, c’est à dire à échanger, à partager, à créer ensemble. J’ai découvert récemment que le permis de conduire les automobiles avait été imposé en France seulement en 1905. Cela veut dire qu’avant cette date, chacun pouvait circuler comme bon lui semblait, en fonction de son habileté personnelle, de ses moyens, de l’urgence qu’il ressentait pour réaliser son désir d’ arriver à tel endroit et à telle heure.

Avec l’explosion de la circulation automobile qui a suivi l’Exposition Universelle de 1900, les accidents se sont multipliés de façon spectaculaire ainsi que les embouteillages, les violences et les conflits entre automobilistes, entre automobilistes et autres usagers de la route.

D’où la nécessité de proposer et d’imposer un certain nombre de règles communes pour circuler, se déplacer, que l’on soit en voiture, à cheval ou à pieds.

Il apparaît de façon de plus en plus évidente aujourd’hui, que nous vivons, avec un siècle de retard, la même problématique en terme de communication. Avec l’extraordinaire développement des outils de la communication (internet, cellulaire, fax, télévision....) il y a actuellement une saturation, des embouteillages, des malentendus, des tensions et des conflits relationnels de plus en plus violents entre les individus.

Nous nous exprimons beaucoup mais nous communiquons mal. Nous avons développé ce que j’appelle une communication de consommation (confondue avec la circulation de l’information) au détriment d’une communication relationnelle. Communication relationnelle qui serait plus conviviale, plus personnalisée, une communication qui nous relierait, nous amplifierait, nous dynamiserait mutuellement. Nous n’avons pas encore décidé d’apprendre les quelques règles d’hygiène relationnelle communes qui nous permettraient de mettre en commun sans avoir recours à la manipulation, à la menace, à la violence ou l’exclusion. Nous avons aujourd’hui du mal à mettre en commun ; à créer des relations en réciprocité, excluant les rapports dominants/dominés, permettant de ne pas se laisser enfermer dans des comportements d’infantilisation ou d’aliénation que nous secrétons ou proposons trop souvent avec la plus parfaite sincérité et inconscience. Les changements urgents vers lesquels nous pourrions nous diriger seraient liés à un travail sur soi pour développer des relations plus conscientes, plus autonomes, plus porteuses de vivance que d’aveuglement ou de désespérance.

Une proposition acceptable par chacun serait que nous puissions nous engager, quelque soit notre âge, notre fonction, notre statut social, à nous former aux relations humaines, à l’aide de quelques balises communes. Que l’école puisse transmettre à nos enfants ces mêmes règles, pour mieux apprendre à vivre ensemble (ce qui devrait être, avec la transmission de savoir et de savoir faire, une des grandes missions de l’école). Pour désapprendre la compétition, la fuite dans la consommation ou l’égarement dans les univers virtuels. Pour renoncer à la défiance, à la violence et à l’auto destruction qui dominent dans de plus en plus de domaines de la vie.

Pour que l’aspiration à un mieux être, à un mieux vivre, ne reste pas un voeux pieux.


Jacques Salomé est l’auteur de :

- Et si nous réinventions notre vie. Ed du Relié

- Le courage d’être soi. Ed du Relié

Site : www.j-salome.com





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