Depuis quelques années les mouvements de la vie se sont accélérés autour de chacun de nous. Ces mouvements, devenus parfois des tourbillons, semblent aller de plus en plus vite et créer ainsi des collusions et des confusions incompréhensibles. Des informations contradictoires, vraies ou fausses se bousculent, les unes inquiétantes, d’autres plus confuses, qui s’annulent à quelques jours d’intervalles. Et puis il y a surtout le doute, l’insécurité qui nait de la non confiance en ceux qui nous dirigent ou qui sont censés savoir. Tous ces experts qui n’avaient pas prévus l’éclatement de cette crise financière, qui n’ont pas vu s’accumuler la folie de quelques banquiers, la redoutable emprise du pouvoir de l’argent et de la corruption dans les prises de décision politiques ou économiques, l’incohérence des promesses non tenues. La surdité de tous ceux qui n’ont pas su entendre les signes et veiller à un équilibre écologique plus rigoureux, un aveuglement criminel sur les conséquences parfois irréversibles qui vont peser sur une planète blessée et que nous allons laisser en héritage à nos descendants.
Tout cela nous renvoie à l’urgence d’une auto - protection plus personnelle, à la nécessité de se donner des repères plus fiables, à trouver, à retrouver dans nos ressources intimes et dans nos potentialités en jachères, dans nos possibles en friches, dans nos rêves violentés un chemin d’espérance.
Je vois comme une issue possible à un chaos annoncé, la nécessité urgente de se former aux relations humaines, de découvrir des balises communes, accessibles, transmissibles pour mieux apprendre à mettre en commun, c’est à dire à échanger, à partager, à créer ensemble. J’ai découvert récemment que le permis de conduire les automobiles avait été imposé en France seulement en 1905. Cela veut dire qu’avant cette date, chacun pouvait circuler comme bon lui semblait, en fonction de son habileté personnelle, de ses moyens, de l’urgence qu’il ressentait pour réaliser son désir d’ arriver à tel endroit et à telle heure.
Avec l’explosion de la circulation automobile qui a suivi l’Exposition Universelle de 1900, les accidents se sont multipliés de façon spectaculaire ainsi que les embouteillages, les violences et les conflits entre automobilistes, entre automobilistes et autres usagers de la route.
D’où la nécessité de proposer et d’imposer un certain nombre de règles communes pour circuler, se déplacer, que l’on soit en voiture, à cheval ou à pieds.
Il apparaît de façon de plus en plus évidente aujourd’hui, que nous vivons, avec un siècle de retard, la même problématique en terme de communication. Avec l’extraordinaire développement des outils de la communication (internet, cellulaire, fax, télévision....) il y a actuellement une saturation, des embouteillages, des malentendus, des tensions et des conflits relationnels de plus en plus violents entre les individus.
Nous nous exprimons beaucoup mais nous communiquons mal. Nous avons développé ce que j’appelle une communication de consommation (confondue avec la circulation de l’information) au détriment d’une communication relationnelle. Communication relationnelle qui serait plus conviviale, plus personnalisée, une communication qui nous relierait, nous amplifierait, nous dynamiserait mutuellement. Nous n’avons pas encore décidé d’apprendre les quelques règles d’hygiène relationnelle communes qui nous permettraient de mettre en commun sans avoir recours à la manipulation, à la menace, à la violence ou l’exclusion. Nous avons aujourd’hui du mal à mettre en commun ; à créer des relations en réciprocité, excluant les rapports dominants/dominés, permettant de ne pas se laisser enfermer dans des comportements d’infantilisation ou d’aliénation que nous secrétons ou proposons trop souvent avec la plus parfaite sincérité et inconscience. Les changements urgents vers lesquels nous pourrions nous diriger seraient liés à un travail sur soi pour développer des relations plus conscientes, plus autonomes, plus porteuses de vivance que d’aveuglement ou de désespérance.
Une proposition acceptable par chacun serait que nous puissions nous engager, quelque soit notre âge, notre fonction, notre statut social, à nous former aux relations humaines, à l’aide de quelques balises communes. Que l’école puisse transmettre à nos enfants ces mêmes règles, pour mieux apprendre à vivre ensemble (ce qui devrait être, avec la transmission de savoir et de savoir faire, une des grandes missions de l’école). Pour désapprendre la compétition, la fuite dans la consommation ou l’égarement dans les univers virtuels. Pour renoncer à la défiance, à la violence et à l’auto destruction qui dominent dans de plus en plus de domaines de la vie.
Pour que l’aspiration à un mieux être, à un mieux vivre, ne reste pas un voeux pieux.
Jacques Salomé est l’auteur de :
- Et si nous réinventions notre vie. Ed du Relié
- Le courage d’être soi. Ed du Relié
Site : www.j-salome.com
Pour reprendre les propos d’une grande dame, Marie-Madeleine Davy (1903-1998) : "il faut bien reconnaître que le monde, cruel, voué au matérialisme, dominé par le goût et l’argent, politisé jusqu’à la moelle des os, englué dans une démagogie primaire, n’est pas favorable à la "profondeur". L’ère inhumaine de la machine, draine l’agressivité et la violence". Force est de reconnaître que l’humanité est à la charnière des plus grandes crises jamais connues à ce jour : crises financière/économique, climatique, sans oublier la crise alimentaire laquelle, tout aussi implacable, s’élève inexorablement sur fond d’une démographie galopante. A l’horizon de notre Terre malade d’une kyrielle d’irresponsables, de névrosés et de psychopathes patentés, se compose un sombre avenir dont jeunes et moins jeunes vont devoir en payer le plus lourd tribut. En effet, comment pallier à de telles situations ? Une décennie n’y suffirait certes pas. Quand bien même, gonflé d’optimisme et de bonnes intentions, on s’y attellerait, quelles calamités entraveront, entretemps, toutes actions, seraient-elles les plus belles et les plus raisonnables ? Craignons que nous soyons à un point de non-retour. La lutte, entre autres, contre la pollution aurait dû commencer voici 30 ans au moins ! En outre, les faits nous démontrent qu’une trop large majorité d’hommes manquent toujours de raison et de bon sens ; englués de rationalisme, ils substituent le qualitatif au quantitatif tandis que d’aucuns imbus de préjugés, d’orgueil et de vengeance, vont jusqu’à plonger dans la haine de leur voisin sans reconnaître leurs pires travers. Quel avenir, aussi, pour les populations rabaissées à l’état de "valeurs de marchés", alignées en colonnes statistiques qui ne formulent qu’une moyenne idéale ? Celles-ci, en fait, « ... éteignant toutes les exceptions vers le haut et vers le bas et les remplaçant par une donnée moyenne abstraite* » ? Bornée par la rationalité, une intelligentsia manipule les esprits ; ses beaux-parleurs et libres-penseurs, intellectuels, politiciens et autres Crésus-spéculateurs, se jouent de la collectivité, incapables d’élever leurs points de vue. Avides de pouvoir et de gloriole, ils se donnent bonne conscience ; ils exploitent la crédulité de l’homme de la rue victime, malgré lui, de leurs douteuses et coûteuses notoriétés gagnées à coups de faillibles promesses et de bluff ! Sous prétextes de liberté d’expression que d’abominations sont exposées par des médias irresponsables, avides de scoops, jusqu’à l’irrespect de la sensibilité religieuse et de l’âme d’un peuple. Le monde verse dans la fange de la provocation, d’une extraversion débordante et délirante ; déliquescence d’une « civilisation » qui se dit moderne à l’autel d’une science usurpant la foi et le sacré. Notez que le terme « civilisation » n’a environ que 150 ans d’existence, terme ambigu qui se voudrait désigner une qualité d’existence, d’époque progressiste, moderne, mais dont une majorité de ses contemporains n’a encore tiré de leçon des affrontements passés. Sans doute, ne saurait-il y avoir de paix sur Terre tant que l’homme n’aura fait la paix en lui. Les conflits de masses grondent chaque jour davantage tandis que « Plus une foule est grande et plus dévalorisé se trouve l’individu.* » Mais, encore : « Le propre des mouvements de masse est d’anéantir l’individu et de le rendre inconscient par le biais de la suggestion * ». Le plus grand défi qui est donné aux hommes est celui de se changer lui-même. Un défi hors normes ! Hélas, Ô combien dérisoire dans une société où règne tant la quantité que la matérialité. Qui se soucie de son « hygiène intérieure » ? Chaque jour, à l’autel du terrorisme, des innocents sont sacrifiés au nom d’une idéologie résolument homicide dont les auteurs revendiquent haut et fort leurs œuvres mordides tandis que de Grands, hommes et femmes, qui ayant travaillés et luttés pour un monde meilleur, ou pour quelque noble cause, n’ont pas échappé à la folie meurtrière de quelques psychopathes patentés. Il faut se rendre à l’évidence : les hommes de bien ne sont, hélas, pas légion et restent parfois des plus vulnérables face à la barbarie dans un monde qui se dit civilisé. Le terme « civilisation » n’a environ que 150 ans d’existence, terme ambigu qui se voudrait désigner une qualité de vie, d’époque progressiste, moderne, mais dont une majorité de ses contemporains n’a encore tiré de leçon des affrontements passés sans doute serait-ce oublié que Il ne saurait y avoir de paix sur Terre tant que l’homme n’aura fait la paix en lui. Comment être heureux dans ce tumulte incessant où plusieurs centaines de millions de personnes meurent de faim dans le monde dont, chaque année, 6 millions d’enfants ? Comment être heureux dans un monde où la violence où les suicides s’accroissent au fil des ans ; épidémies psychiques révélatrices d’une société malade d’elle-même ? ? Qui ose prétendre avoir bonne conscience au sein d’une civilisation ampoulée de compétitions et de trafics sordides quand ce n’est morbides ? A l’instar de ce que citait une certaine personnalité : tel le Titanic, où les passagers se plaisaient à converser et d’autres à s’amuser, nous avançons dans l’ombre, or, qu’au loin, se dresse l’obstacle inattendu, mais cette fois bien plus terrifiant qu’un iceberg.
Edgar J. Wuyts. BRUXELLES. BELGIQUE
* Carl Gustav JUNG.