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Dans
la langue des Baloutches, guât signifie "vent", mais aussi esprit,
djinn. Cette désignation reflète un double symbolisme : le vent
est immatériel, impalpable, mais sensible comme peut l'être un
esprit. Dans ces régions souvent balayées par des vents violents,
le terme a une connotation néfaste ou morbide, affectant le plan
physique aussi bien que psychique.
Dans de nombreux parlers persans, bâd, le vent, désigne des affections
situées en général dans la partie inférieure du corps, telles
que gonflements ou maux internes. Dans la conception traditionnelle,
la frontière n'est pas très nette entre les affections somatiques
et psychiques, et la cause des unes comme des autres peut très
bien être un esprit malin. S'il existe bien des maux qui ont des
causes matérielles et qui peuvent se soigner par les thérapies
traditionnelles, il en existe d'autres contre lesquelles la médecine
est inopérante et qui relèvent de l'art de l'exorcisme. Dans la
majorité des cas, ces opérations sont réalisées par des hommes
instruits dans la religion et parfois dans la science des talismans.
En Iran, ce sont les mollâs qui opèrent, sans posséder de qualification
particulière, ou encore des derviches versés dans cet art, à moins
qu'on ne s'adresse aux Juifs dont les talents en ce domaine sont
appréciés
de longue date.
Au Baloutchistan, cependant, il existe une catégorie d'esprits,
les guât, qui ne se laissent pas circonvenir par ces procédés
et qui nécessitent une forme de traitement particulier se rattachant
au phénomène général de la possession et de la transe, dans une
perspective non pas cultuelle mais thérapeutique, ou chamanique
au sens large. [...] Dans ce rite, la musique instrumentale et
vocale, ainsi qu'une forme de danse en état de transe constitue
le principe opératoire fondamental auquel sont associés certaines
prières propitiatoires et un sacrifice animal en guise de clôture.
En voici les grandes lignes, telles qu'un informateur baloutche
pourrait les tracer.
Il arrive que quelqu'un tombe malade moralement ou physiquement
et que ni les médecins, ni les mollâs avec leurs talismans ne
parviennent à le guérir. On l'amène alors chez un guâti, un spécialiste
du rite d'exorcisme, qui diagnostique un mauvais esprit. Il arrange
alors une cérémonie qui se répètera toutes les nuits pendant environ
une semaine de suite, durant lesquelles on fait "danser" le malade
en état de transe en lui jouant des mélodies appropriées sur la
vielle sorud ou la double flûte doneli. Le dernier soir, on offre
un sacrifice et on adjure l'esprit de ne plus importuner le patient,
ce qu'il fait le plus souvent, mais pour une période limitée à
une ou quelques années, après lesquelles on doit recommencer une
thérapie.
Le
rituel
Dans son diagnostic l'officiant (ostâ) tient compte du fait que
le malade a consulté sans succès les médecins, les guérisseurs
traditionnels (hakim), voire les désenvoûteurs ordinaires. La
manière dont s'établit le diagnostic ne constitue pas un protocole
précis, mais comme l'ostâ est lui-même un ancien guâti, il lui
est assez facile de reconnaître les cas qui relèvent de sa compétence.
En effet, on ne devient ostâ, khalife, bâbâ guât ou guâti mât
(littéralement, maestro, calife, père guâti ou mère guâti), qu'après
avoir subi soi-même un certain nombre d'exorcismes et être devenu
un familier du rituel au cours de séances renouvelées tous les
ans ou à intervalles plus espacés de trois, cinq, voire sept ans.
Il faut sans doute ajouter à cette expérience des talents de guérisseur
et une forte personnalité, ce qui implique d'avoir complètement
assumé son état de patient, de victime passive, et d'avoir fait
de son guât un allié que l'on peut faire venir à sa guise, ce
qui revient à avoir le contrôle de sa transe.
Ainsi n'est-il pas donné à n'importe qui de devenir ostâ, bien
qu'il existe, semble-t-il, des niveaux différents parmi ceux-ci,
correspondant à leur maîtrise, leur pouvoir et leur renommée.
Bien entendu, les femmes excellent dans cet art aussi bien que
les hommes et sont plus nombreuses à le pratiquer. Cependant une
femme ne peut traiter que les femmes alors qu'un khalife homme
peut traiter les hommes aussi bien que les femmes.
Les séances se déroulent dans la maison du patient ou de sa famille,
et ne commencent que vers dix heures du soir, à l'heure où les
gens sont endormis. Le choix de ce moment souligne le caractère
exceptionnel du rite ; de plus, il rappelle que le sujet a été
touché par « l'ombre du guât planant au dessus de sa tête ». La
soirée se prolonge au moins deux heures, le plus souvent trois
ou quatre, parfois davantage, jusqu'à l'aube. Bien entendu, elle
comporte des pauses durant lesquelles on se restaure ou l'on boit
du thé. En principe, disait l'un des musiciens, « lorsqu'on commence,
il n'y a plus de frein », c'est-à- dire que la musique ne doit
pas s'arrêter, du moins tant que le sujet est en transe. En pratique,
les musiciens ne peuvent jouer plus d'une heure ou deux d'affilée
; ils demandent alors au guâti (et au guât) la permission de s'arrêter
en déclarant poliment leur intention de faire une pause. Il faut
dès la première séance habituer le guâti à ces pauses, sinon il
ne sera pas possible de l'arrêter par la suite. Il arrive qu'il
continue à s'agiter après que la musique ait cessé ; il faut alors
le calmer en le retenant doucement et en lui parlant, mais on
peut aussi jouer un autre air qui lui fasse moins d'effet. Après
un moment, la musique et la transe reprennent pour ne s'arrêter
que lorsque le sujet s'écroule de fatigue.
Abdorauf,
soufi baloutche,
accordant un luth tanbura. D-R
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La
recherche du rythme
Un point important est la recherche du ou des airs qui déclenchent
la crise initiale. Lorsqu'on a affaire à un premier cas, il faut
jouer un à un tous les morceaux du répertoire, jusqu'à ce que
le guâti réagisse manifestement à l'un d'eux. Une fois le morceau
trouvé, il faut le répéter sans relâche, à moins que d'autres
airs produisent le même effet sur lui. En pratique, il est des
guâti qui ne réagissent qu'à un seul air, bien que le plus souvent
ce soit plutôt deux ou trois ; en fait, certains sont affectés
par beaucoup d'airs, mais semble-t- il, à des degrés différents.
(Si ce n'était pas le cas, on ne leur prescrirait pas d'éviter
de fréquenter les lieux où l'on fait de la musique). Il est possible
que la transe une fois déclenchée soit aisément entretenue par
d'autres mélodies suivant des rythmes analogues. [...] Si le sujet
ne réagit à aucun des morceaux, on en conclut simplement qu'il
n'est pas possédé.
D'un autre côté, on n'établit pas de rapport entre l'air spécifique
et le cas du patient. Ceci n'empêche pas qu'une telle relation
existe nécessairement : il y a certainement une affinité secrète
entre le tempérament ou le symptôme du patient et l'air qui l'émeut,
mais il ne faut pas négli- ger d'un autre côté la subjectivité
des in- terprètes, le type decommunication qu'ils établissent
avec le guâti, leur propre état intérieur (hâl) et la manière
dont ils le transmettent, et le choix de l'ordre des pièces qui
peut être fortuit. On conçoit en effet que le sujet ne puisse
entrer en extase dès le premier morceau et s'échauffe peu à peu
jusqu'à ce qu'il soit vulnérable à un air qui n'a d'autre vertu
spécifique que de tomber au bon moment. Dès lors, c'est grâce
à l'audition de ce morceau, agissant un peu comme le stimulus
d'un réflexe conditionné, qu'il retrouvera l'état qu'il a éprouvé
la première fois. Nous proposons cette interprétation à titre
de simple hypothèse.
La transe elle-même n'est pas toujours spectaculaire ; si la majorité
des sujets est prise d'une sorte de danse ou d'agitation indescriptible,
parfois ponctuée de cris ou d'exclamations, il en est qui s'agitent
très peu et se contentent de dodeliner de la tête. Parfois le
guâti se met à chanter, ce qui est compris comme un signe d'approbation
de la part de son guât.
Chaque guâti possède son propre registre limité des gestes, des
mouvements, des postures, qui varient beaucoup d'un sujet à un
autre et qui ne sont pas stéréotypés. Il est intéressant de remarquer
que parfois l'ostâ stimule le patient à entrer en transe en amorçant
des mouvements de danse, en imprimant des mouvements à ses mem-bres,
combinés à une sorte de massage. Ce contact physique est sans
doute important : il brise les résistances et met en marche le
mécanisme subtil de la transe ; de plus, le contact physique avec
l'ostâ doit certainement contribuer à le mettre en confiance.
Durant les pauses et à la fin de la séance, ce contact est renouvelé
par le massage. D'ordinaire les femmes ne se font masser que par
une officiante, la guâti mât.
La
transe
On peut distinguer plusieurs phases dans le déroulement de la
transe :
- La première, où il ne se passe apparemment rien de spécial ;
les musiciens commencent à jouer leurs airs sans que le sujet
ne semble affecté.
- La seconde où son entrée en transe se manifeste à quelque signe
comme un tremblement ou un changement d'attitude. On dit qu'il
est rempli, c'est-à-dire que le guât a pénétré en lui. Durant
la première et la deuxième phase, il est en général allongé, parfois
recouvert d'un drap qui lui cache la figure, et sur lequel on
répand des graines appelées don.
- La troisième phase consiste en gesticulations que l'on peut
appeler danse, mais qui n'a rien à voir avec ce que l'on se représente
d'ordinaire par ce nom.
- Dans la quatrième phase, il s'écroule de lassitude ou manifeste
un état de saturation ; on dit qu'il est "rassasié". Le signe
de cette saturation peut être aussi le fait qu'il soit dérangé
par la musique et n'en veuille plus. C'est alors qu'interviennent
les massages exécutés par l'ostâ, à l'aide d'huiles aromatiques.
Si l'on se limite à une ou deux séances, l'état du malade ne fera
qu'empirer. Par contre, après quelques séances, on constate déjà
une amélioration.
Tout ceci se passe dans une atmosphère familiale, mais assez contenue.
Les personnes présentes n'y contribuent pas très activement et
s'abstiennent en général de chanter ou de frapper des mains, faute
de compétence, laissant ce soin à celles qui sont plus familières
avec ce rite et ces airs. En principe, lorsque le patient est
une femme, on tend un voile léger qui sépare le coin des hommes
de celui des femmes, usage qui relève davantage des convenances
que des nécessités du rituel, mais qui exprime peut-être la pudeur
que peut éprouver une femme à offrir à des personnes étrangères
à la maison le spectacle de sa transe. En principe, les séances
ne sont destinées qu'à une seule personne, mais il peut arriver
que d'autres soient touchées en même temps. Dans ce cas le premier
guât concerné n'est pas toujours "sociable" et manifeste son courroux
en frappant le patient et en le jetant à terre.
De même, le khalife est parfois saisi par la transe au cours de
la séance, en même temps que son patient, et ceci avant la dernière
séance. Durant la soirée on fait brûler des parfums et des plantes
aromatiques appelées sujak, dont on peut faire respirer les fumées
au guâti. Ceci s'accorde avec la pratique, courante en Orient,
consistant à chasser le mauvais oeil en brûlant des graines de
rue sauvage; d'un autre côté, cela correspond aussi à une offrande
au guât. Le parfum tient une place importante dans tout ce rite,
au point que même la vielle (sorud) est parfois imprégnée de musc.
Toujours est-il que le parfum est considéré comme un des quatre
facteurs efficaces dont les trois autres sont : la musique, les
versets du Coran (sous forme d'amulettes posées à la dernière
séance), et le massage. On fait aussi avaler au patient un mélange
de basilic, de safran, d'eau de rose, et d'une plante appelée
kost, mélange qu'on étale parfois sur certaines parties du corps.
De telles séances se répètent environ cinq à sept soirs de suite,
voire davantage, jusqu'à la séance de clôture. Celle-ci se déroule
comme les autres, mais une fois le guâti "rassasié", l'ostâ lui
pose des questions, pour essayer de déterminer la cause de l'envoûtement
et pour faire dire au guât ce qu'il désire.
Il arrive que le sujet parle avec une voix qui n'est pas la sienne
ou dans une autre langue, et certains affirment même qu'il s'agit
parfois de vraies langues telles que l'urdu, l'arabe ou le hindi,
dont le sujet n'a aucune connaissance. Même s'il ne s'agit que
de glossolalie, c'est la voix du guât qui s'exprime par celle
du malade ; il peut faire part de ses désirs, comme par exemple
celui de se faire offrir un sacrifice, ou, plus curieusement,
un bijou précis ou foulard de soie que sa victime devra porter
en mémoire de lui. L'ostâ s'adresse à lui pour l'amadouer :
il fait valoir qu'on lui a offert des séances de musique et de
danse (qu'il est censé apprécier puisque c'est par elles qu'on
l'attire), qu'on lui a offert du sang (la partie du mouton qui
lui est dédiée) ; il lui demande en contrepartie de laisser le
sujet tranquille et de ne plus lui faire de mal. En fin de séance,
on procède également à un massage.
Un des ostâ rencontrés appliquait une méthode personnelle : il
se faisait apporter un plat de métal chauffé au rouge, s'enduisait
la paume de la main d'huile et l'appliquait énergiquement pendant
quelques secondes sur le plat, comme pour la faire frire, après
quoi il procédait au massage du patient. Si le plat de métal brûlant
a le pouvoir de chasser l'esprit, comme c'est le cas des armes
blanches, sans doute transmettait-il ainsi ce pouvoir sur le corps
du possédé par l'intermédiaire de sa main.
Famille
Zangeshâdi (instrument de gauche à droite :
luth tambura, sorud, rabab) D-R
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Percevoir
les esprits
Les Baloutches donnent d'intéressantes informations sur la façon
de percevoir les esprits : ils s'entourent de précautions pour
ne pas tomber sous la colère d'un djinn qui pourrait les frapper
de démence ou de maladie (le terme arabe courant, majnun, signifiant
"possédé par un djinn" est assez explicite).
Un des djinns du nom de Mard Azemâ met les hommes à l'épreuve
en se montrant à eux.
Si le témoin surmonte sa peur, le résultat de cette rencontre
aboutit à l'amitié du djinn, de sorte que ce dernier l'assistera
toujours et résoudra ses difficultés, et où qu'il soit, le djinn
se présentera toujours à lui dès qu'il aura besoin d'aide. Par
contre, s'il a peur, le djinn le rendra fou ou malade. Les Baloutches
disent que Mard Azemâ rôde dans les lieux desséchés et désertiques
et qu'il se manifeste le plus souvent sous la forme d'une vache
verte, d'une gazelle, d'un oiseau et parfois sous d'autres formes
animales.
Le fait de voir un animal familier dans un endroit dépourvu de
trace de vie leur semble étonnant et effrayant. Ce djinn connaît
le nom et les caractères de l'homme qu'il rencontre et lui parle
; c'est alors que celui-ci est saisi de panique; il peut perdre
le contrôle de soi et être frappé de faiblesse ou de folie.
Le terme bâd lui-même est des plus ambigus. Les guérisseurs baloutches
dénombrent dans le corps humain 366 veines (rag) et autant de
bâd qu'on peut assimiler à des symptômes ou des maux tels que
: bâd-e solsoh, siâh bâd, doz Bâd, bâd-e gare-dun, bâd-e larz.
A chacun de ces maux correspond un remède. Bâd équivaut aussi
à dâd, c'est-à-dire douleur.
La frontière entre la cause physique et la cause animiste est
très floue ; par exemple, décrivant une méthode destinée à activer
certains courants sanguins et nerveux au moyen de picotements
d'une aiguille de bois passée au feu, le guérisseur expliquait
que par ce moyen l'on "effrayait les bâd". Par ailleurs, il est
question d'esprits que les livres traditionnels (probablement
des traités de médecine) mentionnent expressément sous les noms
de bâd-e havâ et bâd-e pari. Ces termes ne sont pas clairs ; le
premier signifie mot à mot "vent de l'air" ou "mal de l'air",
ou par assimilation, esprit aérien, et le second, vent, mal ou
esprit de pari.
A ce sujet, le khalife disait simplement que lorsqu'un esprit
se déplace dans les airs, le vent qui l'accompagne (sans qu'on
sache s'il parle au sens concret ou figuré), peut frapper l'homme
qui en tombe malade. Quoi qu'il en soit, pour eux, bâd-e havâ
équivaut à guât, terme purement baloutche qui ne se trouve pas
dans les livres.
Afin d'apporter un autre éclairage à ce phénomène de possession
et d'exorcisme, nous citerons le témoignage d'un jeune homme décrivant
un cas de guâti particulièrement typique. Curieusement, le narrateur,
qui a souvent assisté à des séances, considère qu'il s'agit pour
l'essentiel de simulations, dont le khalife lui-même n'est pas
dupe, et affecte beaucoup de mépris pour ces cas. Par contre,
il considère que sa mère représente un des rares cas authentiques,
et en parle avec une certaine gravité.
« Ma mère est guâti pour de vrai. Elle vivait seule avec ses enfants
pendant que mon père faisait des études en Angleterre. Il n'envoyait
pas d'argent et nous vivions dans la misère ;
elle était en proie aux difficultés, aux craintes et aux angoisses
d'une femme seule.
Elle était malade ; on voit encore les signes de sa maladie sur
ses bras. Pourtant, le docteur disait qu'elle n'avait pas de maladie.
Alors on l'amena chez une femme de Karachi pour une
seance guâti. »
« Là elle entra en transe ; elle dit qu'elle s'était sentie très
bien, mais son état ne s'améliora pas. Avant, on ne pouvait même
pas écouter une cassette de musique chez nous sans qu'elle se
trouve mal. Par exemple, Feyz Mohammad chante : "Allâh yâ khodâ
dâdani Shahbâz e sakhi la'l dâni" (vers religieux évoquant le
saint Shahbâz Qalandar, comme dans les airs guâti) ; lorsqu'elle
entendait cela, ses yeux devenaient rouges et elle perdait connaissance.
Elle était guâti. Finalement, après l'avoir amenée chez le mollâ,
ce qui fut sans effet, on la présenta à Bahrâm. Elle dansa trois
soirs de suite et depuis elle va beaucoup mieux. La musique ne
fait plus de mauvais effet sur elle. »
« Il y a des faux guâti. Un soir de séance, plusieurs jeunes femmes
furent ivres en même temps. Ma mère était assise ; soudain elle
sauta en l'air d'un bond, en criant hu! (un nom de Dieu). Aussitôt
toutes les femmes s'assirent sagement. (Elles avaient peur d'elle
qui était une guâti véritable). Elle était vraiment "ivre". Une
autre fois j'ai vu une femme qui était soi-disant ivre se pencher
vers sa compagne pour lui dire : "Va voir si mon bébé ne pleure
pas."
Les guâti existent, mais la majorité des cas sont des contrefaçons.
Dans cette société où
les femmes sont opprimées, le rite guâti est une occasion de se
distraire, de se défouler,
de danser.»
1-
Baloutches : peuple qui vit à cheval sur trois pays : Iran, Pakistan,
Afghanistan.
2- Ce texte est extrait
de l'ouvrage de Jean During : Musique et Mystique dans les
Traditions de l'Iran (Paris, IFRI - Peeters, 1989). Le
Livre 1 de ce travail monumental traite de la musique de guérison
et d'extase au Baloutchistan (Iran, Pakistan). A travers la présentation
des rites et l'analyse des répertoires spécifiques musicaux et
poétiques du monde iranien, l'auteur a cherché à pénétrer l'imaginaire,
à décrypter les symboles et à dégager les significations essentielles
et les structures métaphysiques, en veillant toujours à montrer
comment elles s'articulent avec les formes musicales, leur pratique,
et les représentations qui s'y attachent.
Ces faits et leur interprétation posent d'une manière nouvelle
et pénétrante l'éternelle question du mystère et du pouvoir de
la musique. Ainsi, cet ouvrage, publié avec le concours du Centre
National des Lettres et le CNRS, apporte une importante contribution
aussi bien à la connaissance de la culture persane et islamique
qu'à la musicologie et la philosophie de l'art en général.
Jean During a publié un double C.D. qui donne une idée du pouvoir
de cette musique extraordinaire : Balout-chistan. Musique d'extase
et de guérison.
Il est également l'auteur d'un ouvrage fondamental : Musique
et extase (éd. Albin Michel).
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