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Transe, musique et guérison au Baloutchistan
par Jean During

« Ceux qui ont une peine, la musique les fait revivre, leur esprit se régénère, ils oublient leur peine. Autrefois, grâce aux fêtes, aux danses et à la musique, les gens ne ressentaient pas les peines et les soucis. Mais aujourd'hui c'est le cas, parce qu'on n'entend plus de musique qu'une ou deux fois par an à l'occasion d'un mariage.
Le souci c'est d'avoir trop d'argent ou d'avoir des dettes; alors, petit à petit la maladie arrive. » Ainsi parle Bahrâm, chamane et maître de musique baloutche.1

Dans la langue des Baloutches, guât signifie "vent", mais aussi esprit, djinn. Cette désignation reflète un double symbolisme : le vent est immatériel, impalpable, mais sensible comme peut l'être un esprit. Dans ces régions souvent balayées par des vents violents, le terme a une connotation néfaste ou morbide, affectant le plan physique aussi bien que psychique.
Dans de nombreux parlers persans, bâd, le vent, désigne des affections situées en général dans la partie inférieure du corps, telles que gonflements ou maux internes. Dans la conception traditionnelle, la frontière n'est pas très nette entre les affections somatiques et psychiques, et la cause des unes comme des autres peut très bien être un esprit malin. S'il existe bien des maux qui ont des causes matérielles et qui peuvent se soigner par les thérapies traditionnelles, il en existe d'autres contre lesquelles la médecine est inopérante et qui relèvent de l'art de l'exorcisme. Dans la majorité des cas, ces opérations sont réalisées par des hommes instruits dans la religion et parfois dans la science des talismans. En Iran, ce sont les mollâs qui opèrent, sans posséder de qualification particulière, ou encore des derviches versés dans cet art, à moins qu'on ne s'adresse aux Juifs dont les talents en ce domaine sont appréciés
de longue date.
Au Baloutchistan, cependant, il existe une catégorie d'esprits, les guât, qui ne se laissent pas circonvenir par ces procédés et qui nécessitent une forme de traitement particulier se rattachant au phénomène général de la possession et de la transe, dans une perspective non pas cultuelle mais thérapeutique, ou chamanique au sens large. [...] Dans ce rite, la musique instrumentale et vocale, ainsi qu'une forme de danse en état de transe constitue le principe opératoire fondamental auquel sont associés certaines prières propitiatoires et un sacrifice animal en guise de clôture. En voici les grandes lignes, telles qu'un informateur baloutche pourrait les tracer.
Il arrive que quelqu'un tombe malade moralement ou physiquement et que ni les médecins, ni les mollâs avec leurs talismans ne parviennent à le guérir. On l'amène alors chez un guâti, un spécialiste du rite d'exorcisme, qui diagnostique un mauvais esprit. Il arrange alors une cérémonie qui se répètera toutes les nuits pendant environ une semaine de suite, durant lesquelles on fait "danser" le malade en état de transe en lui jouant des mélodies appropriées sur la vielle sorud ou la double flûte doneli. Le dernier soir, on offre un sacrifice et on adjure l'esprit de ne plus importuner le patient, ce qu'il fait le plus souvent, mais pour une période limitée à une ou quelques années, après lesquelles on doit recommencer une thérapie.

Le rituel
Dans son diagnostic l'officiant (ostâ) tient compte du fait que le malade a consulté sans succès les médecins, les guérisseurs traditionnels (hakim), voire les désenvoûteurs ordinaires. La manière dont s'établit le diagnostic ne constitue pas un protocole précis, mais comme l'ostâ est lui-même un ancien guâti, il lui est assez facile de reconnaître les cas qui relèvent de sa compétence. En effet, on ne devient ostâ, khalife, bâbâ guât ou guâti mât (littéralement, maestro, calife, père guâti ou mère guâti), qu'après avoir subi soi-même un certain nombre d'exorcismes et être devenu un familier du rituel au cours de séances renouvelées tous les ans ou à intervalles plus espacés de trois, cinq, voire sept ans.
Il faut sans doute ajouter à cette expérience des talents de guérisseur et une forte personnalité, ce qui implique d'avoir complètement assumé son état de patient, de victime passive, et d'avoir fait de son guât un allié que l'on peut faire venir à sa guise, ce qui revient à avoir le contrôle de sa transe.
Ainsi n'est-il pas donné à n'importe qui de devenir ostâ, bien qu'il existe, semble-t-il, des niveaux différents parmi ceux-ci, correspondant à leur maîtrise, leur pouvoir et leur renommée.
Bien entendu, les femmes excellent dans cet art aussi bien que les hommes et sont plus nombreuses à le pratiquer. Cependant une femme ne peut traiter que les femmes alors qu'un khalife homme peut traiter les hommes aussi bien que les femmes.
Les séances se déroulent dans la maison du patient ou de sa famille, et ne commencent que vers dix heures du soir, à l'heure où les gens sont endormis. Le choix de ce moment souligne le caractère exceptionnel du rite ; de plus, il rappelle que le sujet a été touché par « l'ombre du guât planant au dessus de sa tête ». La soirée se prolonge au moins deux heures, le plus souvent trois ou quatre, parfois davantage, jusqu'à l'aube. Bien entendu, elle comporte des pauses durant lesquelles on se restaure ou l'on boit du thé. En principe, disait l'un des musiciens, « lorsqu'on commence, il n'y a plus de frein », c'est-à- dire que la musique ne doit pas s'arrêter, du moins tant que le sujet est en transe. En pratique, les musiciens ne peuvent jouer plus d'une heure ou deux d'affilée ; ils demandent alors au guâti (et au guât) la permission de s'arrêter en déclarant poliment leur intention de faire une pause. Il faut dès la première séance habituer le guâti à ces pauses, sinon il ne sera pas possible de l'arrêter par la suite. Il arrive qu'il continue à s'agiter après que la musique ait cessé ; il faut alors le calmer en le retenant doucement et en lui parlant, mais on peut aussi jouer un autre air qui lui fasse moins d'effet. Après un moment, la musique et la transe reprennent pour ne s'arrêter que lorsque le sujet s'écroule de fatigue.


Abdorauf, soufi baloutche,
accordant un luth tanbura.
D-R .

La recherche du rythme
Un point important est la recherche du ou des airs qui déclenchent la crise initiale. Lorsqu'on a affaire à un premier cas, il faut jouer un à un tous les morceaux du répertoire, jusqu'à ce que le guâti réagisse manifestement à l'un d'eux. Une fois le morceau trouvé, il faut le répéter sans relâche, à moins que d'autres airs produisent le même effet sur lui. En pratique, il est des guâti qui ne réagissent qu'à un seul air, bien que le plus souvent ce soit plutôt deux ou trois ; en fait, certains sont affectés par beaucoup d'airs, mais semble-t- il, à des degrés différents. (Si ce n'était pas le cas, on ne leur prescrirait pas d'éviter de fréquenter les lieux où l'on fait de la musique). Il est possible que la transe une fois déclenchée soit aisément entretenue par d'autres mélodies suivant des rythmes analogues. [...] Si le sujet ne réagit à aucun des morceaux, on en conclut simplement qu'il n'est pas possédé.
D'un autre côté, on n'établit pas de rapport entre l'air spécifique et le cas du patient. Ceci n'empêche pas qu'une telle relation existe nécessairement : il y a certainement une affinité secrète entre le tempérament ou le symptôme du patient et l'air qui l'émeut, mais il ne faut pas négli- ger d'un autre côté la subjectivité des in- terprètes, le type decommunication qu'ils établissent avec le guâti, leur propre état intérieur (hâl) et la manière dont ils le transmettent, et le choix de l'ordre des pièces qui peut être fortuit. On conçoit en effet que le sujet ne puisse entrer en extase dès le premier morceau et s'échauffe peu à peu jusqu'à ce qu'il soit vulnérable à un air qui n'a d'autre vertu spécifique que de tomber au bon moment. Dès lors, c'est grâce à l'audition de ce morceau, agissant un peu comme le stimulus d'un réflexe conditionné, qu'il retrouvera l'état qu'il a éprouvé la première fois. Nous proposons cette interprétation à titre de simple hypothèse.
La transe elle-même n'est pas toujours spectaculaire ; si la majorité des sujets est prise d'une sorte de danse ou d'agitation indescriptible, parfois ponctuée de cris ou d'exclamations, il en est qui s'agitent très peu et se contentent de dodeliner de la tête. Parfois le guâti se met à chanter, ce qui est compris comme un signe d'approbation de la part de son guât.
Chaque guâti possède son propre registre limité des gestes, des mouvements, des postures, qui varient beaucoup d'un sujet à un autre et qui ne sont pas stéréotypés. Il est intéressant de remarquer que parfois l'ostâ stimule le patient à entrer en transe en amorçant des mouvements de danse, en imprimant des mouvements à ses mem-bres, combinés à une sorte de massage. Ce contact physique est sans doute important : il brise les résistances et met en marche le mécanisme subtil de la transe ; de plus, le contact physique avec l'ostâ doit certainement contribuer à le mettre en confiance. Durant les pauses et à la fin de la séance, ce contact est renouvelé par le massage. D'ordinaire les femmes ne se font masser que par une officiante, la guâti mât.

La transe
On peut distinguer plusieurs phases dans le déroulement de la transe :
- La première, où il ne se passe apparemment rien de spécial ; les musiciens commencent à jouer leurs airs sans que le sujet ne semble affecté.
- La seconde où son entrée en transe se manifeste à quelque signe comme un tremblement ou un changement d'attitude. On dit qu'il est rempli, c'est-à-dire que le guât a pénétré en lui. Durant la première et la deuxième phase, il est en général allongé, parfois recouvert d'un drap qui lui cache la figure, et sur lequel on répand des graines appelées don.
- La troisième phase consiste en gesticulations que l'on peut appeler danse, mais qui n'a rien à voir avec ce que l'on se représente d'ordinaire par ce nom.
- Dans la quatrième phase, il s'écroule de lassitude ou manifeste un état de saturation ; on dit qu'il est "rassasié". Le signe de cette saturation peut être aussi le fait qu'il soit dérangé par la musique et n'en veuille plus. C'est alors qu'interviennent les massages exécutés par l'ostâ, à l'aide d'huiles aromatiques. Si l'on se limite à une ou deux séances, l'état du malade ne fera qu'empirer. Par contre, après quelques séances, on constate déjà une amélioration.
Tout ceci se passe dans une atmosphère familiale, mais assez contenue. Les personnes présentes n'y contribuent pas très activement et s'abstiennent en général de chanter ou de frapper des mains, faute de compétence, laissant ce soin à celles qui sont plus familières avec ce rite et ces airs. En principe, lorsque le patient est une femme, on tend un voile léger qui sépare le coin des hommes de celui des femmes, usage qui relève davantage des convenances que des nécessités du rituel, mais qui exprime peut-être la pudeur que peut éprouver une femme à offrir à des personnes étrangères à la maison le spectacle de sa transe. En principe, les séances ne sont destinées qu'à une seule personne, mais il peut arriver que d'autres soient touchées en même temps. Dans ce cas le premier guât concerné n'est pas toujours "sociable" et manifeste son courroux en frappant le patient et en le jetant à terre.
De même, le khalife est parfois saisi par la transe au cours de la séance, en même temps que son patient, et ceci avant la dernière séance. Durant la soirée on fait brûler des parfums et des plantes aromatiques appelées sujak, dont on peut faire respirer les fumées au guâti. Ceci s'accorde avec la pratique, courante en Orient, consistant à chasser le mauvais oeil en brûlant des graines de rue sauvage; d'un autre côté, cela correspond aussi à une offrande au guât. Le parfum tient une place importante dans tout ce rite, au point que même la vielle (sorud) est parfois imprégnée de musc. Toujours est-il que le parfum est considéré comme un des quatre facteurs efficaces dont les trois autres sont : la musique, les versets du Coran (sous forme d'amulettes posées à la dernière séance), et le massage. On fait aussi avaler au patient un mélange de basilic, de safran, d'eau de rose, et d'une plante appelée kost, mélange qu'on étale parfois sur certaines parties du corps. De telles séances se répètent environ cinq à sept soirs de suite, voire davantage, jusqu'à la séance de clôture. Celle-ci se déroule comme les autres, mais une fois le guâti "rassasié", l'ostâ lui pose des questions, pour essayer de déterminer la cause de l'envoûtement et pour faire dire au guât ce qu'il désire.
Il arrive que le sujet parle avec une voix qui n'est pas la sienne ou dans une autre langue, et certains affirment même qu'il s'agit parfois de vraies langues telles que l'urdu, l'arabe ou le hindi, dont le sujet n'a aucune connaissance. Même s'il ne s'agit que de glossolalie, c'est la voix du guât qui s'exprime par celle du malade ; il peut faire part de ses désirs, comme par exemple celui de se faire offrir un sacrifice, ou, plus curieusement, un bijou précis ou foulard de soie que sa victime devra porter en mémoire de lui. L'ostâ s'adresse à lui pour l'amadouer : il fait valoir qu'on lui a offert des séances de musique et de danse (qu'il est censé apprécier puisque c'est par elles qu'on l'attire), qu'on lui a offert du sang (la partie du mouton qui lui est dédiée) ; il lui demande en contrepartie de laisser le sujet tranquille et de ne plus lui faire de mal. En fin de séance, on procède également à un massage.
Un des ostâ rencontrés appliquait une méthode personnelle : il se faisait apporter un plat de métal chauffé au rouge, s'enduisait la paume de la main d'huile et l'appliquait énergiquement pendant quelques secondes sur le plat, comme pour la faire frire, après quoi il procédait au massage du patient. Si le plat de métal brûlant a le pouvoir de chasser l'esprit, comme c'est le cas des armes blanches, sans doute transmettait-il ainsi ce pouvoir sur le corps du possédé par l'intermédiaire de sa main.


Famille Zangeshâdi (instrument de gauche à droite : luth tambura, sorud, rabab) D-R .

Percevoir les esprits
Les Baloutches donnent d'intéressantes informations sur la façon de percevoir les esprits : ils s'entourent de précautions pour ne pas tomber sous la colère d'un djinn qui pourrait les frapper de démence ou de maladie (le terme arabe courant, majnun, signifiant "possédé par un djinn" est assez explicite).
Un des djinns du nom de Mard Azemâ met les hommes à l'épreuve en se montrant à eux.
Si le témoin surmonte sa peur, le résultat de cette rencontre aboutit à l'amitié du djinn, de sorte que ce dernier l'assistera toujours et résoudra ses difficultés, et où qu'il soit, le djinn se présentera toujours à lui dès qu'il aura besoin d'aide. Par contre, s'il a peur, le djinn le rendra fou ou malade. Les Baloutches disent que Mard Azemâ rôde dans les lieux desséchés et désertiques et qu'il se manifeste le plus souvent sous la forme d'une vache verte, d'une gazelle, d'un oiseau et parfois sous d'autres formes animales.
Le fait de voir un animal familier dans un endroit dépourvu de trace de vie leur semble étonnant et effrayant. Ce djinn connaît le nom et les caractères de l'homme qu'il rencontre et lui parle ; c'est alors que celui-ci est saisi de panique; il peut perdre le contrôle de soi et être frappé de faiblesse ou de folie.
Le terme bâd lui-même est des plus ambigus. Les guérisseurs baloutches dénombrent dans le corps humain 366 veines (rag) et autant de bâd qu'on peut assimiler à des symptômes ou des maux tels que : bâd-e solsoh, siâh bâd, doz Bâd, bâd-e gare-dun, bâd-e larz. A chacun de ces maux correspond un remède. Bâd équivaut aussi à dâd, c'est-à-dire douleur.
La frontière entre la cause physique et la cause animiste est très floue ; par exemple, décrivant une méthode destinée à activer certains courants sanguins et nerveux au moyen de picotements d'une aiguille de bois passée au feu, le guérisseur expliquait que par ce moyen l'on "effrayait les bâd". Par ailleurs, il est question d'esprits que les livres traditionnels (probablement des traités de médecine) mentionnent expressément sous les noms de bâd-e havâ et bâd-e pari. Ces termes ne sont pas clairs ; le premier signifie mot à mot "vent de l'air" ou "mal de l'air", ou par assimilation, esprit aérien, et le second, vent, mal ou esprit de pari.
A ce sujet, le khalife disait simplement que lorsqu'un esprit se déplace dans les airs, le vent qui l'accompagne (sans qu'on sache s'il parle au sens concret ou figuré), peut frapper l'homme qui en tombe malade. Quoi qu'il en soit, pour eux, bâd-e havâ équivaut à guât, terme purement baloutche qui ne se trouve pas dans les livres.
Afin d'apporter un autre éclairage à ce phénomène de possession et d'exorcisme, nous citerons le témoignage d'un jeune homme décrivant un cas de guâti particulièrement typique. Curieusement, le narrateur, qui a souvent assisté à des séances, considère qu'il s'agit pour l'essentiel de simulations, dont le khalife lui-même n'est pas dupe, et affecte beaucoup de mépris pour ces cas. Par contre, il considère que sa mère représente un des rares cas authentiques, et en parle avec une certaine gravité.
« Ma mère est guâti pour de vrai. Elle vivait seule avec ses enfants pendant que mon père faisait des études en Angleterre. Il n'envoyait pas d'argent et nous vivions dans la misère ;
elle était en proie aux difficultés, aux craintes et aux angoisses d'une femme seule.
Elle était malade ; on voit encore les signes de sa maladie sur ses bras. Pourtant, le docteur disait qu'elle n'avait pas de maladie. Alors on l'amena chez une femme de Karachi pour une
seance guâti. »
« Là elle entra en transe ; elle dit qu'elle s'était sentie très bien, mais son état ne s'améliora pas. Avant, on ne pouvait même pas écouter une cassette de musique chez nous sans qu'elle se trouve mal. Par exemple, Feyz Mohammad chante : "Allâh yâ khodâ dâdani Shahbâz e sakhi la'l dâni" (vers religieux évoquant le saint Shahbâz Qalandar, comme dans les airs guâti) ; lorsqu'elle entendait cela, ses yeux devenaient rouges et elle perdait connaissance. Elle était guâti. Finalement, après l'avoir amenée chez le mollâ, ce qui fut sans effet, on la présenta à Bahrâm. Elle dansa trois soirs de suite et depuis elle va beaucoup mieux. La musique ne fait plus de mauvais effet sur elle. »
« Il y a des faux guâti. Un soir de séance, plusieurs jeunes femmes furent ivres en même temps. Ma mère était assise ; soudain elle sauta en l'air d'un bond, en criant hu! (un nom de Dieu). Aussitôt toutes les femmes s'assirent sagement. (Elles avaient peur d'elle qui était une guâti véritable). Elle était vraiment "ivre". Une autre fois j'ai vu une femme qui était soi-disant ivre se pencher vers sa compagne pour lui dire : "Va voir si mon bébé ne pleure pas."
Les guâti existent, mais la majorité des cas sont des contrefaçons. Dans cette société où
les femmes sont opprimées, le rite guâti est une occasion de se distraire, de se défouler,
de danser.»


1- Baloutches : peuple qui vit à cheval sur trois pays : Iran, Pakistan, Afghanistan.
2- Ce texte est extrait de l'ouvrage de Jean During : Musique et Mystique dans les Traditions de l'Iran (Paris, IFRI - Peeters, 1989). Le Livre 1 de ce travail monumental traite de la musique de guérison et d'extase au Baloutchistan (Iran, Pakistan). A travers la présentation des rites et l'analyse des répertoires spécifiques musicaux et poétiques du monde iranien, l'auteur a cherché à pénétrer l'imaginaire, à décrypter les symboles et à dégager les significations essentielles et les structures métaphysiques, en veillant toujours à montrer comment elles s'articulent avec les formes musicales, leur pratique, et les représentations qui s'y attachent.
Ces faits et leur interprétation posent d'une manière nouvelle et pénétrante l'éternelle question du mystère et du pouvoir de la musique. Ainsi, cet ouvrage, publié avec le concours du Centre National des Lettres et le CNRS, apporte une importante contribution aussi bien à la connaissance de la culture persane et islamique qu'à la musicologie et la philosophie de l'art en général.
Jean During a publié un double C.D. qui donne une idée du pouvoir de cette musique extraordinaire : Balout-chistan. Musique d'extase et de guérison.
Il est également l'auteur d'un ouvrage fondamental : Musique et extase (éd. Albin Michel).

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