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Spécialiste de l’évolution des os du crâne, directrice de recherche
au CNRS, Anne Dambricourt a découvert une continuité évolutive
de soixante millions d’années. Elle pense que s’interroger sur
le sens de la vie fait partie du mécanisme de transformation naturel
de l’homme.
Que
se passe-t-il quand la science découvre, du refuge de son laboratoire,
la tache aveugle, persistante, d’un point de fuite irréductible
à toute description et à toute mesure objective ?
Se peut-il qu’une austère recherche de laboratoire débouche bruyamment
sur la question du sens et libère la grande charade : qui sommes-nous,
d’où venons-nous et où allons-nous ?
La paléontologue Anne Dambricourt-Malassé, du CNRS, étudie les
crânes fossiles. Les crânes lui ont révélé que l’hominisation
s’inscrit dans une logique chronologique stable, extrêmement têtue,
et qui, des premiers singes, mène droit au cerveau pensant en
déroulant le fil d’ariane d’un processus évolutif qui ne doit
rien au hasard. Or, la théorie classique de l’évolution affirmait
jusque-là que l’humanité était fille d’un gène muté par hasard,
d’un accident de copie finalement sélectionné par un caprice du
climat. Après une conférence au Collège de France, puis un long
article publié dans La Recherche, Anne Dambricourt a apporté la
polémique dans les grands médias nationaux. Enlever le hasard,
comme créateur d’ordre, c’est frôler l’hypothèse de Dieu et renoncer
à la science, lui ont lancé ses adversaires. Deux ans après notre
premier entretien avec elle, nous sommes allés lui demander comment
elle réagit à ces critiques.
Nouvelles
Clés : Au départ de votre réflexion, il y a cette découverte
qui modifie notre regard sur les origines de l’homme. Nous ne
serions pas du tout, ainsi que l’affirme la théorie actuelle,
apparus sur cette terre par accident.
Anne Dambricourt-Malassé : Oui, et ce sont les fossiles
qui l’indiquent. Tout a commencé, pour moi, le jour où j’ai tenu
dans ma main un crâne d’homme et un crâne de singe.
En retournant ces crânes, j’ai observé un phénomène jamais décrit
auparavant : c’est la forme de l’espace qui s’inscrit entre le
devant du visage et le trou occipital. Cet espace est long et
étroit chez le singe, mais contracté sur le crâne humain. Cela
m’a amenée à comparer le crâne des primates fossiles avec celui
de l’australopithèque et celui de l’Homo erectus, pour constater
que d’un crâne à l’autre, cette contraction de la base du crâne
s’amplifie, révélant que, tout au long de cette évolution, la
manière dont le crâne se transforme obéit à un ordre logique qui,
sur soixante millions d’années, ne s’est jamais dissipé. On peut
en tracer une courbe. Et cette courbe est mathématiquement exponentielle
: si on regarde la contraction de la base du crâne de l’australopithèque,
on constate que c’est l’ancienne valeur du grand singe qui est
amplifiée. Si on réinjecte cette valeur dans l’équation, on obtient
la nouvelle valeur d’Homo erectus, et ainsi de suite. C’est tout
le contraire d’une évolution aléatoire.
N.C. :
Vous niez donc que l’évolution soit de nature chaotique. Et que
l’homme soit sorti d’un accident génétique...
A. D.-M. : La vision classique de l’hominisation dit que
le milieu change, de nouvelles niches sont créées, et la sélection
naturelle fait son tri dans les espèces surprises à résister à
ces nouvelles conditions. Il est déduit de cela que la persistance
des formes est le fruit du plus pur hasard des catastrophes climatiques
et qu’en conséquence tout est imprédictible. Mais cette vision
ne tient plus si l’on regarde les crânes, qui nous disent au contraire
que sur soixante millions d’années, dans certains cas, les formes
de primates se succèdent toujours dans le même sens avec un ordre
logique : celui d’une contraction croissante de la base du crâne,
suivie d’une complexification du cerveau.
N.C.
: Le milieu ne joue plus aucun rôle ?
A.
D.-M. : Plus comme le facteur déterminant.
Il est évident que la sélection naturelle joue son rôle : des
espèces s’éteignent, mais pour ce qui est du passage du singe
à l’australopithèque et de l’australopithèque à l’homme, vous
pouvez faire intervenir toutes les mutations génétiques au hasard,
toutes les dérives de continents, toutes les crises climatiques
que vous voudrez, ces événements indépendants les uns des autres
et ajustés au hasard n’expliquent pas la répétition du processus
: la base du crâne des primates se contracte imperturbablement
en suivant une logique explicite qui autorise des prédictions
dans la genèse des formes. De cette logique, il ressort que le
passage du singe à l’homme ne s’inscrit pas dans une suite chaotique
et imprédictible, d’événements génétiques et climatiques survenus
au hasard, ainsi qu’on l’affirmait jusque-là.
N.C. :
Il est pourtant admis que c’est une modification du climat qui
est à l’origine de la bipédie. Yves Coppens, par exemple, explique
qu’une catastrophe climatique a sorti les grands singes de la
forêt pour les précipiter dans la savane où certains mutants,
bipèdes, ont réussi à survivre pour donner les australopithèques.
A. D.-M. : La proposition d’Yves Coppens était nécessaire
pour certains fossiles : elle a tenu longtemps. Mais une découverte
récente vient de la réduire à un cas d’adaptation locale, ce qui
n’explique pas l’identité embryonnaire de l’australopithèque.
Et cela prouve d’ailleurs que la proposition d’Yves Coppens était
une théorie parfaitement scientifique et non un dogme. On vient,
donc, de découvrir des restes d’australopithèque dans une région
de forêts. Vous voyez : cette fois, il n’y a pas chute dans la
savane. La contraction du crâne s’est accomplie indépendamment
du milieu.
N.C. :
Si cette contraction ne vient pas du milieu, elle vient de
quoi ?
A. D.-M. : Elle vient logiquement d’un programme installé
à l’intérieur de l’organisme et dont on cherche à comprendre l’évolution.
L’orthopédie dento-faciale recense aujourd’hui, à travers la planète,
de plus en plus d’enfants dont la machoire inférieure est en recul.
On pourrait incriminer le mode de vie ou l’alimentation, mais
cette déformation de l’équilibre cranio-facial s’accomplit exactement
là où le crâne a toujours bougé : c’est-à-dire dans l’axe de la
contraction qui s’étale sur soixante millions d’années. Tout se
passe donc comme s’il se déroulait un processus autonome, plus
sensible à sa logique interne qu’à la dyna-mique des relations
entretenues avec le milieu, et tout se passe comme si ce processus
continuait.
Ce
visage androgyne est la synthèse de plus de vingt mille
visages d’hommes et de femmes, de toutes races et de tous
âges, filmés à Paris par deux cinéastes allemands. Cette
image donne peut-être la clé du mystérieux sourire de la
Joconde : c’est la représentation actuelle du champ morphogénétique
humain.
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N.C. :
Mais comment s’accomplirait concrètement, dans l’élan de cette
logique interne, la transformation d’un grand singe en australopithèque
? D’un australopithèque en Homo erectus ? D’un Homo erectus
en Homo sapiens ?
A. D.-M. : Tout ce qu’on peut en dire, c’est qu’elle ne
s’accomplit pas dans le milieu de la savane africaine mais dans
le milieu placentaire : c’est-à-dire au niveau de l’embryon. Je
n’ai pas assisté au phénomène et je ne peux pas le reproduire
en éprouvette. Je peux en revanche avancer qu’il relève d’une
question de seuil : à un moment de son évolution, le système australopithèque
ne peut plus se gérer, il ne peut plus rester stable et les embryons
aboutissent à une nouvelle forme équilibrée, mais plus instable.
L’embryon change et se construit autrement pour donner naissance
à un embryon d’Homo erectus à base du crâne plus contractée. Je
constate donc la conservation et la mémorisation de la dynamique
évolutive.
Car si la forme se réorganise, la trajectoire, elle, reste stable
: on franchit le plan d’évolution australopithèque pour passer
au plan Homo, mais la trajectoire globale ne dévie pas de la logique
primaire de la contraction crâno-faciale et de la vascularisation
du cerveau. La succession des crânes dans le temps montre que
quelque chose qui est indépendant du milieu se réitère et se transmet
fidèlement sur des millions d’années. Dans ce processus où rien
ne se dissipe et où tout se conserve, il n’est plus question de
bruits et de chaos, mais cette fois-ci d’une histoire interne.
N.C. :
Quand et comment a commencé cette « histoire interne » ?
A. D.-M. : Si je regarde cet univers dans sa durée, je
constate que depuis son big-bang, il est resté sans conscience
de lui-même l’immense majorité de son temps de croissance interne.
Il fallait des seuils de complexité organisée fort élevés, et
donc extrêmement récents, pour qu’une conscience de soi puisse
émerger quelque part. Je tourne maintenant mon regard sur les
fossiles, et je constate que le psychisme a évolué en même temps
que se contractait, chez les primates, la base du crâne. Je sais
que le résultat de cette évolution, c’est nous. Nous qui nous
souvenons de nos morts, transformons notre environnement, nommons
les choses, désirons leur donner un sens, pensons et posons des
questions ; et penchée sur tout cela je me demande : qu’est-ce
que c’est que cette créature qui se pose des questions ? Qu’est-ce
que c’est que cette créature qui cherche des réponses ? Qu’est-ce,
sinon une pensée capable de constater qu’elle est phénomène logique,
que ce phénomène la traverse et qu’il n’est pas achevé ? Quelque
chose en nous est la mémoire de l’histoire de l’univers qui se
cherche. Regardez l’homme ! Au début, il a commencé par se montrer
curieux de son environnement. Puis il s’est passionné pour l’histoire,
puis pour la mémoire, pour opérer finalement un retournement de
la conscience sur ses propres origines. Tout se passe comme si
la conscience réfléchie était à notre stade une fonction nécessaire
dans la poursuite du phénomène évolutif. On peut penser que l’apparition
de la conscience réfléchie dans le cerveau de l’homme marque une
étape fondamentale du processus qui travaille depuis des milliards
d’années, et qui nous pousse à rejoindre, par le biais de nos
connaissances, la raison d’être de cet univers.
N.C. :
Cela implique qu’on sache précisément à quoi travaille cet univers
depuis des milliards d’années. À quoi il joue...
A. D.-M. : Je reconnais que la question est délicate quand
on sait que l’univers évolue vers la mort ! Mais l’univers a porté
la vie et puis la pensée, cette force immatérielle dont nous parlions
tout à l’heure, et qui n’évolue pas, elle, nécessairement vers
la mort comme tout ce qui existe dans l’univers : on la voit au
contraire évoluer vers toujours plus d’ordre, toujours plus d’organisation,
d’information, de connaissance. Mais pour aller où ? Et pourquoi
? Pour qu’il reste, peut-être, quelque chose ou peut-être « quelqu’un
» après la désintégration ou l’effondrement de l’univers sur lui-même.
N.C. :
Revenons à notre quête obstinée du sens : à l’homme soudain
hanté par l’essence du phénomène qui le fonde et qui le construit.
C’est une émotion que certains cultivent en s’adressant à Dieu.
D’autres, en questionnant le monde à l’aide de la philosophie
ou de l’interrogation scientifique. Cette volonté de savoir, vous
dites, appartient au processus.
Elle participe d’un mouvement et d’une sorte de dialectique ordre/entropie
très éloignée de nos préoccupations quotidiennes. Est-ce à dire
qu’elle revêt selon vous un caractère sacré ?
A. D.-M. : Ce pourrait être le mot. Sacré car vital. Cette
volonté de savoir nous relie à des questions métaphysiques, mais
elle est fondamentale pour notre destin quotidien. Faites le bilan
: notre présence sur Terre est l’aboutissement d’un processus
logique et ce processus, nous ne le connaissons pas. Le résultat
en est que sans la prise de conscience de la logique qui nous
fonde, toute activité humaine orientée sur la gestion des hommes
et des biens est vouée à se développer dans une profonde méconnaissance
de ce qui fait l’humanité. Je ne vous rappelle pas ce que cette
méconnaissance implique : la violence de notre siècle est là pour
en témoigner. La réduction de toute forme de vie, humaine comprise,
à de la biologie manipulable. Cette connaissance est à mes yeux
plus qu’essentielle : elle est l’identité première de toute personne
humaine et, par voie de conséquence, de toute relation constructrice
reliant les êtres humains dans la convergence de leurs actions,
paroles ou recherches.
N.C. :
Cette connaissance serait donc nécessaire à nous définir,
par conséquent à nous comprendre. À nous respecter et à prendre
conscience de notre responsabilité face à la marche de l’univers
?
A. D.-M. : La responsabilité qui nous lie à l’univers nous
demande de laisser se dérouler le phénomène évolutif, d’empêcher
qu’il avorte, d’y participer en conscience et d’aider l’univers
à prendre conscience de lui-même pour dévoiler quelque chose.
Que devons-nous éviter de faire ? Telle serait la question
d’une éthique évolutionniste. Nous devons prendre soin de ne pas
étouffer, censurer, écraser la quête de sens. Cela demande plus
qu’une curiosité : c’est un appel profondément aimant.
N.C. :
On vous accuse de vouloir prouver un plan divin...
A. D.-M. : On sait pourtant bien que la science est une
méthode, et qu’elle ne va pas prouver des réalités qui se situent
en dehors de son champ expérimental ! Je prends un fossile, je
le décris, je prends ce qu’il me raconte en tant qu’objet à un
instant donné et dans un espace donné : je pars des faits. Si
j’arrive à une conclusion, c’est à partir de ce qui s’inscrit
dans les archives paléontologiques et les strates géologiques.
Ce qu’on ne me pardonne pas, c’est de dépasser la paléontologie
pour poser la question de la signification de la vie humaine.
Mais comment échapper à cette question ? Si, au bout de son évolution,
l’homme en arrive à se signifier lui-même, il est absolument impossible
d’évacuer la question du sens en paléontologie humaine, puisque
cette question émerge du processus d’hominisation. Mais pour beaucoup
de penseurs qui s’accrochent à leur théorie au détriment des faits,
cette démarche n’est pas supportable parce qu’elle aboutit à relativiser
le rôle du milieu et de la sélection naturelle, ce qui met le
darwinisme devant ses limites.
N.C. :
Cela dit, vous ne pouvez pas vous définir en dehors de vos propres
croyances : vous êtes une chercheuse en paléo-anthropologie, votre
démarche est celle de la science, mais vous croyez aussi en Dieu...
A. D.-M. : Je ne m’interdis pas d’être scientifique et
d’aimer la musique en même temps.
Je me sens inspirée, des pensées me traversent, des sentiments
et des prémonitions. Je sais que ces états de conscience sont
inacceptables par le scientisme, mais ils passeront avant. Je
sais que je suis une femme, que je vis au xxe siècle et que j’ai
un enfant, mais je ressens aussi que je suis plus que ça : je
le sais et j’ai besoin de vivre en conscience ces identités différentes
qui font que je suis un être humain et non un sac de gènes. En
tant qu’anthropologue, j’ai la liberté de me reconnaître et on
ne peut pas m’objectiver. Tout ce qui relève de l’identité individuelle
ne peut être capté que par le langage subjectif, de sujet à sujet.
Il y a donc toute une dimension du monde qui échappe à l’objectivité.
Cependant, c’est bien dans cette partie subjective - le sujet,
ou encore la personne - que se pose la question du sens de l’existence.
Puis-je répondre à cette question toute seule ? Non : je me sais
- mais c’est très personnel - liée à de multiples réalités immatérielles.
Si je suis dans l’équation, ce n’est pas moi qui l’ait écrite.
Celui qui a écrit l’équation ne peut pas être dans l’équation.
Je ne peux pas concevoir de solution à l’équation qui contient
les sujets sans faire appel à une transcendance. Je ne peux pas
être la question et la réponse. Y prétendre serait éminemment
prétentieux, ce serait se prendre pour Dieu, ou pour la transcendance
elle-même, se déclarer logos universel. Cela conduit donc à se
situer en dehors de la réalité décrite par la science.
Si elle pousse sa logique jusqu’au bout, la science dit : je ne
sais pas et je ne répondrai jamais. Parce que les scientifiques
sont, encore une fois, des créatures qui essayent d’écrire l’équation
qui les contient. La science peut reconnaître l’identité humaine,
qui est celle d’un processus, et dire qu’une plus grande conscience
est attendue par ce processus, mais elle ne peut pas se prononcer
sur l’identité de cette conscience.
N.C. :
Ce dévoilement est-il possible avec les outils que nous utilisons
? Le mathématicien Gödel disait qu’un ordinateur d’une certaine
taille ne peut s’imaginer un ordinateur d’une taille égale ou
supérieure à la sienne, car il ne peut pas s’imaginer lui-même.
S’il imaginait un ordinateur de sa taille et de sa complexité,
cela prendrait la totalité de son software, le paralysant complètement.
Et Gödel ajoutait qu’il en va de même pour le cerveau humain :
celui-ci ne pourra jamais se comprendre lui-même.
A. D.-M. : La science le montre aussi. Pour la logique
de l’hominisation, il manque quelqu’un. En poursuivant cet effort
impossible, le scientifique communique avec l’univers qui le contient.
Pour moi, l’important est de pousser jusqu’au bout les limites
de la science, car cette démarche est bien plus puissante que
d’admettre d’emblée l’existence de Dieu. Ça change quoi de présupposer
l’existence de Dieu ? Cela n’avance à rien. En tant que scientifique
je ne cesserai jamais de m’interroger et de chercher. Mais si
à un moment donné, il n’est plus possible de comprendre sans l’acte
de foi, ou la connaissance intime de tout ce qui n’est pas objectivable,
cela ne me gêne pas. Au contraire, c’est peut-être la complétude
en marche.
N.C. :
Comment participez-vous, vous-même, à la quête de sens, à
l’alliance que vous supposez nécessaire entre l’homme et le grand
jeu de l’univers ?
A. D.-M. : Je suis paléontologue. Quel rôle peut jouer
un paléontologue dans sa société ?
Lui raconter des histoires fantastiques avec des créatures préhistoriques
en toile de fond ?
Lui offrir une visite au musée, un petit quart d’heure de détente
pour oublier ses soucis de la semaine ? Je pourrais me contenter
de classifier les fossiles et de compter les mandibules, mais
cela ne me suffit pas. Le savant a cette chance de pouvoir parvenir,
par les questions qu’il se pose, à devenir le tiers inclus conscient
de l’évolution de l’humanité. C’est la voie ambitieuse que j’ai
choisi de poursuivre. Mais en réalité chacun est invité à atteindre
cette identité. J’ai besoin de comprendre les origines de mes
contemporains, parce que je me sens concernée par l’accumulation
des crises de l’humanité. Soumis à des crises climatiques, politiques,
économiques, sociales, philosophiques, individuelles et existentielles,
l’humanité a besoin de réponses et de valeurs fondatrices stables
qui font sens. Le paléontologue peut replacer l’individualité
et la notion de personne dans une large perspective évolutive
qui peut donner un sens à une vie humaine. Mais cela nécessite
une condition initiale incontournable de notre part : une remise
en cause de nos certitudes et une ouverture du regard sur cette
autre dimension qui nous contient. Dans le fond, la science menée
jusqu’au bout de ses limites ne fait que confirmer les grandes
intuitions humaines qui ont des milliers d’années derrière elles
: elle montre bien que nous sommes inscrits dans une logique cyclique
de l’attente, et que cette attente n’est pas une illusion, contrairement
aux affirmations scientistes du XXe siècle.
Voir aussi
: La logique
de l’évolution.
(Entretien avec Anne Dambricourt, propos recueillis par Patrice
van Eersel).
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