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La pensée positive guérit-elle ?

Reconnaissons-le : alliée à la petite pointe de la recherche scientifique, la médecine moderne fait des prodiges. De la résonnance magnétique nucléaire à la chirurgie foetale, des manipulations génétiques à la régulation chimique du cerveau, les toubibs ont accompli des percées insensées. Seulement voilà : l'être humain qu'ils soignent ressemble souvent à une machine de viande. Même pas un animal. Un simple support somatique. Tout le monde sait qu'il n'en est rien : nous sommes aussi, et peut-être d'abord, des êtres de désir, de peur, de volonté ou de désespoir. Nos corps-esprits constituent des ensembles étonnants de subtilité, d'autonomie, de complexité interactive, mais la plupart des traitements médicaux "normaux" auxquels nous sommes soumis n'intègrent pas notre univers intérieur. Heureusement, cela est en train de changer.
Poussés notamment par le cancer et le sida, les médecins sont en train de réaliser que nous sommes bien davantage que des enveloppes charnelles et que, d'en tenir compte, améliore considérablement leurs propres traitements. Ce sont les êtres qui guérissent, pas la médecine. Les thérapies les plus tonitruantes ne peuvent rien pour un corps qui a décidé de se laisser mourir. Alors qu'on en voit qui se débarrassent d'un mal diagnostiqué comme mortel, parce que tout d'un coup, renversant toute une imagerie interne négative, une lumière s'est faite en eux.
Il ne s'agit pas de prétendre remplacer la médecine, mais de l'inviter à mûrir et à réaliser que les êtres sur lesquels elle exerce son influence obéissent à des processus d'une subtilité prodigieuse. Les premiers thérapeutes à l'avoir compris se retrouvent au sein d'une discipline généralement connue sous le nom barbare de psycho-neuro-immunoIogie

Une histoire américaine
Au bout de trois mois de rayons, il fallut se rendre à l'évidence : l'état de Yann N. ne s'améliorait pas. Les médecins décidèrent alors de passer à la chimiothérapie. Les cheveux de Bob tombèrent, mais son déclin se poursuivit, son cancer l'entraînait... vers où ? On aurait dit qu'il ne luttait plus, engrisaillé par une mystérieuse défaite intérieure. C'est au cours de la seconde année que sa route croisa celle de Bernie Siegel, cancérologue à Yale, passé par l'école de Cari et Stéphanie Simonton.
Il ne fallut pas plus d'un entretien avec Bernie pour qu'émerge un élément inattendu dans le scénario de Yann. Bernie lui demanda comment on lui avait présenté son traitement, la toute première fois. Il répondit : "Le docteur m'a dit que les rayons allaient tuer mon cancer." Exercé à finement écouter, Bernie Siegel perçut un flottement autour du mot "tuer". Il apprit que Yann N. venait d'une famille de Quakers. Ces chrétiens ultras s'interdisent de tuer, avec presqu'autant de radicalité que les Jaïns de l'Inde, qui balayent devant eux sur le chemin de peur d'écraser une fourmi...
Dès le premier entretien, le cancérologue Siegel avait demandé à son patient de dessiner, avec des crayons de couleur, son corps, son mal et son traitement. Yann avait tracé une silhouette fragile, envahie par une immense araignée, sur la carapace de laquelle de petites flèches noires venaient se briser. L'image était claire : l'homme se voyait perdu et n'accordait pas la moindre efficacité à la thérapie pourtant ultra-sophistiquée que la médecine moderne s'acharnait à mettre à son service. Le docteur Siegel posa le diagnostic suivant : Yann, enfant de Quaker, ne pouvait envisager de "tuer" quoi que ce soit, fût-ce un cancer. Il préférait se laisser mourir plutôt que de remettre en cause, tout en amont de ses métacroyances, le commandement divin. "Tu ne tueras point! " Ce mantra faisait résonner en lui toute une construction mentale, certes recouverte d'un beau sur-vêtement éthique, mais cachant l'image apeurée d'un corps partiellement abandonné. Siegel entreprit de métamorphoser cette vision. En six mois de psychothérapie, la vie de Yann N. changea du tout au tout. L'un de ses derniers dessins avant la fin du traitement montrait ceci : une silhouette ferme et colorée (lui), contenant de sympathiques petits bonshommes (son système immunitaire, c'est-à-dire ses globules blancs), transportant précautionneusement dans leurs bras des sortes de limaces endormies (le cancer), pour les porter à l'extérieur du corps. A la même époque, la chimiothérapie devint brusquement efficace. Aujourd'hui, Yann N. vit débarrassé de son cancer. Tout s'est passé comme si, en l'aidant à modifier son paysage psychique ; le docteur Siegel avait réveillé son système de défense, ou l'avait retourné : au lieu de jouer contre son corps, le réseau immunitaire de Yann s'était rallié à lui, permettant enfin à la médecine d'aider efficacement la guérison.
La science des rapports subtils entre soma et psychisme, entre système nerveux et défense immunitaire, entre globules blancs et sécrétions hormonales, est encore étonnamment jeune. Aux Etats-Unis, après le célèbre coupIe de pionniers Simonton, des thérapeutes comme Siegel représentent déjà une seconde génération de praticiens oeuvrant dans ce domaine, holistique par excellence. Siegel a fondé une "Association des cancereux exceptionnels" dont le slogan est "Anticipez le miracle". Lui-même fait montre d'une jovialité inébranlable. Comme je lui parle de l'avance des chercheurs de son pays, il éclate de rire : "Mais vous, Français., vous avez eu un pionnier fabuleux, en immunopsy !
- Ah bon ?
- Yes, the famous doctor Coué !"
Ironie du sort. Les cancérologues de Yale prennent pour un précurseur génial l'homme dont le seul nom suffit à faire rire les Français. La "méthode Coué" est synonyme chez nous de fumisterie tautologique : "Croyons que nous allons bien et nous irons mieux"
- "C'est ça, répond en nous un petit diable cartésien, et bon enterrement mon vieux! "
En réalité, la méthode du pharmacien nancéen Emile Coué contenait en germe les principes de base de ce que l'Institut Pasteur appelle aujourd'hui pudiquement la neuro-immuno-endocrinologie, évitant encore d'utiliser le radical psycho-, qui reste en travers de la gorge des chercheurs "sérieux", qui ne voudraient surtout pas donner l'air de croire à l'existence d'un quelconque "Esprit"... Mais, trève de polémique, l'essentiel est bien que, partout dans le monde, la médecine commence à admettre qu'elle ne peut, au mieux, qu'aider l'organisme à mettre en jeu ses propres mécanismes d'auto-guérison. Le corps humain cache encore des continents entiers, que nous commençons tout juste à explorer.


Ces dessins signalent trois moments de la vie d'une femme atteinte d'un cancer au sein et suivie par A.M. Filliozat :
1. la masse noire du cancer, 2- la mobilisation des globules, 3. le flot d'énergie retrouvée, après l'opération réussie (cicatrice).

"Une Image mentale est plus forte que dix raisons logiques"
C'est en travaillant à la fois en tant que psychanalyste en cabinet, et à l'hôpital avec des enfants atteints de maladies graves qu'Anne-Marie Filliozat s'est rendue compte des liens complexes qui unissent le corps et la psyché. A l'hôpital, un mal purement physique influençait l'ensemble de la vie psychique de ses jeunes patients (et de toutes leurs familles), alors que dans son cabinet, des troubles "simplement psychiques" se répercutaient sur les corps, jusqu'à les tordre. Assez vite, la complexité apparente des mécanismes sous-jacents amenèrent la psychologue à se détacher de sa pratique individuelle et à rechercher le travail d'équipe. Au fil des ans, Anne- Marie Filliozat, qui a suivi une formation "Simonton" , est devenue l'une des meilleures praticiennes européennes de neuro- psycho-immunologie. Elle nous dit :
« Ce qui m'a toujours frappée, en parlant avec les enfants malades et leurs familles, c'est qu'en fouillant dans les semaines précédant le déclenchement de leur maladie, je pouvais très souvent identifier un événement qui les avait psychologiquement affectés. Cela pouvait être lié à des difficultés dans la communication familiale, ou à la disparition de quelqu'un, parfois la mort d'un animal familier, ou bien un déménagement, un redoublement de
classe, le départ d'un copain, etc. Il y a une articulation très étroite entre l'affectivité et la résistance corporelle.
« Le formidable apport des cancérologues CarI et Stéphanie Simonton fut de nous montrer l'importance de l'imagerie mentale dans les processus psychosomatiques. Mises en pratique à l'hôpital, les techniques de visualisation se sont avérées étonnamment efficaces. Je me souviens précisément d'une adolescente atteinte de mucoviscidose, qui venait de rechuter, complètement dépressive, refusant tout nouveau médicament, mutique, n'en pouvant plus. J'avais vainement essayé d'entamer un dialogue avec elle. Je lui ai alors proposé une relaxation, qu'elle a accepté. Ensuite, j'ai pu lui proposer de dessiner et elle l'a fait. Après ça seulement, nous avons pu parler, rompant un silence de plusieurs semaines. Parler de quoi ? De la manière dont elle pouvait s'aider elle-même, ne pas être totalement dépendante des autres. Je l'ai revue un mois après, elle avait complètement changé d'attitude et de tonus. Et sur le plan physique, elle avait fait une récupération spectaculaire. De telles rencontres m'ont énormément encouragée à continuer dans cette voie après
avoir quitté l'hôpital.
« La psychanalyse a fini par m' apparaître insuffisante, bien que je n'ai pas abandonné toutes les ressources du travail analytique. Il ne s'agit pas de remplacer une méthode par une autre, mais de développer l'ensemble des ressources que l'on a en soi... A vrai dire, ce sont des malades cancéreux qui m'ont poussée a approfondir. Pendant douze ans, j'ai animé toutes les semaines des petits groupes de malades qui venaient travailler pour mieux comprendrece qui se passait dans leur affectivité et "nettoyer" leurs croyances afin de mieux utiliser la pensée positive, pratiquer la relaxation pour se mettre dans la tête des images programmant la guérison.
« En quelques temps, ces petits groupes de cancéreux sont devenus des lieux de ressourcement affectif, où les patients venaient se soutenir les uns les autres. J'ai eu envie de répandre la méthode, afin que d'autres, thérapeutes professionnels ou pas, puissent accompagner des malades de cette façon-là. C'est ce qui m'a amenée à créer, avec Rémi Filliozat mon mari, une formation de conseillers de santé-holistique.
« Aujourd'hui encore, quand on dit psycho-somatique, beaucoup de gens entendent "maladie de la tête". Il faudrait écrire le mot sans trait d'union, psychosomatique , pour bien montrer qu'il y a une totale indissociabilité de la psyché et du soma. Tout ce qui affecte notre corps a une repercussion dans notre esprit et vice-versa. Cela veut dire aussi que chaque fois qu'on s'occupe de son corps, on se fait du bien à l'esprit, et que chaque fois qu'on s'occupe de son esprit on fait du bien à son corps. La santé, c'est quelque chose
de global.
« On ne tombe pas malade, on devient malade si on laisse se développer des forces négatives, aussi bien au niveau du corps que de l'esprit. Nous entendons beaucoup évoquer le stress à l'heure actuelle et de nombreux travaux ont montré l'influence du stress dans le déclenchement des maladies. Mais le stress fait partie de la vie, qui nous demande sans cesse des efforts d'adaptation. Heureusement, nous possédons des mécanismes naturels d'autorégulation. Hans Selye, le spécialiste mondial du stress, parle de "syndrome général d'adaptation". Cela dit, il arrive que les facteurs stressants dépassent nos capacités de gestion. Les facteurs stressants ne sont pas seulement extérieurs (la vie folle, pressée, polluée), il y a aussi une sorte de pollution interne que nous nous créons nous-mêmes avec nos pensées : c'est ce cumul qui risque d'épuiser nos ressources vitales et de nous faire entrer dans le processus de maladie.
« En fait, la maladie est une force positive. Elle nous signale que nous dépassons le seuil d'usure. Quand il s'agit d'une maladie grave, c'est certainement que nous n'avons pas entendu les premiers messages d'avertissement.
« En quoi la visualisation peut-elle nous aider à rester en bonne santé, ou à le redevenir ?
Il ne s'agit pas de tout ramener aux images, mais il faut comprendre qu'une image mentale est plus forte que dix raisonnements. Quand nous disons: "Je voulais faire ceci, mais ç'a été plus fort que moi, j'ai fait cela", c'est que nous avions en nous une image mentale qui, à la première occasion, a pris le dessus sur notre volonté logique. Déjà dans le simple réflexe conditionné de Pavlov, c'est l'image du plat agréable qui nous fait saliver. En thérapie, nous proposons au malade de créer dans sa tête des images qui vont stimuler ses processus physio-chimiques. De même, quand vous prévoyez que quelque chose va bien se passer, vous vous mettez dans un état d'accueil où vous augmentez vos chances de succès. Les images peuvent être biologiques, c'est-à-dire conformes à la réalité connue, ou analogiques, ou symboliques.
« Dans ce travail de création, il est fondamental que la personne trouve elle-même ses images. Celles-ci doivent émerger spontanément du plus profond de son être. Mais des résistances peuvent survenir, des "sabotages" : les éléments inconscients qui ont joue leur rôle dans Ie déclenchement de la maladie risquent d'intervenir négativement dans l'élaboration des images. Le thérapeute doit être en mesure de dépister cette irruption de l'inconscient qui, telle un lapsus, se manifeste ici à travers les images.
« Un exemple : une femme atteinte d'un cancer du sein gauche visualisa, puis dessina des requins en train de dévorer ses cellules cancéreuses. Ce message portait en lui-même un haut degré de combativité et de désir de guérir. Mais sur le dessin, le requins mordaient en fait le sein droit. La prise de conscience de ce "sabotage" fit longuement s'interroger cette femme. Ce fut le début d'une séance de thérapie particulièrement chargée d'affects, au cours de laquelle elle découvrit qu'en fait, elle avait peur de guérir, son cancer ayant provisoirement réglé de gros problèmes de couple, transformant son mari volage et distant en homme attentionné et affectueux. Perdre la vie lui semblait moins grave que perdre l'amour de l'objet privilégié. On comprend la nécessité, surtout si la maladie est grave, d'associer un travail de thérapie au travail plus technique d'apprentissage à la relaxation et à la visualisation. Toute cette approche est autant une philosophie de la vie qu'une technique. Elle demande une vigilance continuelle, une écoute des besoins tant du corps que du psychisme.»

Intervention du docteur Dominique MaiIlard
« Physiologiste de formation, je ne résiste pas à l'envie de vous donner des preuves rationnelles des liens étroits entre nos états psychiques et physiques. Il y a en particulier une communication très étroite entre le cerveau et le système immunitaire. On a découvert il y a quelques années, et ce fut une belle révolution, que les globules blancs (les petits soldats de notre système immunitaire) portaient sur leur membrane cellulaire des espèces de "serrures" que pouvaient ouvrir les fameuses "clés" du système nerveux : les neurotransmetteurs, ces substances extrêmement puissantes qui modulent toutes nos, emotions, tous nos états mentaux. Même chose avec les hormones. On sait que notre cerveau produit des hormones auxquelles certain nombre de nos glandes sont sensibles, les glandes endocrines. Mais on ignorait que les globules blancs sont capables de" lire" ces hormones. Même chose pour une autre sécrétion du cerveau : les neuropeptides... Autrement dit, le système nerveux et le système immunitaire parlent les mêmes langages chimiques. Et l'on comprend donc bien comment nos états émotionnels et mentaux ont la faculté d 'influer sur nos mécanismes de défense.
« Bien sûr, qui dit activité cérébrale, dit images. Lorsqu'on rêve par exemple, on peut enregistrer des phénomènes tout à fait physiques ; un cauchemar fait battre notre coeur, en modifiant l'imagerie mentale, on va pouvoir modifier le fonctionnement des structures nerveuses qui ont produit ces images, et donc, indirectement, jouer sur le système immunitaire. De la même façon, toutes les émotions négatives, toutes les peurs, influent considérablement sur nos défenses. Ainsi, nos "cellules tueuses", qui suppriment tous les corps étrangers qui ne répondent pas à leurs signaux, ont tendance à diminuer en nombre et en vivacité quand l'individu est soumis à un stress, aigu ou chronique, à une inhibition, à une situation d'impuissance.
« L'information peut évidemment circuler dans l'autre sens, du système immunitaire vers le cerveau. L'affaiblissement de nos globules blancs favorise un état dépressif... Cela dit, l'interrelation entre psyché et soma peut aussi être dévoilée de manière beaucoup plus simple. Par exemple grâce à une experience récemment imaginée par une chercheuse en physiologie respiratoire : ayant fait l'inventaire de différents modes respiratoires correspondant à différentes émotions, on a demandé à un certain de nombre de volontaires d'adopter ces respirations, sans leur dire à quoi elles correspondent. Eh bien, c'est extraordinaire : à mesure qu'ils respirent de telle ou de telle manière, on voit les visages progressivement se détendre, ou s'angoisser, devenir hilares, séducteurs ou colériques...»


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