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Parmi
les fresques éblouissantes de ses visions celestes, notre sainte
nous dépeint avec une rarefinesse les circonstances glorieuses
de notre création, l'infortune de la Chute, la grâce de l'Incarnation
et de la Rédemption. En se faisant homme, Dieu attire à lui tous
les hommes dans le Christ total, l'alpha et l'oméga qui résume
en lui toute la création afin de la ramener dans le sein du Père.
Outre cette oeuvre théologique magistrale, elle nous décrit avec
un rare réaIisme tous les règnes de la nature : les éléments,
les pierres précieuses, les végétaux, les animaux, des plus minuscules
aux plus gigantesques, sans oublier l' être humain, centre même
du cosmos :
"Au milieu du cosmos se dresse l'homme, car il est plus important
que toutes les autres créatures, qui demeurent dépendantes du
monde. Bien qu' il soit, certes, petit de taille, il est cependant
puissant par laforce de son âme. Sa tête est dirigée vers le haut
et ses pieds s'appuient sur un fondement ferme. Il peut donc mettre
en mouvement aussi bien les choses les plus élevées que les plus
basses" (PL 761 B).
Notre responsabilité vis-à-vis de la nature, de notre prochain
et de notre Créateur est ainsi clairement posée : notre vie ne
se limite pas à notre petite individualité, elle plonge ses racines
dans la vie divine, qui nous donne le souffle à chaque instant
et rayonne sur tout ce qui existe ; la manière dont nous usons
du don sublime de notre naissance a des répercussions inimaginables,
qui s'étendent jusqu'aux confins de l'univers visible et invisible.
Dans cet article, nous nous limiterons à quelques aperçus de cette
sagesse lumineuse, qui investit au XIIe siècle une mondiale bénédictine
dont la destinée a traversé les siècles, pour venir interpeller
d'une voix puissante notre époque matérialiste.
Celle qui se disait être "une plume dans les mains de Dieu" n'a
pas écrit pour sa seule instruction personnelle ; lorsqu'elle
reçut du Ciel cette parole puissante : "Ecris ce que tu vois et
entends ! Révèle les merveilles que tu as connues ! Ecris-Ies
et parle !, elle fut effrayée et demeura sur la réserve.
C'est alors qu'elle fut clouée sur un lit de souffrance, paralysée,
jusqu'à ce qu'elle se décide à écrire. Pendant les dix années
suivantes, elle rédigea son premier ouvrage : Connais les chemins,
qui expose la science des voies de Dieu... puis ce fut Je tour
des autres traités.
Il est clair que le Ciel octroyait à la "sibylle du Rhin" une
mission prophétique d'une porté universelle : devant l'ordre divin
bafoué, elle devaIt indiquer les chemins à suivre pour
restaurer le règne de Dieu sur la terre, en participant activement
elle-même à la mission salvatrice du Christ, dont elle fut une
apôtre insigne. Voici quelques aperçus d'une vie
bien remplie.
Miniatures
tirées d'un manuscrit original
de H. de Bingen (XIIe s.)
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Vie
de sainte Hildegarde
La vie de sainte Hildegarde se déroule en deux étapes totalement
différentes.
Les cinquante premières années sont placées sous le signe de l'anonymat
: celui de la clôture tout d'abord, marqué par une quête spirituelle
ardente mais contenue.
La deuxième partie se déroule en pleine lumiere; la femme faIble
et simple devient une des voix les plus écoutées de la seconde
moitié du XIle siècle, dans toute l'Allemagne et même dans tout
le Nord.
Elle est née en 1098 à Bermersheim, à 25 km au sud de Mayence,
en Hesse rhénane, de parents nobles chevaliers. Cadette de dix
enfants, comme le voulait l'usage, elle fut consacrée à Dieu par
ses parents, et nous decrit ainsi son enfance :
"C'est alors que je suis née et que, dans de saints désirs, mes
parents me vouèrent à Dieu. A l'âge de trois ans, je vis une si
grande lumière, que mon âme en fut toute pénétrée ; mais à cause
de mon jeune âge, je ne pus rien dire de ces merveilles. Dans
ma huitième année, je me suis offerte à Dieu dans une intimité
spirituelle ; jusqu'à l'âge de quinze ans, j'ai eu beaucoup de
visions merveilleuses qui suscitaient l'admiration de ceux qui
les entendaient.
"Ces visions l'ont accompagnée tout au long de sa vie et forment
l'essentiel de son message. Elle ne connaissait pas cependant
ces extases typiques des mystiques, mais se trouvait suspendue
"entre terre et ciel" , soumise aux influences terrestres et célestes
en même temps :
"Quand il plaît à Dieu, mon âme monte dans une vision sur les
hauteurs du firmament et dans un air nouveau ; elle se répand
au milieu de peuples divers, habitant des régions et des pays
fort éloignés de moi...
Ces choses, je ne les vois pas avec les yeux du corps et ne les
entends pas avec mes propres oreilles ; je les vois uniquement
en mon âme, les yeux du corps restant ouverts, si bien que je
n'éprouve jamais la perte de conscience qui se produit dans une
extase. Je suis éveillée quand je vois cela, que ce soit de jour
ou de nuit. " (Pitra, t.8).
Voici la première grande vision qui donna une nouvelle orientation
à sa vie :
"En l'an 1141, lorsque j'avais quarante-deux ans et sept mois,
une lumière d'un éclat éblouissant venant du ciel entrouvert,
penetra tout mon esprit, tout men coeur et tout mon être, comme
une flamme qui échauffe sans consumer, comme le soleil réchauffe
un objet sur lequel il darde ses rayons. Soudain le sens des Ecritures,
des Psaumes, des Evangiles et des autres livres du Nouveau et
de l'ancien Testament, m'était dévoilé." (PL 383 B)
Son oeuvre devint célèbre ainsi que le don qu'elle avait reçu
: l'évêque de Mayence, informé des faits, crut bon d'en faire
part à l'autorité du Siège apostolique. Le pape Eugène 3 fit lecture
publique de ses écrits au Synode de Trèves, devant cardinaux,
évêques et théologiens rassemblés, confir- mant ainsi ce don de
vision.
Saint Bernard, abbé de Clairvaux, supplie le pape de ne pas permettre
"qu'une si grande lumière reste cachée dans le silence". Celui-ci
lui envoie alors des lettres de salutation, lui accordant, "au
nom du Christ", la licence d'écrire et de publier. De plus, il
honore son monastère en lui envoyant des lettres de félicitations
revêtues du sceau pontifical.
Recevant l'approbation de l'Eglise, elle devient célèbre dans
tout l'Occident. Elle publie ensuite ses autres ouvrages, Le livre
de la vie méritoire, où elle décrit un art de vivre en conformité
avec la volonté divine, puis Le livre des oeuvres divines, véritable
théologie du cosmos. Entre ces ouvrages se situe la rédaction
de poèmes et de chants, de jeux mystiques et de légendes de saints,
ainsi que des écrits concernant les sciences naturelles et la
médecine, qui furent com- posés en sept ans, entre 1151 et 1158.
A-t-elle pratiqué elle-même sa médecine ? Ses biographes rapportent
surtout des gué- risons miraculeuses. Certaines ont lieu autour
de sa sépulture : après sa mort, la sainte continue de guérir
un certain nombre de malades et de possédés par le contact avec
ses cheveux, avec son tombeau, ou sur simple invocation de ses
mérites. De son vivant, elle guérit en imposant les mains en priant,
en versant de l'eau bénite, en donnant à boire dans sa coupe,
en faisant manger du pain bénit. De plus, une parcelle de vêtement
ou de chevelure posée sur un malade lui rendait la santé première.
Parfois, elle apparut ; en songe prévenir des dangers qui menaçaient.
Création
du ciei et de la terre
La sainte fut comblée de ces fulgurances célestes sur la nature
même de cette "lumière vivante", d'où tout procède et à la- quelle
nous sommes invités à nous unir : "La lumière que je contemple
n'est pas liée à l'espace. Elle est beaucoup, beaucoup plus vive
qu'une nuée porteuse de soleil. Je ne puis en déceler ni la hauteur,
ni la longueur, ni la largeur. On me dit que c'est "l'ombre de
la lumière de vie..."
Au coeur même decette lumière vivante, il lui est permis de contempler
la fulgurante image du Verbe incréé, préfiguration de l'être humain
qui devait être marqué de son sceau et porter au plus profond
de lui-même son image et ressemblance:
"Je contemplai alors dans le secret de Dieu, au coeur des espaces
aériens du midi, une merveilleuse figure. Elle avait apparence
humaine. La beauté, la clarté de son visage étaient telles qu'il
eût été plus facile de regarder le soleil que de contempler ce
visage."
Comme dans toutes ses visions, voici que l'image s'anime et se
met a lui livrer ses secrets les plus intimes, qui nous révèlent
la toute première impulsion de vie, au coeur même de la lumière
trinitaire :
"C'est moi l'énergie suprême, l'énergie ignée. C'est moi qui ai
enflammé chaque étincelle de vie. Rien de mortel en moi ne fuse.
De toute réalité je décide. Mes ailes supérieures englobent le
cercle terrestre ; dans la sagesse, je suis l'ordinatrice universelle.
Sans origine, sans terme, je suis cette vie qui, identique, persiste,
éternelle. Cette vie, c'est Dieu."
Comment décrire cette vie divine dans son essence ? Est-elle inerte
et stable ou bien le théâtre de secrètes opérations ?
"Elle est perpétuel mouvement, perpétuelle opération et possède
une triple énergie. L'éternité, c'est le Père. Le Verbe, c'est
le Fils, le souffle qui relie les deux, c'est l'Esprit Saint.
Dieu l'a représentée dans l'homme : il a en effet un corps, une
âme et une intelligence. "
Elle nous révèle ensuite en un seul mot ce qui définit la dynamique
interne de la sainte Trinité, son essence "suressentielle" :
"Elle est l'amour: au sein de l'énergie de la déité pérenne, dans
le mystère de ses dons, elle est une merveille d'une insigne beauté.
Si elle a l'apparence humaine, c'est que le Fils de Dieu s'est
revêtu de chair, pour arracher l'homme à la perdition dans le
ser- vice de l'amour."
Le navire de la vie humaine dispose d'un capitaine éclairé, chargé
de gérer tous les plans complexes de son existence :
"L'âme qui est vie, par cette vie qui est Dieu..., par son souffle
vital né de l'Esprit de Dieu, détermine la vie, vivifie et soutient
ce corps, grâce à ses énergies, de la même façon que les astres
eux aussi illuminent le firmament. "
Le corps, quant à lui, est construit à partir des quatre elements
qui composent le cosmos tout entier; de leur équilibre dépend
la santé :
"De même que les éléments assurent la cohésion du monde, de même
ils assurent la structure du corps : leur diffusion et leurs fonctions
se répartissent à travers l'homme de telle sorte qu'ils se maintiennent
en cohésion, de même qu'ils sont diffus à travers le monde et
agissent... De même dans l'homme, les éléments reçoivent la santé
lorsqu'ils agissent en lui de façon ordonnée, mais dès qu'ils
s'écartent de cet ordre, ils le rendent malade et le tuent. "
(CC 50,2 - 18). Nous devons donc, préserver l'ordre inhérent a
notre structure, pourtant soumis a tant de fluctuations intérieures
et extérieures.
Vers
la santé totale
De manière à maintenir l'équilibre entre les éléments, il convient
de se conformer à toutes les exigences d 'une vie humaine vécue
dans la plénitude de ses possibilités. Tous les plans de la personne
ont Ieur importance propre et influent les autres.
Cependant, un esprit sain dans un corps sain n'est pas suffisant
: il convient de s' accorder aux lois surnaturelles qui régissent
la vie humaine, ce qui exige un travail sur soi, qui s'enracine
dans la contemplation des réalités célestes ; la richesse de la
vie intérieure et spirituelle doit compléter les approches psychosomatiques
et nous ouvrir à l'Amour qui seul peut nous transformer en Lui-même,
comme un brasier flamboyant transforme le bois opaque en un ti-
son incandescent.
Ainsi nous livre-t-elle en conclusion ce programme grandiose :
"O, homme tu as en toi le ciel et la terre, fais de ce monde un
ciel sur la terre.. Voici les chemins !"
Bibliographie
:
- Sainte Hildegarde, La santé entre ciel et terre, éd. Les Trois
Fontaines.
- Sainte Hildegarde, La Prévention, éd. Saint Paul
- Les recettes de la joie avec sainte Hildegarde, éd. Téqui.
- Sainte Hildegarde, une médecine tombée du ciel, Les Remèdes,aux
éd. Marne.
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