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C'est
dans une contrée lointaine de l'Empire romain, il y a plus de
1700 ans, que naquit celui qui allait devenir le bienfaiteur de
tous les enfants. Baptisé Nikolaos par ses parents qui parlaient
le grec, le garçon grandit et devint l'une des principales lumieres
de son temps. Prononcé differemment selon les pays, son nom est
partout synonyme de bonté, de générosité ; les enfants du
monde entier lui portent un amour particulier, car Saint Nicolas,
Nikkita, Nikklaus, Klaes, Klaus, Santa Claus, alias le Père Noël
est leur champion officiel et reconnu. Certains d'entre vous aimeront
sans doute en apprendre un peu plus sur celui qui, une fois par
an, joue un role important dans votre vie, et comprendre pourquoi
il est devenu le protecteur des enfants.
Dans ce IIIeme
siècle de notre ère, l'Empire romain n'était plus que l'ombre
de ce qu'il avait été à partir du règne d'Auguste et de la pax
romana ; le monde dans lequel naquit le jeune Nikolaos était instable
et violent, plein de dangers, d'insécurité politique et de désordre
social ; il y régnait la guerre, la famine et la persécution.
Partout la religion était une force vivante, les différents cultes
exotiques importés par Rome, jugés inoffensifs, fleurissaient.
Ils contribuaient en réalité à l'érosion de l'unité culturelle
et accéléraient le processus de désintégration interne de l'Empire.
Parallèlement, bien qu'elle fut interdite parce qu'elle remettait
en cause l'ordre social, se développait la nouvelle religion révélée
par Josuah de Nazareth et les persécutions, loin de stopper le
mouvement chrétien, l'encourageaient au contraire: plus mouraient
de martyres, plus étaient nombreux les nouveaux adeptes.
L'Asie mineure avait été l'une des premières régions à recevoir
le message chrétien. L'apôtre Paul la visita plusieurs fois -
c'est là qu'il adressa quelques-unes de ses épîtres les plus célèbres
- et l'une des provinces ou il attira le plus grand nombre de
disciples fut la Lycie, située au sud-ouest de la péninsule qui
forme l'actuelle Turquie.
La
jeunesse de Nikolaos
C'est à Patara, dans une de ces villes fatiguées par la guerre
que naquit Nikolaos. A l'époque de sa prospérité, cette ville
gréco-romaine avait été célèbre dans tout l'ancien monde pour
son temple d'Apollon. Puis au milieu du Ille siècle, sa fortune
avait décliné et la plupart de ses habitants survivaient difficilement.
Les parents de Nikolaos étaient tous deux des disciples du Christ
et, bien que riches, vivaient dans une rigoureuse simplicité,
jeûnant deux fois par semaine, ignorant le luxe et aidant ceux
qui étaient dans le besoin. Sans doute souffrirent-ils des persécutions
d'Aurélien qui durèrent de 270 à 275 et firent périr de nombreux
chrétiens.
On ne connaît pas la date exacte de la naissance de Nikolaos,
mais il est certain qu'il vécut sa petite enfance dans une atmosphère
de crise et de danger, ce qui marqua probablement sa personnalité.
Ses parents l'élevèrent selon les principes qui guidaient leur
vie, lui inculquant l'altruisme et l'ascétisme. Il passait ses
loisirs à lire les écritures saintes. Comme sa langue maternelle
était le grec, il pouvait lire tous les traités écrits par les
premiers pères de l'Église et correspondre avec de nombreuxthéologiens.
Plus remarquable encore était l'amour profond qu'il portait aux
hommes. On dit qu'il parcourait les rues de la ville en distribuant
de l'argent à tous les mendiants qu'il rencontrait et qu'il pleurait
souvent à la vue d'une telle misère. Très tôt, sa compassion le
conduisit à donner à ceux qui étaient dans le besoin avec la plus
grande discrétion, mais on finit par savoir qu'il était l'auteur
de ces dons anonymes et cela se répandit dans toute la ville.
Aussi, pour échapper à cette notoriété qui l'embarrassait, il
décida de quitter Patara et se retira dans une communauté de religieux,
dans le village voisin de Sion. C'est là, pendant ces années d'étude,
de prière et de méditation, que sa personnalité se cristallisa
et mûrit.
Comme le faisaient un certain nombre de jeunes et ardents chrétiens
à cette époque, son intention était de passer le reste de sa vie
en mortification volontaire, mais son oncle, qui dirigeait la
communauté de Sion, l'en dissuada. Pour survivre et croître, l'Église
avait besoin de jeunes gens capables et Nikolaos fut ordonné prêtre.
Le 23 février 303 commença dans tout l'Empire une nouvelle persécution
qui devait durer 10 ans. Son oncle fut exécuté et Nikolaos devint
le pasteur officiel de la communauté de Sion. Puis les vents de
la providence tournèrent et, sous l'égide du nouvel empereur Constantin
- qui vit en elle un instrument de paix -, la chrétienté se releva
et prospéra: Constantin mit fin aux persécutions en 313 et par
l'Édit de Milan força le co-empereur d'orient ; Licinius, à faire
de même ; les chrétiens purent à nouveau pratiquer librement leur
foi et reconstruire leur Eglise. Pour remplacer les nombreux prêtres
et évêques disparus pendant les années noires, l'une des principales
tâches fut d'établir un nouveau clergé. L'évêque de Myre était
mort et il fallait lui trouver un remplaçant. La population chrétienne
pria pour que Dieu désignât le meilleur candidat: un rêve ordonna
à un prêtre de se placer très tôt à l'entrée de l'église et d'arrêter
le premier homme qui se présenterait, car cet homme serait celui
choisi. C'est ainsi que Nikolaos - il se trouvait à Myre et s'était
rendu à l'église pour y prier et méditer dans le silence avant
que la ville s'éveille - devint l'évêque de Myre.
L'évèque
de Myre
La confiance qu'avaient mise en lui les anciens de Myre se révéla
amplement justifiée: il réorganisa rapidement les 23 diocèses,
guida ses administrés, n'épargna aucun effort pour leur assurer
le bien-être spirituel aussi bien que matériel, intervint auprès
des autorités pour faire diminuer des impôts trop lourds. Ses
biographes sont unanimes à évoquer son pouvoir de persuasion qu'ils
attribuent à des forces surnaturelles, mais sans doute y verrait-on
aujourd'hui une compréhension profonde de la psyché humaine s'accompagnant
d'un charisme né de la compassion, du courage et de la vraie sagesse.
Toutefois l'évêque de Myre est surtout présenté comme le protecteur
des enfants. A cette époque, ces derniers étaient confrontés à
de nombreux dangers : d'abord une mortalité infantile importante,
mais aussi des crimes dont nous trouvons les échos dans les contes
oû des enfants sont dévorés par des ogres. Dans les périodes de
famine, il n'était pas rare en effet qu'on enlevât de jeunes enfants
pour les manger, et ils étaient également les victimes des sacrifices
païens. Nikolaos en sauva beaucoup et contribua, par son exemple,
à changer l'attitude de ses contemporainsvis-à-vis des enfants.
On raconte qu'un soir qu'il priait avant de se coucher, il eut
soudain la prémonition d'un danger. Il sortit aussitôt de chez
lui, entra dans l'auberge voisine, ordonna à l'aubergiste de confesser
sur-Ie-champ ses péchers. Celui-ci avoua qu'il avait tué plusieurs
enfants, mélangé leur chair à du porc salé et mis la mixture dans
de grandes jarres. Nikolaos se précipita à la cave oû il trouva
les corps inertes de deux jeunes garçons à qui il ordonna de se
réveiller: à l'étonnement de tous, ils ouvrirent les yeux et se
levèrent.
Cette période paisible n'allait pas durer. En 316, irrité par
le prestige et l'autorité de Constantin, Licinius décida de lui
déclarer la guerre et de conquérir tout l'empire; ses conseillers
païens le convainquirent d'interdire tout autre religion. L'un
des premiers emprisonnés fut l'évêque de Myre qui fut envoyé en
exil. Privé de nourriture, systématiquement soumis à la torture,
Nikolaos vécut huit années d'un véritable cauchemar et toute sa
vie il garda les marques de ses cicatrices. Les persécutions cessèrent
en 323, quand Licinius fut vaincu par Constantin qui devint l'empereur
unique de l'Occident et de l'Orient et imposa le christianisme
comme religion d'État.
Ce fut alors le début d'une ère nouvelle pour l'Église, ère qui
allait connaître d'autres types de problèmes. Si pendant les années
de persécution les églises chrétiennes avaient présenté un front
uni devant l'agresseur, en temps de paix apparurent des différences
d'opinion sur certains points de théologie. En 325, afin de formuler
une doctrine unique, orthodoxe et universelle pour tous les croyants,
Constantin réunit le premier concile à Nicée. Nikolaos prit une
part active aux débats qui se concluèrent par le crédo affirmant
le Verbe "engendré, non créé", et la divinité du Christ. Pendant
le concile, les évêques se mirent d'accord sur le fait que le
meilleur moyen de sauvegarder l'orthodoxie dans l'avenir était
d'éviter l'isolement, aussi décidèrent-ils de se rendre visite
régulièrement. Nikolaos voyagea beaucoup, alla à Constantinople,
puis en Italie. Représentant l'église orientale, il resserra les
liens avec l'église occidentale. Son troisième et plus long voyage
le conduisit en 332 en Terre Sainte pour la consécration de la
grandiose basilique du saint sépulcre, sur le Golgotha.
Il continua à lutter pour la justice, mais à soixante ans passés
sa santé s'altéra, ses forces déclinèrent et il mourut le 6 décembre
345, à l'heure exacte qu'il avait prévue. Loin de marquer la fin
de sa carrière, la mort de l'évêque Nikolaos répandit au contraire
la renommée de ses pouvoirs charismatiques dans toute la chrétienté
et les nombreux évêques qui assistèrent à ses funérailles décidèrent
aussitôt sa béatification, chose qui était assez courante à cette
époque. Le nouveau saint devint rapidement l'objet d'un véritable
culte et de nombreux pèlerins vinrent prier sur son tombeau d'oû
s'échappait un délicieux parfum : au lieu de se décomposer normalement,
le corps du saint produisait une huile parfumée qui produisait
en effet des miracles.
Saint
Nicolas - Dessin, DR
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Le
culte de Saint Nicolas
En 100 ans, le culte de saint Nicolas se répandit dans toute la
Grèce et l'Asie mineure et de nombreuses églises lui furent dédiées
- il est encore aujourd'hui le saint patron de la Grèce. Dès le
VIIe siècle, il était présent dans toute l'Europe occidentale
oû des centaines d'églises furent construites en son honneur.
Au xe siècle, les missionnaires byzantins évangélisèrent les peuples
slaves. Un lien si étroit se développa entre le saint et les habitants
de la Russie qu'il fut élu comme son saint patron ; les tsars,
ainsi que leurs sujets, se placèrent sous sa protection. Pendant
ce temps, le sud de l'Europe étaient bouleversé par la croissance
rapide de l'Islam qui affecta l'équili- bre politique et religieux
de nombreux territoires et fut indirectement responsable de l'expansion
du culte de saint Nicolas encore plus vers l'ouest. Après avoir
balayé l'Arabie au VIre siècle, les guerriers musulmans conquérirent
l'Afrique du Nord, l'Espagne et la moitié de la France, et prirent
le contrôle de tout le Moyen-Orient. Comme bien d'autres centres
chrétiens, Myre fit désormais partie de l'Empire musulman.
Les autorités chrétiennes firent naturellement leur possible pour
sauver les lieux sacrés et l'empereur Basile le Sage se rendit
Iui-même à Myre pour tenter de sortir le tombeau de saint Nicolas
de la ville. Mais des circonstances im- prévues l'en empêchèrent
et il ordonna qu'on enterrât le sarcophage en un lieu secret.
C'étaient là de sages précautions qui réussirent à protéger le
tombeau, non tant contre les musulmans qui respectaient les lieux
saints, que contre les aventuriers chrétiens qui faisaient le
commerce des reliques saintes. Il était inévitable qu'ils finissent
par s'intéresser à celles qui attendaient à Myre d'être "sauvées"
des Sarrasins. Les Vénitiens furent les premiers à se lancer dans
la chasse au trésor, mais ils échouèrent. Le 9 mai 1087, les Normands
plus chanceux arrivèrent avec le corps du saint à Bari où ils
reçurent un accueil triomphal.
Le suzerain normand de Bari ordonna immédiatement que l'on construisit
une basilique pour abriter les précieuses reliques. Elle fut consacrée
par une cérémonie solennelle à laquelle assistèrent pratiquement
tous les membres du clergé occidental et même le pape.
La
fête de Saint Nicolas
Dans toute l'Europe occidentale, la dévotion à saint Nicolas s'enracina
si profondément que beaucoup d'enfants portèrent son nom et nombreux
sont encore aujourd'hui les Nicolas, Nicole, Colette ou Colin.
Dans les régions orientales orthodoxes, le saint restait une source
de réconfort pour tous ceux qui étaient dans la détresse; dans
l'Europe catholique, il devint presque exclusivement le saint
patron des enfants: c'est à lui qu'on adressait des prières quand
un enfant était malade ou perdu. On célébrait chaque année sa
fête le 6 décembre, date de sa mort. Au Moyen-Age, c'était un
grand moment dans l'année, marqué par d'exceptionnelles démonstrations
de ferveur religieuse; peu à peu cependant, elle devint un événement
séculier accompagné de nombreuses réjouissances pour petits et
grands, du moins en Occident car dans l'Est elle gardait toute
sa solennité.
Tous les anciens rites païens trop profondément enracinés avaient
peu à peu été intégrés au calendrier chrétien. C'est ainsi qu'en
350 Jules 1er, évêque de Rome, avait décrété le 25 décembre comme
la date officielle de la naissance du Christ, et que le 6 décembre
en vint à ouvrir les festivités saturnales qui entouraient le
solstice d'hiver dans toutes les traditions anciennes. On avait
coutume de donner aux enfants des bonbons, des gâteaux, des noix
et des fruits, et saint Nicolas suivit naturellement la coutume,
apportant en outre des cadeaux dans la nuit du 5 au 6 décembre,
même au plus pauvres.
De ses incursions dans les terres germaniques, saint Nicolas ramena
l'habitude d'entrer dans les maisons par la cheminée, alors qu'il
passait auparavant par la fenêtre. Avant l'introduction du christianisme
en Germanie, les longues soirées d'hiver avaient longtemps été
égayées par un elfe sympathique appelé Freya qui s'introduisait
chez les gens en chevauchant la fumée du foyer. Afin de diminuer
le prestige de cet esprit hivernal, l'église médiévale lui substitua
saint Nicolas qui adopta la même façon d'entrer dans les demeures.
Mais ce séjour en terre germanique eut une autre conséquence :
il procura à saint Nicolas un moyen de locomotion. La mythologie
germanique affirmait que, la nuit du solstice d'hiver, le tout
puissant dieu Wotan se promenait dans le ciel sur un étalon blanc
appelé Sleipnir, distribuant récompenses et punitions. Quand le
christianisme remplaça le panthéon germanique, saint Nicolas devint
naturellement le substitut de Wotan dont il adopta à la fois le
rôle et la monture. Plus loin dans les contrées nordiques, la
même nuit, le dieu Thor voyageait dans les cieux dans un chariot
tiré par deuxgrands boucs appelés Cracker et Gnasher et Saint
Nicolas adopta le mode de locomotion de Thor : le chariot céleste
fut simplement transformé en un traîneau, les boucs en rennes,
et la nuit du 25 décembre on put voir le saint glisser doucement
dans le ciel scandinave étoilé, distribuant ses cadeaux.
Métamorphose
Tandis que passaient les siècles, les réjouissances de la Saint-Nicolas
prirent tant d'importance qu'on en oublia quelque peu le but originel
de la fête. Quelques âmes pieuses continuaient d'assister ce jour-Ià
à la messe, mais dès le XIlle siècle la majorité des peuples d'Occident
considéraient le 6 décembre comme une fête séculière où l'on faisait
ripaille.
Au début du XVIe siècle, avec la Réforme, toutes ces fêtes qui
avaient perdu leur essence religieuse furent proscrites par les
protestants, en particulier au Nouveau Monde où ils se réfugièrent
pour pouvoir exercer librement leur religion. La colonie britannique
l'interdit dès 1620, mais celle des Hollandais de New Amsterdam
- plus tard New York - continua, tous les 6 décembre, de fêter
saint Nicolas sous le nom vernaculaire et familier de sinter Klas.
Nanti d'un nouveau nom et d'un nouveau costume - il avait abandonné
ses amples et longs vêtements pour le costume des colons hollandais
- saint Nicolas était en passe de devenir citoyen américain.
Après la guerre d'indépendance, de nombreux immigrants arrivèrent
aux Etats-Unis, parmi eux des Scandinaves qui apportèrent quelques
variations : saint Nicolas acquit le véhicule qu'il avait depuis
longtemps en Norvège et en Suède, un traîneau tiré par deux rennes,
et son costume hollandais prit la couleur rouge, comme celui des
petits elfes qui chaque hiver apportaient traditionnellement le
bonheur dans les foyers scandinaves. C'est en 1822 que la métamorphose
de saint Nicolas fut achevée et qu'il se mit à distribuer ses
cadeaux pendant la nuit de Noël. Dès 1875, cette tradition s'était
répandue dans tous les États-Unis - Sinter Klas s'était anglicisé
pour devenir Santa Claus; de là elle s'exporta vers la Grande-Bretagne,
les pays du Commonwealth, l'Europe et les pays du monde entier.
En France, une figure semblable devint très populaire à la fin
du xrxe siècle. Dans notre pays, où l'Église et l'État étaient
séparés et où la moitié de la population était anticléricale,
les Républicains furent heureux de trouver un substitut à l'enfant
Jésus porteur de cadeaux pour les enfants, et le nom de "Père
Noël" parut satisfaire tout le monde. Ce nom de "Noël", qui désigne
officiellement la naissance du Christ, est cependant d'origine
païenne: en norvégien, "No Wei" signifie "nouvelle naissance"
et fait clairement référence à la renaissance du soleil. Après
la première guerre mondiale, le Père Noël adopta le costume écarlate
de Santa Claus et, en dépit de ses origines ambiguës, on le considère
tout à fait comme l'héritier de saint Nicolas.
Alors, Joyeux Noël !
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