|
Le
mot "manipulation" ne plait pas à Farid, 30 ans, marocain : "Que
l'oeuvre d'Allah, le message coranique et prophétique dans sa
pureté originale soient manipulés, est tout à fait exclu pour
un musulman. Les principes de l'Islam - qui signifie "de la paix"
- représentent la lumière essentielle aux hommes pour trouver
leur chemin. L'Islam proclame la fraternité et l'égalité sur terre,
et promet le paradis dans l'au-delà." Des mots qui rassurent le
fidèle, lui apportent l'espoir du bonheur - parfois irréel - et
le rendent plus combatif.
"Cinq piliers de l'Islam orientent la vie du fidèle, sa croyance
au quotidien, explique Farid.
Le Coran est le livre saint par excellence ; il a été dicté à
Mohammad par l'archange Gabriel : il n'a pas l'intention
de manipuler, il guide."
Certaines écoles religieuses (mo'tazilites) ont prôné le libre
arbitre "ray", d'autres (orthodoxes sunnites) ne laissent à l'homme
aucune liberté d'action : ce que l'homme fait est considéré comme
l'oeuvre de Dieu, et la notion de fatalisme est d'autant plus
importante. On s'en remet toujours à la volonté d'Allah, comme
si le chemin de l'homme était tracé.
L'Islam a d'abord été une religion de conquête qui a rassemblé
derrière elle des tribus bédouines pour partir à la conquête d'autres
peuples. Pour Farid, "elle a été utilisée par des hommes qui se
sont servi du pouvoir que leur conférait la religion en légitimant
leur action par des Hadiths (qui se rapportent aux faits et aux
dires du prophète) qu'ils avaient transformé.
La religion devenait effectivement de ce fait un moyen de manipulation."
Lorsque Saddam Hussein se sert du discours islamique - lui qui
appartient au parti Baath, un parti prônant la laïcité, fondé
par Michel Aflak, chrétien, dès 1944 - il utilise la parole de
Dieu pour manipuler les fidèles. Il utilise l'idée d'une Guerre
Sainte pour chatouiller le sens du sacrifice et la fierté des
Arabes.
"Si l'homme est manipulé, c'est par d'autres hommes qui utilisent
la religion, conclut Farid. Mais l'Islam reste toujours l'arme
des fidèles pour sauver l'homme de ses misères."
|