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LES DOSSIERS CLÉS
 


La multiplicité de l’unique
Entrtien avec Cheikh Bentounes, propos recueillis par Marc de Smedt.

« On ne se trempe jamais dans le même fleuve. »
Cette maxime antique devrait nous faire retrouver le sens du temps. Dans cet entretien avec le chef de la confrérie Alawïa, nous entrons dans une dimension du temps qui est celle de l’éternité. Une vision rafraîchissante.

Cheikh Bentounès

Cheikh Bentounes : Les prophètes des religions sont comme les différents grains d’un chapelet et la spiritualité est le fil qui relie l’ensemble des grains. Tous les prophètes sont ainsi reliés les uns aux autres au-delà de leurs différences. Cette image n’enferme pas dans le dogmatisme d’un seul message, mais ouvre sur le message primordial, l’unité qui n’a pas de nom, la religion sans nom, celle de la transcendance. Ainsi le message d’Adam devient aussi vivant que le message de Noé, d’Abraham, de Moïse, de Jésus, de Mohammed : c’est une continuité, il n’y a pas de rupture. En fait, chaque messager vient apporter une révélation afin que l’homme puisse retrouver l’universalisme en lui. Il n’y a pas opposition mais harmonie entre l’homme et tous les messages qui ont été révélés à l’humanité. On ne vit alors plus dans cette antinomie : moi, j’ai la vérité, l’autre est dans l’erreur, ma religion est la meilleure, etc.

Nouvelles Clés : On peut dire que cela pourrait être vrai dans l’absolu : malheureusement, dans la réalité, cela s’avère faux puisque particularismes et sectarismes ne font que croître...
C.B. : Mais notre réalité n’est que relative : nous ne sommes qu’un instant du temps. Nous ne voyons ni ne considérons la réalité dans son éternité. Le Prophète disait : « Ne médisez pas le temps, car le temps c’est Dieu. » C’est le temps qui enfante, c’est de lui que nous venons et c’est à lui que nous retournerons : cela est vrai pour tous les éléments de notre réalité. La réalité d’aujourd’hui, évidente pour nous, change sans cesse.

N.C. : Comment voyez-vous la spiritualité du siècle à venir ? D’un côté il y a les intégrismes, de l’autre une tendance à l’universalisme. Mais le futur semble glauque...
C.B. : L’homme de demain sera universel ou bien se sera transformé en une sorte de machine pensante. Si on veut garder l’humanité en nous, c’est dans l’universalisme que se trouve l’avenir. Et tous les intégrismes nous rappellent cela : ils viennent des conservatismes qui ne veulent pas être dérangés dans l’ordre - philosophique, moral et religieux - qu’ils ont créé et dans la sphère qu’ils contrôlent : tout cela est figé dans le temps. Toutes les écoles exotériques nous donnent des vérités toute faites alors que la vraie spiritualité nous pousse à nous réaliser, à partir en quête. La recherche intérieure pousse l’être à aller vers ses possibilités à lui, celles qu’il ignore - elle ne lui donne pas la vérité toute emballée. D’ailleurs, ramener tout à un seul chemin, revient à diminuer la grandeur de l’absolu, diminuer l’immense possibilité divine, les ramener à une échelle humaine. Chaque être humain, chaque fleur, chaque goutte d’eau, chaque flocon de neige, chaque feuille d’arbre... a sa spécifité. Chaque graine a son identité. Il n’y a pas deux empreintes digitales pareilles au monde !
C’est cela, le mystère de l’immense puissance divine, qui crée à chaque fois une unité à son image, donc unique ! Elle donne existence à une création nouvelle qui ne ressemble pas à une autre et ce parce qu’elle vient de l’Unique, qui ne refait pas les mêmes choses à l’identique mais les fait à chaque fois différentes pour les marquer d’une empreinte unique. L’avenir s’éclaircira quand les hommes auront compris que cette différence entre chacun est une immense miséricorde pour nous tous. Et le fait qu’il y ait plusieurs façons de voir les choses, plusieurs messages, plusieurs philosophies qui abordent les choses de façon nouvelle et différente, fait partie de cette volonté divine. Cette multiplicité dans sa diversité n’est pas humaine, elle est divine, pour me rappeler sans cesse l’unité. Celui qui comprend cela, va vivre dans un environnement à la fois universel et fécond pour lui, parce qu’il va puiser dans la totalité de l’héritage de l’humanité.
Si on apprenait à nos enfants dans les écoles que le message d’Adam, de Noé, d’Abraham, de Moïse, de Jésus, de Mohammed, de Bouddha, de Lao-tseu... sont des messages non contradictoires mais complémentaires ? Et cela pour qu’ils aient la possibilité de puiser dans ces traditions afin de les vivre, de les sentir, de les approcher sans les cloîtrer ni les castrer en des systèmes qui finissent par enfermer les esprits et créer des catastrophes. L’être humain doit comprendre la spiritualité au sens large.

N.C. : Mais n’est-ce pas aussi le désespoir qui mène la danse ? La misère matérielle et affective ne pousse-t-elle pas vers le fanatisme et l’intégrisme ?
C.B. : L’injustice joue bien sûr son rôle. Quand un jeune n’a pas reçu d’éducation ou que celle-ci ne débouche sur rien, quand il n’a pas de travail, que tout est bouché, il perd les repères. Il n’est plus nourri, plus fortifié et se révolte devant son manque d’avenir. Certains se contentent de se révolter par la musique, la drogue, d’autres prennent les armes et se font manipuler par des gens qui essaient de prendre le pouvoir et leur vantent le mérite de devenir « martyrs ».
Les soufis résument cela en trois formules, ils disent : l’exotérisme, c’est toi et moi, donc la dualité et l’affrontement ; il y a toi ou il y a moi. L’ésotérisme change de dimension en disant : toi c’est moi et moi c’est toi ; ce qui te concerne me concerne, ce qui t’a fait pleurer me fait pleurer, ce qui te donne de la joie me donne de la joie : il y a un échange permanent.
Et enfin, les soufis disent : la connaissance ce n’est ni toi, ni moi, c’est Lui, c’est l’absolu.
Et là, tout s’estompe : le moi, l’ego disparaît devant le divin, devant la vérité. Car nous sommes éphémères, inscrits dans le temps, alors que Lui, il est dans le temps, dans l’éternité.
Ces formules marquent les trois étapes de notre parcours : dans la première, c’est moi qui ai toujours raison, je veux dominer, avoir la puissance sur l’autre. Le monde d’aujourd’hui est devenu si éxotérique que l’on n’enseigne que cela : dans les mosquées, les églises, les synagogues, les chapelles philosophiques, on enseigne l’éxotérisme. On fortifie toujours le moi, et donc le toi et donc l’affrontement. Et c’est ainsi que les hommes perdent totalement la notion de cette unité transcendantale d’où ils viennent, et qui est en eux, dans leur empreinte. On a détruit des civilisations entières au nom de principes soit-disant nobles, faits pour sauver l’homme, et qui ne visaient en fait qu’à l’asservir et à le faire penser comme nous. Bien sûr, on ne peut nier le moi : il existe, il a une réalité. Mais ce moi, s’il ne se nourrit pas d’un universalisme, s’il n’intègre pas la relation avec ses propres frères, avec la nature, les détruit. Et l’on voit ce que l’être humain est en train de faire : il détruit plusieurs règnes animaux et végétaux, il pollue, il saccage la nature, il s’attaque à ses semblables.

N.C. : Mais ne croyez-vous pas que ce processus risque d’être irréversible ? On a l’impression que la machine s’est emballée et que seul un accident l’arrêtera...
C.B. : C’est comme pour un individu : la plupart du temps, il ne prend conscience que lorsqu’il prend un choc ; un événement dramatique lui ouvre parfois les yeux. À l’échelle de l’humanié c’est pareil. Il lui faudra des chocs violents pour mettre en doute sa conduite.
Qui ignore aujourd’hui que le chemin pris conduit à une impasse ? Quels sont les politiques, les philosophes, les responsables qui ne le savent pas ? Tous ces gens qui ont la responsabilité de gérer la société humaine devraient changer de langage. Qui le fait ? Qui dit la vérité ? On continue à vivre dans le mensonge, à nous cacher la réalité tant qu’on peut, on essaye toujours de nous dominer par des principes qui ne mènent nulle part. Nous sommes à un seuil, à un tournant.
Quand on voit le Premier ministre rabbin assassiné : cela fait cinquante ans que Palestiniens et Israéliens se font la guerre, s’entretuent. C’est un chemin qui ne mène nulle part. Le seul qui va enfin vouloir la paix, dialoguer avec les autres... est tué par les siens. Pourquoi ? Car il a dérangé les intérêts. Par ailleurs, comment définir la recherche d’un nouvel ordre mondial ? Par le dirigisme : quelques-uns qui vont diriger les autres ! Vous parlez d’une mondialisation ! Il faudrait en fait commencer par s’occuper des plus pauvres, de ceux qui sont les plus nombreux sur terre. Que craignent les puissants ? Si on donne aux plus pauvres leur part, les riches s’en porteront encore mieux ! Mais si on se base sur la richesse éphémère, si on produit encore plus de voitures, de gadgets, de machines pour ceux qui en ont déjà et en sont saturés, et bien nous tombons en crise. C’est ce qui est en train de se passer ici.
Un pays qui est arrivé à son seuil de richesse ne peut plus absorber cette richesse. La seule façon pour lui de continuer à s’enrichir, c’est de partager. C’est le principe des vases communicants : si vous avez trop ici, laissez-en filer de l’autre côté. Cela dissoudra l’animosité, créera des courants d’échange, de pensées, de commerces. Un homme qui n’a pas faim et pas soif, il recherche la paix pour lui et ses enfants. Mais celui qui manque de tout et voit ses enfants mourir de faim, il va indéniablement aller, tôt ou tard, vers la révolte.
Il ne pourra faire autrement pour tenter de sortir de l’humiliation, de l’exploitation et de la misère.
En quoi notre monde est-il moderne ? La modernité devrait s’exprimer dans la relation humaine et non dans des gadgets de plus en plus sophistiqués. On est capable d’envoyer des fusées interstellaires mais pas de nourrir les gens. Est-ce par impuissance ou parce qu’on gère les problèmes de façon égoïste ? Comme disait le Prophète : « Ne faites pas ce que vous n’avez pas envie que l’on vous fasse. » Ce devrait être la première prise de conscience. Mais on fait tout le contraire. Si on appliquait ce simple bon sens, 50 % des problèmes sur la terre seraient résolus.

N.C. : Mais tout le travail de rééducation devrait commencer par la jeunesse.
C.B. : Oui, c’est vrai. Enfant, chez les soufis, on apprenait avec des tablettes de bois recouvertes d’argile sur lesquelles on écrivait. Quand la leçon était apprise, parfaitement sue, on effaçait l’écriture et l’argile avec de l’eau et on recommençait. Comment voulez-vous apprendre sans effacer ? Lorsqu’on parle aux gens, aux adultes, on a l’impression qu’ils connaissent tout sur tout : l’information les rend arrogants. Leur tablette est pleine. Ils devaient l’effacer pour apprendre à nouveau. Celui qui cherche à connaître la vérité doit faire le vide sur sa connaissance : alors il pourra trouver de quoi lui enseigner à nouveau.

N.C. : C’est d’ailleurs le principe de base de toute la philosophie : tabula rasa. Mais se pose alors le problème des instructeurs. Comment changer l’éducation et faire bouger tout cela ? C’est un des problèmes de notre époque.
C.B. : L’éducation ne donne plus un enseignement d’éveil. Nous sommes devant un vide grave car il y a peu de gens aujourd’hui qui savent enseigner autant qu’apprendre.

N.C. : Peut-on pousser la comparaison avec les instructeurs spirituels ? Rares sont les
vrais éveilleurs...
C.B. : Vous savez, il y a des escrocs partout, et beaucoup de personnes valables n’ont pas le don d’enseigner. De plus, les gens en quête ne savent pas ce qu’ils cherchent, et souvent cherchent des béquilles. Ils ne veulent pas marcher tout seuls : ils veulent un père, une mère, un maître qui les prend par la main. Ils ne veulent pas se libérer, trouver un enseignement d’éveil pour être responsables de leurs actes, de leurs paroles, de leurs agissements afin d’incarner eux-mêmes un homme universel, non, non, ils veulent rester derrière quelqu’un d’autre. C’est plus accommodant. Alors ils tombent souvent sur des profiteurs.
Suivre un enseignement véridique est dérangeant car s’il éveille, il tranche aussi, il élague les défauts et faiblesses. Pour dire : moi c’est toi et toi c’est moi, il faut savoir agir dans la vie de tous les jours, avec ses voisins, sa famille, la société. Donner, ne fût-ce qu’un sourire, est parfois difficile !
Quelle est la solution ? Je n’ai pas de recettes toute faites. Dieu seul sait ! Mais on peut remarquer dans l’histoire qu’il y a toujours un effet de balancier : plus on descend bas, plus on remonte. Je crois qu’on va vivre des moments difficiles, que l’humanité va être ébranlée dans ses fondements, religieux, philosophiques, économiques, politiques... Le communisme s’est effondré, le socialisme le suit, le capitalisme ne va guère mieux - tout annonce une crise majeure. Dieu nous prend à notre propre piège. Mais peut-être préparons-nous ainsi le retour du Messie !

N.C. : Ce retour du Messie est il vraiment annoncé dans la tradition musulmane ?
C.B. : Mais oui, le prophète a annoncé le retour du Messie, le retour de Jésus, en disant qu’il reviendra à la fin des temps, plusieurs haddiths en parlent. Dans l’Islam, je le répète, il y a trois sortes de mondes : celui de la réalité temporelle, de cause à effet, des phénomènes ; puis celui de la réalité spirituelle, subtile, imaginale - pas imaginaire ! - un éternel présent qui fait que le moment de notre rencontre dans cette maison était déjà en puissance dans le Big Bang il y a quinze milliards d’années ; et enfin, celui du Monde supérieur à tout, ni imaginable ni réfléchissable, impénétrable - un monde autre.
Dans cette perspective Jésus était, est et sera. Il y a ceux qui l’ont vécu, ceux qui le vivent et ceux qui le vivront.
Vous savez, de plus en plus de personnes vont se rendre compte que tous les vieux livres sacrés portent en eux une réalité qui n’a rien de virtuel. Le passé porte en lui les germes d’un savoir qui va rejaillir. Plus noir sera le présent, plus la lumière jaillira. Dans la profession de foi, il faut d’abord nier Dieu : il n’y a de Dieu... ; puis vient l’autre stade : ... que Dieu. Nous sommes dans la phase de négation. Celle de l’affirmation viendra.

N.C. : Dans votre livre vous êtes critique envers les techniques d’éveil qui aident pourtant beaucoup de gens. Et je sais pourtant que les soufis emploient beaucoup de moyens pratiques adaptés à chacun.
C.B. : Je dis simplement que réduire la spiritualité à des techniques est une erreur considérable. Les techniques sont des outils, non des buts. Si on s’attache aux pratiques, on tombe dans un nouveau piège qui vous lie. Il ne faut pas confondre les moyens et le but.
À quoi sert de savoir boire de l’eau bouillante et de marcher sur des braises si l’on reste aveugle à la vérité ? Aujourd’hui, on propose des techniques soit-disant pour mieux vendre ou mieux parler. Vendre quoi et parler de quoi ? Même si l’on emploie des techniques, il faut savoir rester humble ; l’humilité reste la grande clé. La vie est amour, le reste est de la blague. Celui qui n’aime pas l’humanité n’aime pas Dieu, celui qui n’aime pas les créatures ne peut pas aimer le Créateur.

N.C. : Mais la voie de l’humilité peut-elle répondre au désespoir? Quel bien peut attendre de l’abandon de l’ego un désespéré ?
C.B. : Il faut s’entendre sur les mots. Je n’abandonne pas le moi pour m’aplatir devant un autre ou devant une instance quelconque. Je ne suis pas humble en échange de. C’est un état d’être. Je ne me soumets pas à qui ce soit, je suis en état d’humilité face à l’absolu et sans contrepartie. J’ai rencontré des jeunes de banlieue, drogués, révoltés, désespérés, et leur ai rappelé que, dans notre tradition, la pauvreté était une voie de réalisation, mais uniquement si elle était volontaire. Alors je leur dis : transformez votre déchéance en pauvreté volontaire. Ainsi, vous ne serez plus des marginaux, des exclus. De toute façon vous n’avez rien à perdre : passez dans une autre dimension.

N.C. : C’est un peu ce que l’abbé Pierre avait fait avec les pèlerins d’Emmaüs : redonner une dignité à la pauvreté... Quelles sont les réactions de vos auditeurs ?
C.B. : Ils sont complètement étonnés (rires). Mais il y a un déclic, une lueur d’espoir. Ces gens, qui sont à la limite extrême, voient poindre une espérance. Et là, il y a quelque chose qui se passe dans leurs yeux. Surtout chez les femmes. Après, évidemment, il faut donner un coup de main pour qu’ils se relèvent et sortent de l’état de vagabonds assistés. Car la société crée des marginaux et les entretient ! Mais le problème n’est pas uniquement là : il faut changer d’état de conscience et nourrir l’homme avec de l’universel.

N.C. : Que diriez-vous du mal, de l’esprit du mal ?
C.B. : Écoutez, on ne va pas entrer dans le riche symbolisme de Satan. Chez les soufis, le mal montre ce qu’il ne faut pas faire. Le mal est le grand éducateur, il indique où ne pas aller. Il dit : « Ici, danger. »

N.C. : Comment bien éduquer les enfants ?
C.B. : Très tôt, il faut leur inculquer les grandes valeurs universelles, rappelées par toutes les traditions - l’amour du prochain et le partage : sache que si tu as un morceau de pain et que l’autre n’en a pas, tôt ou tard il se révoltera contre toi. Donc si tu manges tout, tu seras malade et l’autre sera lésé, tandis que si tu partages, tu t’en feras un ami qui saura échanger à son tour. Considérer la guerre comme une maladie, une tare, un fléau. Leur redonner le sens de la noblesse et des belles actions. Et puis faire respecter les temples de Dieu quels qu’il soient comme des endroits où l’on vient ouvrir son cœur et non comme des lieux de haine où l’on apprend l’intégrisme. Leur inculquer la fraternité avec la création : nous sommes une famille parmi les familles qui peuplent cette planète. Respecter l’arbre, l’animal.
« Nous sommes tous d’Adam », disait le Prophète, nous sommes tous de Terre. Rendre Noé vivant : par l’arche, il a sauvé l’humanité. Et le prophète a dit aussi : « Si tu as un arbre à la main et que la fin arrive, prend le temps de planter l’arbre. »

À lire : Cheikh Khaled Bentounes, Le Soufisme, éd. La Table Ronde


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