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Par
la pratique juste d'une discipline quelle qu'elle soit, chacun
de nos gestes peut (re)trouver sa plénitude de conscience dans
l'instant même de son jaillissement...
Des
gestes quotidiens à la geste artistique, voici une formidable
somme sur ce que l'esprit des arts martiaux orientaux a apporté
à notre façon de concevoir la gestuelle en fondant un nouvel "empire
des signes" : musique, dessin, mode, danse, jeux, littérature,
photo, théâtre, cinéma... et arts de vivre, tous ces domaines
ont été influencés par une véritable philosophie du mouvement
conscient et de l'immobilité attentive.
A lire les témoignages figurant dans ce numéro, on se prend à
rêver : quand se décidera-t-on à intégrer ce nouvel esprit du
geste et cette culture du silence efficace à l'éducation de nos
bambins ? En cette époque de frénésie, de nouvelles valeurs sont
en effet à établir : cet ouvrage collectif dirigé par Albert Palma,
un maître de shintaïdo, s'y emploie. Preuve que les mentalités
changent : Albert Palma est devenu un entraîneur officiel de l'équipe
de France de rugby.
Editorial
par Marc de Smedt :
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Il
m’arrive souvent de penser que ce qui s’avérera intéressant dans
la rencontre entre l’Orient et l’Occident, c’est la “digestion”
que ce dernier fera de celui-là. En effet, l’imitation n’amène
guère loin et copier les gestes, ânonner des bribes de philosophies,
répéter des rituel étranges et s’approprier des costumes exotiques,
certes souvent confortables pour ce qu’on en fait,
reste du domaine de la singerie si l’intégration profonde ne se
fait pas.
Que l’on me comprenne bien : j’ai le plus profond respect pour
tous ceux qui s’intéressent aux idées et techniques orientales
; j’en ai été personnellement nourri et fécondé. J’ai pratiqué
le Zazen en kimono et grand kesa et m’en suis bien porté. Aujourd’hui
je médite assis en survêtement et m’en porte aussi bien. J’ai
respecté les rituels du Sotô Zen de maître Deshimaru et comprends
ceux qui ont besoin d’une Église pour pratiquer. Mais aujourd’hui,
le chant des oiseaux et du vent, ou le silence, m’enseignent,
et la nature ou n’importe quel endroit peuvent être le dôjô. Je
crois que nous devons épurer les formes et retrouver l’essence
et la simplicité de la pratique originelle d’un Bouddha ou d’un
Lao-tseu ou des grands maîtres des traditions. Que leurs paroles
et leurs actes nous nourrissent, oui, ils font partie du patrimoine
de l’humanité. Mais qu’ils ne nous enferment point.
C’est la raison pour laquelle j’ai confié à Albert Palma et à
sa Société des gens de gestes1
l’élaboration de ce numéro qui, tout en expliquant les principes
subtils de cet art martial moderne qu’est le Shintaïdo, nous offre
aussi et surtout l’occasion de méditer ensemble sur l’intégration
et l’effet d’une pratique rigoureuse, quelle qu’elle soit, sur
nos vies quotidiennes. En cela ce numéro s’avère exemplaire, car
il montre qu’une pratique juste s’accompagne d’un comportement
juste et d’une optimisation de nos possibilités vitales.
L’éternité se trouve dans l’instant de chaque geste. Elle se loge
dans chaque interstice de l’espace temps. Dans chaque son et chaque
sensation. Dans chaque regard. Et, comme le disait notre grand
ami Yvan Amar récemment disparu, dans “l’obligation de conscience”
et le “grandir” de nos êtres, pas après pas2.
La voie est sous nos pieds, dit un fameux koan Zen : l’esprit
du geste commenté par Albert Palma et ses amis en est la preuve.
1
- Société des gens du gestes : 10 passage
Saint-Ambroise, 75011 Paris
Tél/Fax : 01 47 00 77 83
- 01 42 41 25 38
2 - Yvan Amar, L'Éffort
et le Grâce, éd.Albin Michel,1999
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