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Connaissez-vous
le Jeu du Tao ? Ce jeu de société étonnant démontre de façon magistrale,
jusque dans votre salon - ou votre entreprise, ou votre cour de
récréation -, que la vraie “loi de la jungle” n’est pas du tout
ce que l’on nous a dit jusqu’ici, et que pour accomplir une quête
personnelle, rien ne vaut de commencer par écouter et aider celles
des autres : c’est parfaitement naturel !
Ne nous laissons plus gruger : à l’échelle de la biosphère - la
seule qui compte désormais -, les “réalistes” ne sont ni les égoïstes,
ni les machiavéliques, mais les coopérants. Une démonstration
en cinq temps, qui mène de l’enfer du jeu au jeu du paradis. Accrochez
vos ceintures, c’est un long voyage !
1er
temps : Le monde va mal
Rien ne va plus, tout fout le camp, les nantis se pavanent, les
puissants écrasent les pauvres, la nature s’écroule, la vertu
déserte la scène, nous devenons tous des voleurs, “moi je” s’affiche
en devise générale, bientôt la maffia aura transformé la planète
en Las Vegas cosmique et les fanatiques ont tout l’avenir pour
eux… Que faire ? Que faire ? Mais bon Dieu que faire ?
Imaginons que vous décidiez de prendre un peu de recul, pour considérer
le plus calmement possible la myriade de problèmes qui assaillent
notre pauvre humanité - l’injustice, la pollution, l’intolérance,
la concupiscence, l’ignorance ou encore l’incommunicabilité générale
entre conjoints, entre générations, entre gouvernants et gouvernés,
entre patrons et employés, ou simplement entre collaborateurs
et amis - et que vous tentiez d’imaginer un début de solution
à l’une ou l’autre de ces calamités, il est une réponse lapidaire
qui risque fort de vous refroidir net : “Tu rêves ! Ne sais-tu
pas que la réalité est une jungle et que la loi de la jungle est
impitoyable ?” Essayez de vous défendre, parlez par exemple de
soif de fraternité ou simplement de besoin de solidarité, et une
seconde salve brisera votre élan : “TOUTES les utopies de partage
ont systématiquement abouti au totalitarisme. Si le libéralisme
occidental reste seul en piste finalement, c’est qu’il s’appuie
sur une réalité intangible : les communautés humaines ne peuvent
fonctionner que sur l’acceptation de l’égoïsme individuel comme
seul véritable fondement de l’existence. Tout le reste n’est que
du baratin. Il faut s’incliner.”
On sait que, depuis le XVIIIème siècle, bien des amendements -
sociaux, syndicaux, environnementaliste - sont venus modérer cette
loi d’airain de l’égo roi, mais sur le fond, nous en sommes bel
et bien toujours là. Et l’Organisation Mondiale du Commerce peut,
sans sourciller, vous dire, comme Winston Churchill parlant de
la démocratie parlementaire :
“La somme des égoïsmes est le pire des systèmes - à l’exception
de tous les autres.”
2ème
temps : C’est une très, très ancienne histoire
Seulement voilà, le fait même de tout considérer désormais à échelle
mondiale fait que, soudain, la situation des humains dans le cosmos
s’avère dans les faits très différente…
Avez vous lu ce livre bouleversant, signé Gorbachev : Mon
Manifeste pour la Terre ? Déchu de son trône depuis plus
de dix ans, l’ex-tsar éclairé y raconte d’abord comment ses yeux
d’enfant de paysan s’étaient ouverts, effarés, sur la réalité
terrifiante du “communisme” russe, et comment, à mesure qu’il
a grimpé dans la hiérarchie de la Nomenklatura, lui furent révélés
des secrets de plus en plus terrifiants sur ce que la dictature
avait imposé non seulement aux hommes, aux femmes et aux enfants,
mais à la nature, aux arbres, aux animaux, dont il parle avec
une émotion incroyable à propos du drame des “liquidateurs” qui
se sacrifièrent sous Tchernobyl. Tout cela est connu.
La Perestroïka, la Glasnost, la chute du mur de Berlin le 9 novembre
1989, toutes ces innovations rigoureusement inattendues appartiennent
déjà au passé. Yeltsin a déboulonné Gorbi, avant de sombrer dans
la vodka, remplacé par Poutine, et la Russie s’est mise à ressembler
à un gigantesque boxon - le KGB servant de cadre idéal à une mafia
politico-financière. D’une certaine façon, nous nous disons, nous
à l’Ouest, que voilà bien une triste histoire de l’Est... Seulement
voilà, Gorbi continue à parler. Et ce qu’il dit nous concerne
de plus en plus à mesure que son histoire se déroule. L’horreur
n’est pas seulement communiste. Ni russe. Ni sous-développée.
Ce carnaval morbide est profondément et irrémédiablement humain
- et notamment humain industrieux.
C’est alors, Gorbachev cite le géologue matérialiste Vladimir
Vernadsky, qui inspira au jésuite Teilhard de Chardin sa vision
de la Noosphère - première formulation savante de ce que nous
appelons aujourd’hui, sans toujours bien savoir de quoi nous parlons,
le “développement durable”.
Vous connaissez
le schéma ?
- Sur
une lithosphère (cette boule de métal qu’est la terre, amas
de poussières de vieilles étoiles), est venue se greffer, il y
a quatre milliards d’années…
- une biosphère (la “ vie ”, c’est-à-dire l’ADN, force
colossale, capable de modeler l’écorce terrestre et l’atmosphère
à sa guise), dont a fini par émerger, il y a six ou sept millions
d’années, une couche particulière :
- l’humanité et sa technosphère (ensemble de toutes les
techniques, depuis la hache de pierre jusqu’aux réacteurs nucléaires
à fusion). Or, cette technosphère s’est mise à agresser la biosphère,
qui était pourtant sa matrice, son nid, son placenta. D’abord
à l’agresser si peu que ça ne s’est pas senti pendant plusieurs
millions d’années. Puis plus nettement, pendant dix mille ans,
quand l’agriculture fut inventée. Ensuite, pendant deux mille
cinq cents ans, la corrosion humaine s’est précisée - le Croissant
Fertile et l’Afrique du Nord sont, par exemple, devenus des déserts…
Avant de s’affirmer franchement biophobe pendant deux-cents ans
:
la Révolution industrielle. Enfin l’infection est devenue si rapide
que depuis cinquante ans… Vous avez vu tous ces graphiques affolants,
avec leurs courbes en asymptote vers l’infini à partir d’une date
de plus en plus rapprochée, toutes ces “ fins du monde ” que vrais
gurus et faux prophètes disent connaître ? Une seule solution,
explique Gorbachev, après Vernadsky et Teilhard de Chardin (sic)
:
- l’émergence d’une “noosphère”, ou “sphère de conscience",
qui sache enfin rendre la technosphère (c’est-à-dire l’ensemble
de nos techniques et de nos comportements) biophile et non plus
biophobe.
Voilà donc
la question : comment diable peut-on œuvrer à l’émergence d’une
logique si radicalement neuve qu’aucun humain ne l’a vraiment
imaginée, ni a fortiori mise en application jusqu’ici ? Oui, telle
est la terrible, l’impitoyable, la très desséchante question que
nous pose l’ex-secrétaire général du parti communiste d’URSS devenu
écologiste et, assoiffé de solidarité internationale authentique…
Gorbachev
raconte comment lui-même a peu à peu basculé dans l’idéal écologique
et comment il s’est mis à parcourir les routes pour convaincre
les “responsables” de la planète. Au niveau étatique supérieur
où il se situait, ça a donné quoi ? Eh bien, les plus éclairés
des maîtres du monde lui ont dit qu’ils savaient bien que le système
mondial DEVRAIT évoluer vers la biophilie. Mais ils ont tous été
obligés de lui avouer que le “système” lui-même refusait obstinément
de changer. Car l’horrible maffia qui achève de transformer la
Russie en bidonville cosmique règne, en fait, dans la plupart
de nos têtes.
Gorbachev tente de nous faire prendre la mesure de l’angoisse
qui s’est saisie de lui quand, ayant “dissout l’URSS” (dixit),
qui était censée être LA grande ennemie du progrès capitaliste,
il a compris que, malgré tout le cynisme dont il avait dû lui-même
faire preuve pour grimper jusqu’au Kremlin, il était demeuré un
type incroyablement naïf. Ayant accompli sa tâche de nettoyage
herculéen, cet homme s’était-il réellement imaginé que le capitalisme
mondial allait devenir pacifique, qu’on allait assister à une
grande réconciliation des peuples, détruire toutes les bombes
existantes, et enfin se mettre à bâtir la noosphère ? C’est ce
qu’il dit. Et son appel a lugubrement résonné dans le vide. Il
s’est retrouvé comme un môme en culottes courtes, face à l’immense
Amazone d’égoïsme que charrie l’esprit humain. Poussé au désespoir
(et bien qu’il se soit engagé corps et âme dans le militantisme,
à la tête d’une ONG baptisée Green Cross), Gorbachev dit n’avoir
finalement rien trouvé d’autre que l’humour noir. Deux petites
histoires qu’il raconte dans son livre…
La première est celle du nénuphar empoisonné dont la surface doublait
toutes les nuits.
On savait bien que s’il parvenait un jour à recouvrir tout le
lac, ce serait la mort généralisée, et les sages s’alarmaient
: "Le temps presse ! le temps presse !” Mais les dirigeants
politiques et économiques rassuraient les masses : “Ne craignez
rien ! Pas de panique ! Regardez, voyons : la moitié du lac est
encore totalement libre !” Faites le calcul : c’était la veille
du dernier matin.
L’autre histoire est celle d’une planète bien-portante qui rencontre
une planète très malade : “Qu’est-ce qui t’arrive, ma pauvre ?
demande-t-elle. - Bah, lui dit l’autre, ne m’en parle pas, j’ai
attrapé l’humanité. - Rassure-toi, répond la première, j’ai eu
cette infection moi aussi. Eh ben figure-toi, ma chère, que cette
maladie part toute seule : elle se mange elle-même !”
3ème
temps : Une autre lecture de l’évolution s’impose
Mais voilà qu’une solution étonnante surgit du brouillard chaotique,
fondée sur une constatation extrêmement simple : la “loi de la
jungle” n’est pas celle que l’on nous a appris. Absolument pas.
La réalité du monde naturel ne fonctionne pas sur le mode du “plus
fort qui tue le plus faible.”
C’est là une illusion purement humaine. L’étude de la véritable
jungle - notamment de celle des bactéries, qui ont régné, seules,
sur cette planète pendant plus de deux milliards d’années - prouve
que la vie depuis son apparition sur terre, a fonctionné infiniment
plus souvent sur le mode de la coopération que sur celui de la
domination - sinon, tout serait fini depuis longtemps.
Il se trouve que l’émergence des formes nouvelles de vie obéit
à une règle très puissante (que le darwinisme ne semble pas avoir
encore tout à fait intégrée) : chaque grande nouveauté intègre,
dans sa logique interne, l’intelligence intégrale de ce qui l’a
précédée. Cela vaut d’ailleurs déjà pour les manifestations du
monde dit “inerte” : à l’aube de l’univers, quand sont apparus
les premiers atomes d’hydrogène, il est tout à fait juste de dire
que ceux-ci intégraient dans leur organisation “l’intelligence
des quarks” qui les avaient précédés ; et quand apparurent les
premières molécules, bien après la mort des premiers soleils,
on peut pareillement affirmer que celles-ci “connaissaient” parfaitement
bien la logique des atomes ; etc.
Eh bien, de la même manière, quand nous, humains, nous lançons
dans une nouvelle forme de culture, celle-ci n’a de chance de
survie - et c’est ce que l’on appelle aujourd’hui le “développement
durable” - qu’à la condition expresse d’intégrer dans sa logique
interne l’ensemble des intelligences qui l’ont précédée. Si la
biosphère est aujourd’hui en danger de mort - du moins au niveau
de raffinement et de diversité nécessaires à notre existence,
car les bactéries, elles, s’en moquent totalement -, c’est parce
que l’ensemble des techniques humaines (la technosphère), inventées
depuis l’aube de la préhistoire, n’ont encore jamais su intégrer
la logique du vivant.
La logique du vivant, qu’il faut urgemment intégrer aux activités
humaines, est notamment fondée sur cet ensemble très dense de
symbiose et d’échange, d’interactivité coopérante et mutualiste
qui entre en contradiction frontale avec les principes supposés
pragmatiques qui nous font gober, notamment sur la scène économique
et dans le monde de l’entreprise, que la “dure réalité des choses”
voudrait qu’une logique d’acier serve d’axe premier au gouvernement
des êtres et des choses Non. Les réalistes ne sont pas ceux que
l’on croit. Certes, rien n’est simple. Prenez la guerre…
4ème
temps : Pourquoi la guerre existe-t-elle encore à notre âge ?
J’ai récemment réécouté Le Sud, cette chanson de
Nino Ferrer, où du fond du paradis terrestre jaillissent ces mots
: “Un jour ou l’autre, on le sait bien, y aura la guerre, on n’y
peut rien…” Quand je n’étais encore qu’un enfant, ayant entendu
parler du service militaire, que tout jeune homme se devait d’accomplir,
je m’étais imaginé que les dirigeants du monde entretenaient volontairement
une guerre quelque-part, une sorte de fournaise artificielle,
inscrite dans un périmètre précis. Et je pensais : “Un jour, moi
aussi, j’irai là-bas” - comme on va à la chasse au lion, quand
on est un jeune Massaï. C’était à la fois naïf et réaliste. Quelque-part,
au fond de notre cerveau d’Homo technologicus archaïque, nous
pensons que la guerre est, à plus ou moins long terme, inévitable.
Comment cela est-il possible ?
Une explication possible. Un scénario de SF rapporte que, dans
une planète voisine, à quelques années-lumière de chez nous, la
guerre a été éliminée dès l’âge du bronze. Autrement dit, quand
les êtres de là-bas eurent développé leur conscience au point
de savoir fondre et travailler les métaux, leur organisation interétatique
prit aussitôt une forme telle que la guerre fut définitivement
exclue de leur règle du jeu. Des déviances et des illégalités
purent subsister au niveau individuel, mais pas collectif. Aussi,
que la guerre ait duré chez nous, non seulement au-delà de l’âge
du bronze, puis du fer, puis de l’acier, et même (c’est vrai,
c’est stupéfiant) au-delà de celui du nucléaire, de l’électronique,
de l’informatique et des manipulations génétiques, cela hallucine
ces voisins - qui, dans le scénario SF dont je parle, annoncent
qu’ils vont finir par intervenir, pour faire cesser cet archaïsme
et mettre un protectorat général sur cette planète suicidaire…
Suicidaire, mais qu’ils trouvent par ailleurs extrêmement passionnante.
Pourquoi passionnante ? Pour une bonne raison, mon cher lecteur
: figure-toi que si ces êtres-là ont réussi à créer très tôt dans
leur histoire un État mondial unique, c’est qu’il n’y a chez eux
qu’un seul continent. Un seul ! Car ils n’ont pas de dérive des
plaques continentales. Il n’y a chez eux qu’une seule terre émergée.
Donc une flore et une faune bien moins variée que chez nous. Donc
bien moins de sortes différentes de nourritures. Moins de goûts.
Moins d’imagination. Moins de religions. Moins de variétés de
cultures humaines. C’est simple : là-bas, ce que nous nommons
l’individualité n’existe carrément pas. Et l’une des conséquences
les plus étranges en est que l’humour et le rire sont pour eux
des notions totalement incompréhensibles - qu’ils étudient, parce
qu’ils ne sont pas stupides et qu’en nous observant, ils ont bien
remarqué un truc bizarre, qui fait parfois un bruit étrange quand
il sort de la bouche, et qu’ils ont appelé "facteur X” (il
faut savoir que, technologiquement, ils sont bien plus avancés
que nous - leur moteur à inventivité n’étant pas, comme chez nous,
la compétition, voire la guerre, justement, mais le goût de la
perfection). Oui mais, donc, voilà : ces extra-terrestres ne rient
pas.
Où je veux en venir ? À cette thèse provocatrice : la guerre serait,
pour nous, humains, un irremplaçable mécanisme d’ajustement global
de notre immense diversité culturelle ! Dit très brutalement :
pas d’individualisme, ni d’humour, sans guerre. En fait, on s’aperçoit
vite que c’est une idée très ancienne. Au moins aussi ancienne
que le mythe de la Tour de Babel. Vous connaissez le story-board
: en ce temps-là, les descendants d’Adam et Eve ne parlaient qu’une
seule langue. Leurs arts et leurs techniques étaient devenus assez
performant et ils auraient pu en jouir tranquillement, dans un
éternel présent. Mais voilà, à un moment donné, une bouffée générale
d’orgueil les fit tant se gonfler d’aise qu’ils voulurent montrer
à l’Éternel qu’ils pouvaient très bien se débrouiller tout seuls,
y compris pour atteindre le Ciel par leurs propres moyens ! Ils
construisirent donc une tour colossale. Une tour plus haute que
les nuages les plus hauts, en direction du sanctuaire sacrée où
était censée se cacher la Divinité. Alors celle-ci décida de punir
ces arrogants d’une façon impitoyable : la tour géante s’écroula
et l’humanité, humiliée, se trouva dispersée en une multitude
de nations parlant désormais des langues séparées et ne se comprenant
plus les unes les autres. Ainsi la guerre fit-elle son apparition
…
Reprenant ce thème, le rabbin-philosophe Armand Abécassis en explore
les méandres : la guerre, inhérente à la division babélienne de
l’humanité en nations, serait consubstantielle à l’idée même de
relations libres. Le dépassement de cet état “post-babélien” serait
possible, mais il passerait, non pas directement par une paix
qui nierai le conflit en le gommant, mais d’abord par la reconnaissance
du problème, du différent, de la différence. La force de l’étude
d’Abécassis vient de ce qu’il remonte à la racine relationnelle
de la guerre “accoucheuse de cultures et de sociétés”. Exemple
de conflit : celui qui sépare les trois religions abrahamiques.
Analysant le fond du fameux différent entre Sarah, femme d’Abraham
et mère d’Isaac (ancêtre des Juifs), et Hagar, concubine du même
homme et mère d’Ismaël (en qui se reconnaissent les musulmans)
- le savant nous livre cette information qui peut vous laisser
songeur : Ismaël, en hébreu, voudrait dire “celui qui rit” (ou
qui jouit), alors qu’Isaac signifierait “celui qui rira” (ou qui
jouira). Deux approches civilisationnelles bien terrestres toutes
les deux et pourtant extrêmement différentes : la première ancrée
dans la présence au monde ici et maintenant ; la seconde, entièrement
tendue dans l’attende d’un devenir, demain Jérusalem…
Mais voilà : quelle que soit la variété des attitudes et leurs
contradictions, la guerre est devenuje un mode de régulation “biosphériquement
dépassé”. Tout comme la peine de mort individuelle (qui eut longtemps
des justifications très consensuelles), cette peine de mort collective
qu’on appelle guerre nous empêche désormais de passer à une nouvelle
sorte de civilisation. Or ce passage est devenu vital…
Comment donc concilier l’individualisme et la variété des quêtes
personnelles du monde post-babélien, d’une part, et la nécessaire
solidarité inter-individuelle, inter-religieuse, inter-culturelle
et inter-nationale, d’autre part ? Telle est le koan effrayant,
la nouvelle quadrature du cercle.
Et c’est là que notre attention mérite d’être attirée par un outil
tout-à-fait remarquable, à la fois nourri des plus récentes recherches
en écologie et en systémisme, et enraciné dans les plus anciennes
traditions de sagesse : le Jeu du Tao.
5ème
temps : Le jeu qui tricote du tissu relationnel et social
J’avais souvent entendu dire que, dans la théorie des jeux, chère
à Axelrodt et aux spécialistes de politologie ainsi qu’aux coachs
accoucheurs de créativité, l’avenir était au “win-win”, aux jeux
“gagnant-gagnant”, c’est-à-dire à ceux où tout le monde gagne
- la nature constituant, comme on l’a vu, le meilleur exemple
de ce type de jeu. Je savais cela depuis que j’avais moi-même
achevé mes études en sciences politiques, il y a une trentaine
d’années. Pourtant, j’avoue que j’avais le plus souvent eu tendance
à penser que les “vrais” jeux - même entre amis, autour d’une
table -, les jeux vraiment opérationnels et excitants, répondaient
davantage au cruel mais “réaliste” modèle de la guerre, qu’au
sympathique “win win” de la théorie des humanistes bien-pensant.
Si je gagne, c’est forcément que quelqu’un d’autre a perdu, non
? Rien ne se perd, rien ne se crée, si c’est dans ma poche, ça
ne sera pas dans la tienne, Aristote ne disait-il pas déjà ?
Eh bien, figurez-vous que tout ce vieux mic-mac a été renversé
cul par-dessus tête dès que j’ai joué au Jeu du Tao. Ma première
partie date de 1996. Depuis, j’ai bien dû faire une cinquantaine
de parties de ce truc incroyable - dont quelques-unes avec des
personnalités remarquables, telles que Juliette Binoche, Fabien
Ouaki, Alexandre Jardin, Mœbius, Denis Marquet, Jean-Louis Etienne,
Sanafraj Bey, Jean-Marie Pelt, Bernard Werber ou Vincent Ravalec.
Tous - sans exception - ont été aussi ravis que moi par ce qu’ils
y ont découvert. Aucun de nous n’avait jamais vu pareille démonstration
du “win win”.
Résumons la base en deux mots. Imaginez un parcours fléché à travers
quatre mondes : le monde de la Terre, gouverné par la question
maîtresse “Que cherches-tu ?” ; le monde de l’Eau, gouverné par
la question maîtresse “Quelles sont tes armes ?” ; le monde du
Feu, gouverné par la question maîtresse “Quelles sont tes peurs
?” ; le monde de l’Air, gouverné par la question maîtresse “Quel
est ton engagement ?”. On y joue à deux, trois, quatre, cinq joueurs,
rarement à plus de six. Au cours de la partie, chaque joueur,
ayant annoncé une quête (quête de connaisance de soi, quête amoureuse,
quête professionnelle, quête artistique, quête spirituelle…) qui
lui tient personnellement à cœur (c’est-à-dire aux tripes), doit
clarifier son désir, l’ajuster à ses moyens, affronter les obstacles
qui le bloquent, s’engager concrètement de multiples façons, en
répondant aux questions du jeu et en consultant ses oracles. Fondé
sur une connaissance des lois de la synchronicité, bien connue
de ceux qui consultent le Yi Jing - le fameux
Livre des Transformations de la Chine éternelle -, le
Jeu du Tao aide chacun à s’approcher de façon spectaculaire de
l’accomplissement de sa quête.
Ainsi voit-on des joueurs ou joueuses poussés - dans les jours
ou semaines qui suivent la partie - à changer de métier, à s’engager
dans une action audacieuse inimaginable peu avant, à régler un
différent jugé jusque-là insoluble, à trouver l’âme-sœur, à faire
un enfant, à trouver le geste adéquat, la juste attitude, le comportement
harmonieux, bref à créer la situation nouvelle propre à accroître
leur bonheur, à élever leur conscience, à enrichir leurs relations…
C’est déjà frappant. Mais là n’est pas le plus étonnant.
Le plus étonnant tient à l’incroyable tissu relationnel qui émerge
spontanément du processus en œuvre. Comme si, en amenant chacun
des membres d’un groupe humain à énoncer devant les autres son
désir, et à explorer les chemins qui y mènent, on suscitait la
création d’une solidarité spontanée extrêmement dense. Qui eut
prédit, même parmi les inventeurs originels de ce jeu au début
des années 80, à quel point la quête des uns capterait l’attention
des autres ? Tout le jeu, dans sa version “systémique” -
et, pourrait-on dire, “noosphérique” - repose désormais là-dessus
: sur l’écoute, puis sur le commentaire, puis sur l’engagement
que chacun prend, face à la réponse des autres joueurs, pris chacun
dans leur quête. Où l’on voit s’exprimer des gestes de solidarité
qui font littéralement penser à ce que l’anthropologie nous a
appris des gestes de don et d’échange dans les sociétés primitives
! On a beau être prévenu, on est chaque fois stupéfait de constater
à quel point des quêtes pourtant strictement individuelles se
marient entre elles, pour donner naissance à un système d’engagements
et d’inter-relations chaque fois spécifiques.
Car, sitôt la partie commencée, le problème n’est strictement
plus, comme dans les jeux habituels, de faire perdre les autres
- quel intérêt cela aurait-il ? -, mais de comprendre ce qu’ils
ont dans la tête et de les aider à y voir plus clair. Pourquoi
? Parce qu’en échange, ils vous aideront à leur tour quand ce
sera à vous de parler - souvent, les autres voient en effet mieux
que vous ce qu’il faudrait faire pour changer et progresser dans
le sens de votre quête. Mais aussi parce que, d’une façon qui
aurait certainement plu à Jean-Jacques Rousseau, l’être humain
semble aimer l’accomplissement du désir de l’autre ! Et toute
l’organisation du jeu fait que l’aide à autrui rapporte des points
- sans triche possible, parce que les joueurs sont trop clairement
en demande de conseils vrais pour qu’une complaisance puisse avoir
la moindre chance.
Bref, cela ressemble à une véritable solution à la fameuse quadrature
du cercle : marier la diversité des quêtes individuelles et la
nécessité d’une conscience collective. Justement ce dont notre
planète a aujourd’hui tant besoin…
S’étonnera-t-on que ce jeu ait commencé à servir partout où l’on
a le plus urgemment besoin, aujourd’hui, de tricoter du tissu
relationnel et du lien social ?
Par exemple dans les entreprises, où le team-building et le travail
en équipe sont des valeurs en hausse et où le Jeu du Tao est en
train de faire une entrée spectaculaire - y compris dans de grosses
boites comme la SNCF, France Télécom, Béghin Say ou Bouyghes,
habituées à toutes sortes d’outils mis au point depuis quarante
ans par d’innombrables formateurs, animateurs et coachs d’entreprise.
Ainsi voit-on un homme comme Alain Gauthier, grand promoteur en
France des idées du super guru d’entreprise américain Peter Senje
et auteur du best-seller La Cinquième Discipline, rallier avec
enthousiasme Taovillage, la société du petit groupe des créateurs
de ce jeu…
Par exemple, dans les cours de récréation ou dans les centres
aérés, où les enfants, convenablement encadrés, s’avèrent des
“joueurs de Tao” débordant de créativité.
Par exemple, dans la “rue”, dans les “quartiers”, dans les associations
de jeunes…
Par exemple, dans toute une série de “Cercles de Joueurs de Tao”
qui, depuis 2001, connaissent un succès grandissant dans différentes
villes, Paris, Bruxelles, Genève, Annecy, Biarritz, Toulouse…
Allez-y !
Il faut le voir, ou plutôt le vivre, pour le croire.
La solution la plus simple ? Vous procurer le livre Le Jeu
du Tao, en vente dans toutes les bonnes librairies (une
coédition Albin Michel/Taovillage).
L’engeance humaine a une nouvelle raison de ne pas perdre espoir.
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