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    Les meilleurs moments de la 8ème conférence
    “ Dauphins-Baleines ”
par Mélik Nguédar - photos Denis Seguy

Adopter la “ stratégie du dauphin ” pour mieux se lancer dans le 3éme millénaire ? Cela signifierait assurément un plaisir du jeu accru, davantage de lâcher-prise et un sens de la solidarité plus développé.
Une conférence internationale, récemment organisée à Versailles, a montré que le plus intelligent et le plus musical des mammifères non humains intéresse toutes les générations.


L'organisateur Claude Tracks et ses nièces.

Depuis 1988, les conférences d’ICERC (ce sigle sonne comme “ I search ” et signifie International cetacean research conference) rassemble régulièrement un aréopage de delphiniens des plus divers - scientifiques, artistes, thérapeutes... - venus du monde entier. En novembre 1999, pour sa huitième édition, la conférence s’est réunie en France, au palais des congrès de Versailles (à deux pas du château où, jadis, vivait le Dauphin de France !). Trois journées de rencontres étonnantes, essentiellement sponsorisées par des entreprises japonaises1, les françaises s’étant vite effarouchées devant le côté allumé incontrôlable de l’organisateur, Claude Traks, un beatnik belge authentique2. Un beau succès et très peu de cafouillages (au nombre desquels l’étrange comportement de Jacques Mayol, pourtant au mieux de sa forme, ouvert et drôle, mais soudain atteint d’une crise de parano et envoyant paître des journalistes de France-Inter qui l’interrogeaient aimablement sur la dite-conférence - en direct sur l’antenne !).
Parmi les intervenants les plus passionnants, l’ex-zoopsychiatre Paul Spong, installé depuis une vingtaine d’années avec sa famille dans un “ orcalab ” en bois, au bord du Pacifique canadien, loin de toute ville. Ses études sur le comportement des tribus d’orques, parmi lesquelles il passe sa vie - comme Diane Fossey et ses consœurs parmi les grands singes africains - vous coupent le souffle. Lentement, patiemment, Spong collecte des données qui montrent comment les orques sont organisées en sociétés matriarcales très unies, “parlant” des dialectes locaux, régionaux, ou continentaux ; comment ils respirent consciemment et en synchronie de groupe, se partagent le travail de la chasse et de l’éducation des petits ; comment les mâles, même vieux, sont perdus quand la vieille mama qui dirige leur groupe meurt...
Il faudrait un gros livre pour raconter ces trois jours de conférence. Certains intervenants sont plutôt contemplatifs : ainsi Yves Paccalet, l’ancien complice de Cousteau, qui envoûte le public en racontant ses expéditions, et qui s’interroge sans fin : les dauphins d’Amazonie, qui sortaient la tête de l’eau pour regarder dans la même direction que lui, longuement, en silence, l’admirable soleil couchant derrière les arbres géants, ces dauphins-là n’avaient-ils pas, à l’évidence, un sens à eux de l’esthétique ?
D’autres sont d’infatigables enthousiastes, tel le Néo-Zélandais Wade Doak, qui aime la France, ses femmes, ses vins, et qui raconte si bien comment son pays est devenu la patrie n°1 des delphiniens du iiie millénaire. Fait étonnant : plus les humains se passionnent pour les dauphins, plus l’inverse se vérifie - ces animaux réputés inapprochables par des générations de marins se laissant de plus en plus approcher, et même toucher ! Ainsi se sont multipliés, comme nulle part ailleurs, les “ spots delphiniens ” le long des côtes néo-zélandaises.
Vous avez aussi les héros, dont le plus spectaculaire est Richard O’Barry, l’ex-entraîneur des animaux qui jouèrent le rôle de Flipper pour la télé. Repenti, Ric’ est devenu le champion de la libération des dauphins. Ses vidéos démontrent de manière définitive qu’enfermer des cétacés dans un bassin, même grand, est un acte de pure barbarie. Si Ric’ s’est déjà retrouvé une dizaine de fois en prison, ce n’est pas qu’il agisse en irresponsable - comme le faux Mayol joué par Jean-Marc Barr dans Le Grand Bleu, rejetant étourdiment, n’importe comment, un dauphin à la mer ! Les programmes (de réadaptation à la vie sauvage) dont il est ici question durent des mois et coûtent très cher... bien que ne représentant qu’une goutte d’eau, comparé aux fortunes que gagnent les marinelands. Mais quelle symbolique ! quelle pédagogie ! quelle belle “ planète bleu ” ! face à l’imposture de ceux qui prétendent enseigner la nature et les cétacés en nous les montrant embastillés, anesthésiés, secrètement torturés dans des cages de béton - comme le montre la campagne pour libérer Corky, l’orque qui a joué dans le film Sauvez Willy et que les producteurs iniques ont gardée prisonnière après s’en être mis plein les poches en misant sur l’émotion des gamins, ravis qu’à la fin du film le géant soit (fictivement) libéré.
Tout aussi héroïque, et déterminée, et drôle, Brigitte Sifaoui a souvent représenté les ONG françaises à la Commission baleinière internationale - elle est l’auteur de l’excellent Livre des Dauphins et des Baleines, que l’on vient de rééditer pour la troisième fois au printemps 2000 3.
Autre catégorie, les psychothérapeutes, dont l’inénarrable Horace Dobbs - plus english, tu meurs - qui peut faire hurler de rire une salle en racontant comment il a appris à guérir les grands déprimés : en les poussant dans les eaux glacés d’Écosse ou du Pays de Galles et en les y faisant nager avec un “dauphin ambassadeur”. Horace Dobbs, qui a ouvert son premier centre au Japon, est le vétéran des “delphinothérapeutes” - une branche parmi d’autres d’une vaste discipline : la zoothérapie. Olivia de Bergerac, Française du bout du monde, pratique une thérapie similaire, en Australie - avec, de surcroît, le contrôle des états corticaux de ses patients par électro-encéphalographie : où il apparaît que nager avec un cétacé calme les plus agités et les met dans le même état intérieur que de longues heures de méditation. Ce que les neurologues Günther Behrmann et John Lilly, spécialistes des cerveaux de dauphins et de baleines, vous expliqueront en détail, avec force diapositives pour le premier, et cyber-conférence pour le second (surfant en direct sur le web, son ordinateur portable branché sur l’écran de la salle). Mais le thérapeute Yann Thibaut, qui n’a jamais approché le moindre marsouin, comprend la zoothérapie de façon non moins subtile, en analysant la nature même de toute communication entre des êtres sensibles - et on sait combien les dauphins le sont. Mais les chevaux aussi, ou les loups, ou les chats. Anna Freud, dans les années trente déjà, remarquait que la présence d’un chat sur vos genoux ralentissait votre rythme cardiaque...
Élargir le débat à l’ensemble des êtres relationnels est une démarche qui plaît à Jim Nollman, l’homme qui joue de la musique avec toutes sortes d’animaux - et que la cinéaste canadienne Patricia Sims a accompagné dans le Grand Nord sibérien, pour rencontrer les “ rossignols des mers ”, les bélougas, petites baleines blanches au chant admirable... que des gravures rupestres de Finlande représentaient en animaux aux pouvoirs fantastiques. Oui, il faudrait un gros livre pour narrer ne serait-ce que les meilleurs moments d’un tel rassemblement. Évoquer les accoucheurs travaillant dans l’eau : Michel Odent, qui exerce désormais à Londres, séduit par l’hypothèse du “ chaînon manquant aquatique ” ; Hermann Ponette, d’Ostende - représenté par Yves et Isabelle de Smedt - dont les vidéos d’accouchements sous eau (imaginez un “ siège ” en temps réel !) ont suscité une standing ovation ; ou Denis Brousse, l’homme qui, “ avec l’eau ”, sauve des bébés gravement handicapés et fait accoucher des femmes en pleine mer. Ou Bernard Abeille, dont la contrebasse joue les plus beaux chants de baleine imaginables ! Sans parler des orateurs inattendus : l’écrivain Bernard Werber, le yogi André van Lysbeth, ou les jeunes comédiens-acrobates de la Farfadet Family de Haute-Vienne - un pays d’étangs et de grands dauphins imaginaires...

1. Notamment les montres Casio. Une fois de plus les Nippons font la démonstration de leur incroyable capacité de métamorphose culturelle. Mangeurs de dauphins et de baleines, ils sont pourtant nombreux à vouloir actuellement prendre la tête du mouvement de protection des cétacés ; plusieurs baleiniers ont déjà transformé leurs bateaux en navires de “whale-watching”.
2. Claude Traks a écrit un ouvrage à son image : À la Recherche du message des dauphins, éd. Communicare, 56, rue St-André-des-Arts, 75005 Paris,
Tél.: 01 43 54 56 99. ICERCeurope@compuserve.com
3. Éditions Albin Michel.


Paul Spong

 


Wade Doak

 


Richard O'Barry

 


Michel Odent

 


Brigitte Sifaoui

 


Olivia de Bergerac

 


John Lilly

 


Bernard Abeille

 


Yann Thibaut

 


Horace Dobbs

 


Bernard Weber


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