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L’engagement
est mouvement, action. Il ouvre la porte du faire.
Il est émergence d’une voie parmi les possibles, les fantasmes.
L’engagé court l’aventure pour s’attribuer des limites, pour se
connaître. Il prend le risque d’ôter l’armure reichienne du “petit
homme” pour acquérir une colonne vertébrale, un axe, bref, pour
devenir un centre.
En astrologie,
l’engagement est cheminement du Cancer au Capricorne. L’engagé
sort de l’univers imaginaire du Cancer, bordé par la parole de
la mère, la carapace. Il se met à nu ; il risque sa vie, opte
pour la confrontation qui l’aide à créer des outils, à peaufiner
des connaissances qui lui servent à grandir, à devenir, à “se
montrer à la hauteur de” (sens du Capricorne). L’engagé fuit l’absolutisme
des conventions, des us et coutumes, en les relativisant par comparaison
à d’autres systèmes.
À la porte de l’engagement, les zombies de l’histoire parlent
et en parlent. Amputés trop tôt, qu’ils aient été surprotégés
ou brimés, colporteurs de non-nouvelles, ils tâchent de justifier
la vertu de l’immobilisme. Le non-engagement est une collection
d’engagements différés.
Métamorphoser
le contre en soi
L’engagement est une démarche alchimique, un mouvement “contre”
qui se transmue en amour de soi et de l’autre. Il s’agit de se
conférer une identité que l’on estime avoir le devoir de manifester.
Ainsi de toute démarche créative : du pointage du défaut, elle
conduit à l’insertion dans une esthétique qui jouxte l’âme. L’engagement
suppose donc le risque de la sortie du territoire des possibles,
de la toute puissance infantile.
L’Indien d’Amazonie qui ose franchir le territoire balisé par
les totems est dans “l’engagement ouverture”, qui le conduit à
exprimer son unicité.
Découvrir
le risque du devenir
“L’engagement ouverture” a son revers névrotique : “l’engagement
fermeture”. C’est celui du totem ou du gardien du totem qui choisit
de se réifier au point de ne devenir qu’une impossibilité à devenir,
qui se refuse le droit de se nommer et préfère demeurer dans l’anonymat
du clan.
Cet “engagement fermeture” est aussi celui du mercenaire, du lansquenet
qui rejoint une famille pour exister, qui ne cherche qu’à cohabiter,
qu’à “être avec”. Dans ce cas, l’engagement et la bande entretiennent
des rapports suspects.
En Orient, les mariages arrangés participent de la même falsification
de l’engagement : ils reposent sur la négation du je, de la réalisation
des idéaux, du programme de vie (le nœud
nord en astrologie).
Ce sont des démissions à allure de missions. L’exacerbation du
sacrifice. Or, le sacrifice qui ne prend pas appui sur le risque
de devenir est démission. S’il copie l’engagement, il titube et
conduit à sombrer.
L’engagement autodestruction a, toutefois, son charme : il touche
la compassion.
Le militant, lui, prend le risque de pousser la porte du devenir
par l’action. Au nom de principes qu’il estime justes, il s’ouvre
à cette dimension d’être qu’il nommera un jour “je”. On comprend
que ce ne soit pas le but théorique poursuivi qui ait réellement
une importance, mais bien le chemin parcouru. Que reste-t-il à
la fin des fins, au moment ultime, qu’une somme d’expériences
qui ont su créer la sérénité ou ancrer dans la colère ?
Se
créer un gyroscope intérieur
L’enfant aime les manèges comme on peut aimer tourner autour d’un
centre, s’aventurer
sans danger.
Plus grand, il préfère aller de manège en manège. Il y a donc
une hiérarchie : le manège est le connu, l’entre-manèges, l’inconnu.
Le psychanalyste Michael Balint a qualifié ces comportements :
ocnophile pour celui qui s’agrippe à la mère, comme à tout substitut
(famille, situation…) ; philobate pour celui qui se sent exister
dans le passage d’une sécurité à une autre, dans ce no man’s land
d’insécurité.
L’engagement ouverture est encore un cran au-dessus de la “philobatie”
; il la dépasse car il est déplacement perpétuel vers une sécurité
fondamentale imaginée, qui a rapport avec l’avènement du je.
Le militant se façonne à l’image de son rêve. Au bout de sa route,
il s’est transmué. Il a poursuivi une quête qui ne lui a servi
qu’à s’enrichir d’une humanité qu’il a conquise, qu’il
s’est appropriée.
« Un jour, dans une mosquée, je les ai vus, ces yeux de l’engagement,
cette beauté du regard qui démasque les enfermements et bénit
ceux qui sont en marche. L’engagement passion émet une aura de
beauté et démasque les contrefaçons. »
L’engagement
exclusif ensanglante
Codé - mais non compris - dans les sociétés matriarcales, adeptes
du mariage à durée déterminée, l’engagement provisoire a été proscrit
par les sociétés patriarcales (en Inde, les dravidiens ont cédé
la place aux envahisseurs). En Occident, les valeurs judéo-chrétiennes
qui ont pour but la garantie de la paternité pour l’homme, ont,
mécaniquement, relégué la femme à un rôle secondaire.
Ce changement a induit l’avènement (le retour ?) d’une ère d’engagement
à vie. Pan et ses sbires ont été détrônés car dangereux, pour
laisser place à la légalisation de la soumission de la femme.
La femme n’avait plus droit à s’engager que dans le sacrifice.
Il lui restait cependant les douleurs et le risque lors de l’accouchement.
Mais l’homme ne lui a même pas laissé l’exclusivité de ce risque.
Pour mimer l’avant-création, il a mis en place la conquête, la
lutte, la bataille. Au sang des menstrues, il a répondu par le
sang des blessures.
Les modèles de société imposent donc des limites à l’engagement.
S’engager au temps des déesses callipyges n’a rien à voir avec
s’engager au temps des religions du Livre. La fidélité est devenue
un ingrédient de l’engagement. Mais une fidélité à la loi de l’homme-père,
pas à l’idéal pluriel que chacun porte en soi.
L’engagement
ouvert humanise
Aujourd’hui, les “trucs” qui ont permis la libération de la femme
inaugurent le retour de l’engagement provisoire. Avec, toutefois,
l’énorme différence que cet engagement provisoire
est compris comme fidélité à soi.
Accompagnant le provisoire, l’engagement prend implicitement en
compte la notion de respect de l’autre et, donc, de l’engagement
de cet autre. L’engagement passion devient plus nuancé, plus subtil,
plus vrai.
La remise en question, à tout moment, de l’engagement appartient
maintenant à “l’engagement ouverture”. On se rappelle Brel qui
demandait tous les jours à sa compagne des Marquises si elle l’aimait.
Si l’engagement s’allège du fardeau de la durée, en contrepartie,
il exige un questionnement de tous les instants. Ce travail insiste
sur l’ouverture. Il “humanise”, prend en compte la communication.
S’engager n’est plus synonyme d’exclure au nom de principes, si
beaux et justes puissent-ils paraître, mais nécessite que soit
posée la question du pourquoi de l’engagement. Il assoit l’autre
- supposé engagé et constitué - comme l’une des instances de validation
de l’engagement. L’autre ne peut être l’autre fantasmé, mais devient
un interlocuteur obligé, une instance susceptible de corriger
l’engagement.
« Un jour, après avoir regardé le film de ma vie sur mes paupières
fermées, je frapperai à la porte blanche inondée de soleil.
Un vieillard silencieux me conduira dans la salle obscure, sous
les regards d’une cohorte d’ancêtres invisibles.
Un être crépusculaire scrutera mes mains.
Il ne cherche que les stigmates de l’engagement. »
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