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Sans argent,
sans toit, apparemment sans organisation, un vieux père jésuite
français installé dans le Tamil Nadu indien a réussi à arracher
de l’abandon 32 000 enfants très pauvres, que son réseau nourrit
et soutient scolairement.
Ses outils : l’émerveillement, la joie - et l’immense compassion
des jeunes femmes indiennes. Une histoire édifiante qui déstabilise
toute idée préconçue.
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Ils sont là,
cent, deux cents, peut-être trois cents enfants, assis avec une
grâce inouïe, chacun une feuille de plastique devant lui, sur
laquelle on a déposé du riz et des légumes, et ils attendent,
avec calme, que tout le monde soit servi avant de se mettre à
manger. Qui a préparé et servi ce repas ? Des jeunes femmes, venues
de toute la région pour aider “les enfants du Père Ceyrac”. C’est
la première trouvaille géniale de ce prêtre à la retraite et de
l’incroyable Kaley, son assistant analphabète et sans logis :
faire aider les enfants très pauvres, parfois orphelins, par des
jeunes filles ou des jeunes femmes, parfois veuves, condamnées
par la tradition à végéter misérablement, alors qu’elles débordent
de compétence et de désir de servir. Après le repas et la sieste,
elles aideront les petits à faire leurs devoirs et à apprendre
leurs leçons - souvent dehors, par terre, dans une cour, parfois
dans la rue, le soir à la lumière des réverbères, sans livre ni
tableau, mais avec une inconcevable tendresse et une réelle compétence.
Au même instant, des scènes identiques se déroulent dans des dizaines
d’autres endroits du Tamil Nadu, à Madras et au-delà, jusqu’à
Pondichery. En tout, 32 000 enfants sont actuellement concernés
- dont trois mille orphelins entièrement pris en charge et logés
chez de jeunes veuves...
Avec un million de francs par an (ses mécènes ne lui apportent
pas ça pour le moment), le Père Ceyrac pourrait sortir 50 000
mômes de l’enlisement. Mais quand vous l’interrogez sur le “problème
de l’immense pauvreté en Inde”, il répond avec un sourire : “La
meilleure manière d’entrer en contact avec ce pays, ce n’est pas
de l’aborder comme un “immense problème”, mais comme un mystère
d’une immense beauté. Aussi beau que ces enfants. Et un mystère,
vous savez, ça s’élucide par l’amour, pas par la raison.”
Ce que prouve le Père Ceyrac, c’est que tous les éléments de solution
sont là, même sans moyens : d’immenses ressources humaines sont
prêtes à se mobiliser, à partir du moment où une forme est esquissée,
qui va dans le sens des valeurs d’amour et de compassion.
“Mon assistant Kaley a eu cette idée géniale, dit le vieux prêtre
: en sauvant les enfants,
nous sauvons les femmes ; en sauvant les femmes, nous sauvons
l’Inde, car elles sont l’avenir de ce pays.”
Un
système humblement d’avant garde
Le but du Père Ceyrac : donner la chance de s’instruire à un maximum
d’enfants, en les poussant vers le collège, sans les sortir de
leur milieu naturel. Son cauchemar : les orphelinats. Inspirateurs
de ces pages, Yves Fisselier, président du Club de Budapest/France,
et Martine Adam-Roussel, ont visité la quinzaine de foyers que
le Père a inspirés dans le Sud de l’Inde. Pleins d’admiration
et d’abord quasi incrédules, ils l’ont interviewé et photographié,
essayant de comprendre comment son système pouvait fonctionner.
Ce qu’ils ont découvert leur à fait penser aux méthodes d’avant-garde
de l’Occident : fonctionnement en réseaux, interaction, respect
des valeurs féminines, valeur maximale accordée au facteur humain
et à l’épanouissement de chaque personne.
Somewhere
somebody cares !
Le réseau du Père Ceyrac offre aux enfants : cahiers, crayons
et 10 roupies (1,66 F) de droit d’inscription à l’école primaire.
Plus un repas quotidien (2,5 roupies, 50 centimes, par repas).
“Mais le plus important, dit le vieux prêtre, c’est qu’ils sachent
que quelque part quelqu’un se préoccupe d’eux et les aime (Somewhere
somebody cares).” À près de 90 ans, le vieux prêtre tout ridé
rayonne de bonheur : ces enfants vont vivre ! “ Sauver un enfant,
dit-il souvent, c’est sauver le monde. ” Son enthousiasme est
communicatif : désormais, des centaines de jeunes filles sillonnent
le pays, à la recherche d’enfants abandonnés que l’on pourrait
sauver de la même façon.
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