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Une floraison
de livres, de stages, de sites web - et un jeu de société étonnant
- nous le répètent à fréquence redoublée : « Il n’y a pas de hasards
» et nos vœux les plus intenses peuvent se réaliser. Les baguettes
magiques existeraient-elles ? Peut-être… à une condition : que
nous existions vraiment nous-mêmes, ancrés dans nos motivations
profondes - ce qui est moins évident qu’on ne le pense.
J-P
Debailleul :
Formateur et consultant.
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Quelle serait
donc cette baguette magique grâce à laquelle nous réussirions
à transformer nos désirs en réalité ? N’en déplaise aux volontaristes
les plus fougueux, la volonté ne suffit pas - sinon, nous serions
tous coincés sous le joug des tyrans à volonté d’acier (c’est
généralement la folie de celle-ci qui les jette à terre !). La
chance ? Elle n’est évidemment jamais absente de l’accomplissement
de nos souhaits, mais certainement moins sous l’angle du pur hasard
que sous celui d’une synchronisation subtile entre ce que nous
sommes et ce que nous aimerions être, quelque part entre le contrôle
et le lâcher-prise, ou entre la supplique et le renoncement. Un
mélange mystérieux de présence au monde réel - plus exactement
au monde actuel - et de projection dans l’univers des possibles,
semble en effet gouverner la transformation des souhaits en faits.
Parmi les méthodes déjà en application, celle de Jean-Pascal Debailleul,
que nous avons déjà rencontré dans Nouvelles Clés. Auteur de plusieurs
ouvrages sur “la magie des contes”, il organise des stages qui
proposent une “pratique de la synchronicité par les contes”. Démarche
originale, mais non sans risque : marier fable et vie quotidienne
ne conduit-il pas à… prendre ses désirs pour des réalités ? Rencontre.
Nouvelles
Clés : Les contes nous disent-ils comment les souhaits peuvent
être exaucés ? Jean-Pascal Debailleul : Dans l’univers
des contes, le désir du héros, qui est de nature à attirer l’intuition
et l’inspiration féconde, doit avoir un caractère de nécessité.
Il est lié à un besoin incontournable qu’il est urgent de satisfaire.
Pour bien comprendre pourquoi ce désir aboutit, il est intéressant
de reprendre l’idée des trois fonctions de Georges Dumézil : le
prêtre, le guerrier, le producteur. Dans les contes (donc à l’intérieur
de chacun de nous), le roi remplit la fonction sacerdotale, le
héros représente le guerrier, et la fée… fait que ça marche !
Le roi pose la demande. Si c’est un bon roi, il fait ça comme
il peut, en essayant de prendre le relais des besoins de son royaume,
en ajustant sa demande aux potentialités.
Notons que, très souvent, il accomplit un acte de foi remettant
au “hasard”, c’est-à-dire à la fée, à la fécondité, l’accomplissement
de son vœu (dans Les trois Plumes, il jette trois plumes en l’air
pour indiquer le chemin à ses fils). Il met alors en fonction
le héros, celui qui, adhérant autant à cette demande qu’à l’appel
à la fée, saura utiliser aussi bien son intelligence que son intuition
pour profiter de toutes les opportunités offertes par la situation.
C’est lui qui passe à l’action, et sa détermination lui vient
de ce qu’il a transformé le vœu en adhésion et en désir vital.
Et la fée lui répond comme la vie répond à un besoin vital : en
le satisfaisant par l’ouverture au “tout-possible”. Car c’est
la fonction fée - transcendante dans les contes, pas chez Dumézil
- qui s’appuie sur le substrat concret de la situation et des
potentialités, sur le terrain organique du “vital”, pour apporter
l’accomplissement, souvent au-delà du désir premier.
N. C. :
En quoi ce schéma peut-il s’appliquer à la vie quotidienne ?
J.- P. D. : Le roi, en chacun de nous, a pour charge de
gérer notre vie, notamment en formulant des désirs compatibles
avec nos capacités. Comme le roi du conte pèse ses besoins et
ceux de son royaume, notre roi intérieur doit clarifier son désir,
remonter à sa racine pour identifier quelle qualité en nous -
son royaume - aurait intérêt à un accomplissement. C’est ainsi
que nous découvrons, derrière nos innombrables fantasmes et désirs
imaginaires, un désir infini qui, répondant à une prédisposition,
cherche dans l’accomplissement à exprimer une qualité. Comme le
gland est appelé à devenir un chêne, cette qualité latente attend
en nous sous forme de désir.
Le héros, lui, nous le connaissons bien : c’est cette part de
nous qui “colle” au désir, que rien n’arrête, qui fait feu de
tout bois, qui dépasse notre propre intelligence ou instruction
pour céder à l’intuition et profiter de toutes les chances. Nous
avons tous connu de tels moments magiques ! Et la chance, justement,
semblait alors nous sourire. C’est que, comme la vie elle-même
(vaste programme d’accomplissement de toutes les potentialités),
la fonction fée “répondait” ! La vie doit trouver dans le cœur
du héros le désir, et dans l’intelligence du roi l’intention,
pour faire germer en nous la qualité qui demande à éclore. Dans
les contes, la magie intervient dans les situations extrêmes,
de nécessité vitale. Cela nous suggère que, pour donner une réalisation
à nos désirs, la vie nous demande de faire du déploiement de cette
qualité un besoin vital. C’est alors que nous pouvons profiter
de la magie de la vie.
N. C. :
L’offre a de quoi réveiller le plus assoupi des esprits critiques
! N’est-il pas téméraire d’en appeler, aujourd’hui, à une quelconque
“magie”, surtout vis-à -vis d’un désir ?
J.-P. D. : L’erreur serait d’interpréter de manière ordinaire
les signes qui semblent aller dans le sens du désir, de les transcrire
selon nos représentations imaginaires habituelles. Soit le signe
est clair, et nul besoin de gamberger. S’il ne l’est pas, il faut
demander à la vie d’expliquer le “pourquoi” de ce signe, vers
quel modèle d’accomplissement il veut nous emmener. Ce modèle
d’accomplissement nous relie aux archétypes - la plupart des désirs
sont archétypaux.
Nous sommes “tirés” par le futur comme le gland est conduit à
être un chêne. Notre responsabilité repose donc dans l’attention
que nous portons à notre environnement, seul terreau sur lequel
faire pousser nos qualités, et à la valeur qu’elles auront pour
nous et pour autrui, la vie ayant aussi d’autres visées. Celles-ci
nous dépassent souvent, comme les coïncidences mystérieuses nous
le montrent : pour accomplir notre souhait, la vie, souvent, dynamise
notre environnement et le stimule - ce qui est une vraie bénédiction
pour la mise en œuvre de ses potentialités.
Un accomplissement n’arrive jamais seul et derrière l’accomplissement
ou non de notre vœu il est fréquent que d’autres besoins aussi
essentiels soient satisfaits. Notre vœu n’est pas exaucé mais
nous découvrons qu’un autre besoin plus essentiel a été satisfait.
N. C. :
Selon cette perspective, peut-on considérer que chacun de
nous est appelé à être le miracle de la vie pour les autres ?
J.- P. D. : Oui. C’est pourquoi les contes ne sont pas
un chemin d’enfance, mais un chemin d’innocence : ils disent comment
faire de son désir un acte de foi et comment en faire don pour
l’accomplissement de tous les êtres vivants. Dès l’instant où
je m’en remets à cette dimension de potentialité, suffisamment
concentré sur mon désir, à partir du lieu en moi capable d’attraper
la réponse - là où mon désir touche à l’infini de la qualité qui
cherche à s’exprimer -, la réponse vient, de manière inattendue,
à travers l’intuition et l’inspiration, mais cette réponse, c’est
toujours le monde qui me la donne, rendu vivant pour la circonstance.
Dans ce sens, les contes offrent une transmission laïque de la
grande pensée traditionnelle, celle que l’on retrouve dans les
ésotérismes chrétiens, soufis ou taoïstes, celle dont parlait
René Guénon quand il disait que les contes ne sont pas d’origine
humaine, mais viennent de la Révélation. C’est au cœur même de
moi-même, là où repose la qualité que mon désir veut exprimer,
que l’intuition reçoit de la vie la réponse qui permettra à ce
désir d’être exaucé et d’aider le monde.
À
lire de Jean-Pascal Debailleul :
Se réaliser par la magie des coïncidences, avec
Catherine Fourgeau, éd. Jouvence.
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