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Les générations nées pendant ou après la Seconde Guerre mondiale, guidées pas quelques aînés comme Hesse, Huxley, Jünger, Hoffman, Wasson, Artaud ou Griaule, éprouvèrent le besoin d’un retour aux sources, non pas du christianisme, du judaïsme ou du bouddhisme, mais aux sources de l’humanité tout court. Comme si, en ces temps furieux, se rejouait notre essence même d’humain. Elles s’y essayèrent, souvent avec maladresse, en testant tous les “états modifiés de conscience” possibles, usant parfois de psychotropes puissants, qui les jetèrent dans des univers intérieurs dont leurs parents ignoraient jusqu’à l’existence et où leurs meilleurs médecins ne s’étaient jamais aventurés autrement qu’en théorie. Là par contre les attendaient les chamanes, en action depuis la préhistoire.
Découverte : ces “primitifs” pouvaient nous enseigner des choses vitales à travers l’espace-temps. Lascaux, c’est toujours nous, quelque part au fond du ventre ! L’art aborigène de réguler nos vies par les rêves ne date ni d’hier, ni de demain, il est intemporel. On pourrait dire la même chose des rythmes africains, des danses balinaises ou de la calligraphie chinoise. Au-delà de son étymologie sibérienne, le mot “chamanisme” s’est mis à symboliser la base universelle de notre imaginaire animiste. L’écroulement idéologique du matérialisme historique accéléra cette recherche éperdue de nos racines humaines, pour donner du sens à la vie et nous relier aux autres - notamment à ceux du Sud, alors en pleine désillusion post-décoloniale et s’interrogeant sur leurs cultures face à la modernité. Les culs-de-sac écologiques et médicaux finirent de nous convaincre de l’inanité de nos prétentions mécanicistes : oui, il est devenu vital de réveiller en nous ce sens spontané du sacré qu’éprouve l’homme primitif à chaque instant.