Sa
correspondance nous dit que Sigmund Freud n’ignorait rien de l’importance
des ancêtres dans la constitution des psychosomatismes individuels
et collectifs : chacun de nous n’est pas seulement déterminé par
le triangle Papa-Maman-Bébé, mais par toute une cascade d’influences
venues de notre arbre généalogique entier. Mais Freud ne poussa
pas plus loin l'exploration du phénomène transgénérationnel. Son
long et dur combat pour défendre l'origine sexuelle des névroses
lui fit laisser de côté cette dimension fondamentale du mécanisme
humain qu'est la fidélité inconsciente du sujet au vécu de ses ancêtres.
Il a fallu attendre près de cent ans pour que l'importance cruciale
du transgénérationnel soit reconnue par les "psy".
Au début du 21ème siècle, cette reconnaissance prend l’allure d’un
véritable mouvement : sur le thème « où que vous soyez, vous
trimballez toujours votre famille d’origine avec vous, bénissez-la
mais libérez-vous ! », la Psychogénéalogie - ou, plus généralement,
la Transgénéalogie - émerge un peu partout, dans de très nombreuses
pratiques et écoles. Aujourd'hui, ce chantier-là résonne de partout.
Des centaines de "psy" reconnaissent désormais l'importance de la
filiation, et surtout des ratées de celle-ci, non-dits, secrets
de famille et autres grumeaux que les générations se refilent les
unes aux autres, dans des jeux de rebondissement si étonnants -
à l'humour si noir ! - qu'il faut être un artiste de la relation
pour savoir les débusquer. C’est à une présentation de quatre de
ces "artistes" qu’est consacré le présent dossier, extrait
du livre J’ai mal à mes Ancêtres (collection Clés,
éd. Albin Michel), où Patrice van Eersel et Catherine Maillard s’entretiennent
avec sept des acteurs majeurs de ce mouvement : Anne Ancelin-Schützenberger,
Alexandro Jodorowsky, Bert Hellinger, Didier Dumas, Chantal Rialland,
Serge Tisseron et Vincent de Gauléjac |