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Nouvelles
Clés : Votre
succès, votre jeunesse, votre attitude accueillante, tout semble
indiquer que la vie vous sourit...
Bernard Werber : Elle ne l'a pas toujours fait. Pas en
classe, par exemple. J'aurais sans doute commencé à écrire bien
plus tôt si je n'avais été obligé de gérer une scolarité fastidieuse
et finalement négative. Je suis choqué par la standardisation
qu'impose l'école. À partir de 12 ou 13 ans, je me suis mis à
trouver plus de choses dans mes lectures qu'à l'école, où l'on
me demandait d'apprendre par cur des choses inintéressantes.
Je découvrais une richesse bien plus grande dans Edgar Poe ou
Lovecraft que dans Corneille et Racine. Ils ont leur charme aussi,
mais c'est un plaisir de vieux ! En imposant à des jeunes des
plaisirs de vieux, on les dégoûte de la lecture et ils se retrouvent
au cinéma, qui est quand même un endroit passif où l'on vous retire
vos propres images de la tête, pour mettre à la place les images
de quelqu'un d'autre qui, lui, a lu des livres !
N.C. :
Quels livres ont été essentiels pour vous ?
B.W.
: Fondations d'Isaac Asimov, Dune de Frank Herbert, Invasion
divine de Philip K. Dick, Edgar Poe (le premier qui m'a fait comprendre
qu'écrire une histoire revenait à résoudre une problématique intellectuelle),
Flaubert dans Salambô, c'est Schwarzennegger contre les Barbares !,
Victor Hugo... Mais pour l'essentiel, mon éducation s'est faite
sur les trois premiers : Asimov pour l'intelligence, Herbert pour
la mystique et K. Dick pour la folie. Avec ces trois auteurs,
j'ai abouti à un univers très large, dès l'époque du lycée. Herbert
me frappait particulièrement : je lisais une page et je devais
refermer le livre, tellement c'était riche. Avec lui, je crois
que j'ai appris l'écologie, la psychanalyse, la mystique, la gestion
des pouvoirs... des choses essentielles que l'école ne nous apprend
pas. Asimov, au fil des sept tomes de Fondations, m'a fait me
demander : "Où va notre humanité ?" Il reprend l'idée indienne
ou chinoise des cycles : s'il y a des cycles, on doit pouvoir
repérer sur un graphique le moment où vont arriver les crises
sociales, militaires, économiques, scientifiques, politiques,
et donc adopter une attitude préventive. Mais comment prévenir
sans provoquer ? Il en tire une vision scientifique éclairée.
Moi, lycéen, je me demandais où l'humanité allait réellement se
retrouver. Plus tard, dans la Révolution des Fourmis, je me suis
retrouvé avec l'idée de "voie de moindre violence" (VMV). Parmi
tous les possibles, il y en a forcément un qui se réalise avec
moins de violence que les autres. Il se peut qu'il faille un peu
de violence à court terme pour éviter beaucoup de violence à long
terme. Et alors se pose la question inévitable du despote éclairé.
Aujourd'hui, en politique, le sujet est tabou. Les sondages l'interdisent.
Dès que la nécessité de mesures pénibles approche, tout le monde
se sauve.
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N.C. :
En psychologie, c'est apprendre à dire non ?
B.W. : Ou accepter une mort-renaissance indispensable
si l'on veut évoluer.Pour réfléchir à l'accomplissement de l'homme,
un ami m'a raconté un jour une métaphore, paraît-il soufie, que
j'aime bien, basée sur les chiffres arabes 1, 2, 3, 4, 5. Le sens
de l'évolution de la vie nous serait donné par leur dessin : le
trait horizontal signifierait l'attachement, la courbe signifierait
l'amour, et le croisement l'épreuve.
J'obtiens ceci :
- 1
n'a ni trait horizontal, ni courbe, ni croisement, donc ni attachement,
ni amour, ni épreuve : c'est le stade basique, on pourrait dire
minéral, lié à rien, avant la conscience.
-
2 a un trait horizontal c'est l'attachement à la terre :
la plante est enracinée dans le sol, sa courbe supérieure représente
son amour pour le ciel et le soleil.
-
3 n'a pas de trait horizontal, il est en
mouvement permanent, avec deux courbes : c'est le stade animal,
qui vit dans l'amour et dans la peur, submergé par ses émotions
quand il aime, il embrasse, quand il a peur, il mord. Ce sont
les deux bouches du 3.
-
4 est le stade humain. Il comporte un croisement, la croix,
l'épreuve, qui pourrait être : serons-nous capables de passer
au 5 ? Le 5 est l'inverse du 2 : une horizontale supérieure
attachement au ciel , une courbe inférieure amour pour la terre.
Le 4 tente donc de muter, pour passer du stade animal au stade
spirituel.
On sent bien, à tout moment, les forces d'immobilisme qui veulent
nous figer dans le 4, voire même nous ramener au 3. Ce sont toutes
les institutions, tous les systèmes à héritage, les châteaux-forts...
Ça va des sectes à certains groupes économiques. Ils n'agissent
que dans leur propre intérêt, ignorant les soucis globaux...
Globalement, je suis pessimiste. Je pense que les forces du 3
sont exponentielles, alors que celles du 5, par le fait même qu'elles
sont spirituelles, ne peuvent être spectaculaires ni avoir de
solutions faciles. En fait, il faudrait que j'accepte même la
possibilité d'un retour au 3 mais, pour cela, il me faudrait
beaucoup plus de sagesse et de maturité : quand je serai plus
grand et intelligent, j'accepterai sans doute l'échec (rire).
N.C.
: Lâcher prise
serait le meilleur moyen de réussir ?
B.W.
: Si toute l'humanité a envie de se suicider, je ne vois pas
pourquoi il faudrait... c'est peut-être son destin, son karma
global. Actuellement, ça me fait peur et je n'arrive pas à l'accepter,
mais je suis conscient que c'est un manque de sagesse de ma part.
Pour le moment, j'essaie surtout d'ouvrir des horizons. Dans mes
livres, il y a cette notion que, quoi qu'on fasse, une sorte de
pulsion, d'énergie transcende tout ce que dans La Guerre des
étoiles on appelle " La Force " où dans le système chinois " le
Tao ". J'essaie d'en faire prendre conscience aux gens : il n'y
a pas besoin d'être mystique ni religieux, il suffit de remarquer
qu'une petite graine arrive à faire une herbe qui traverse le
macadam et on comprend qu'il y a quelque chose qui transcende
tout. Et même si l'humanité se suicide, cette énergie restera,
au-delà de nous. Il faudrait que j'aie suffisamment la foi dans
cette énergie pour rire de tout.
N.C. :
De toute façon, dans l'histoire de l'évolution, chaque fois
qu'un nouveau stade de complexité a été atteint, il a été impossible
de revenir en arrière ! Êtes-vous d'accord pour dire que certains
êtres ont atteint le stade 5, durant le temps d'une simple existence
humaine ?
B.W. : Oui et ils sont venus justement pour nous montrer
qu'on peut devenir des 5. Je ne dis pas "venus" en pensant à des
extraterrestres ou à des trucs comme ça... Nous sommes la première
génération qui, en Occident, sait ce que sont Bouddha, le Tao,
le rêve chamanique, Jésus... c'est juste un problème de libre-arbitre
: est-ce qu'on se reconnaît plus dans Gengis Khan ou dans Siddharta
? C'est un choix. La grande chance et le grand malheur de l'humanité,
c'est bien ce libre-arbitre, cette possibilité de décider de notre
destin, y compris de notre autodestruction. C'est-à-dire que nous
avons un dieu très laxiste, qui nous laisse jouer dans la cour
de récréation sans nous donner de fessée quand nous faisons des
bétises.
N.C. :
Vous trouvez !!?
B.W. : Oui, je crois qu'il nous a fait le plus grand cadeau
d'amour, qui est de nous laisser nous débrouiller par nous-mêmes.
Ce qui fait que si nous arrivons à passer au 5, notre mérite n'en
reviendra qu'à nous. Mais peut-être faudrait-il définir les vrais
5. A priori, je dirais qu'ils sont doués de tolérance y compris
bien sûr envers les 4 et les 3. Ils ne vont jamais obliger les
gens à être des 5. C'est ça la spiritualité, et en ce sens, ils
sont volontairement faibles. Ils n'utilisent pas la violence.
Je crois même qu'ils n'ont pas de certitude. Je veux dire qu'il
ne peut y avoir de 5 sans humour. Le mot amour a été trop trahi,
il n'a plus de signification précise. Un être spirituel sait faire
rire. L'une des façons de reconnaître les faux 5, c'est qu'ils
n'ont pas d'humour, notamment vis-à-vis d'eux-mêmes.
Mes bagages pour l'an
2000:
Musiques
:
I
wish you were here, de Pink Floyd ; le concerto pour flûte
piccolo et orchestre en duo de Vivaldi ; et Edge of Twilight du
groupe Gentle Giant.
Films
: Jonathan
Livingstone le Goéland, Blade Runner, Brasil
Une
icône :
J'ai failli dire L'Enfer et le Paradis de Jerôme Bosch,
mais je choisi plutôt La Joconde. Plus ca va, plus je comprends
ce tableau. La Joconde, je crois que c'est une 5 idéal.
Je crois que quand tu es intelligente, tu as ce genre de sourire.
L'humour, Mona Lisa ne pouvait pas appartenir à une secte.
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