|
Ma
"sphère" est celle de l'information, dont, volontairement ou non,
nous sommes nourris chaque jour. Sauf si nous choisissons une
vie contemplative, nous ne pouvons nous passer de ce lien avec
un monde aux transformations aussi imprévues que rapides.
Ma
vision positive :
À mes yeux, le péril constant pour l'humanité est la menace du
couple infernal bêtise-ignorance, duquel naissent tous les fanatismes
et toutes les sauvageries.
L'éducation, bon an, mal an, progresse sauf dans les théocraties.
Elle sera, de plus en plus, couplée avec un accès de plus en plus
général et abordable à l'information (télévisions, Internet, téléphones
"mondiaux"). Les deux, ensemble, devraient avoir, au début du
nouveau siècle, un effet "civilisateur" sur les rapports individuels
et collectifs. C'est déjà le cas dans les pays industriels. On
peut faire l'hypothèse, par exemple, que l'effondrement du communisme
européen a résulté, en grande partie, de sa dévalorisation aux
yeux de tous du fait de la révélation de ses crimes et de ses
dysfonctionnements. La prochaine et longue étape se joue dans
les pays en développement. Une course entre l'accroissement trop
rapide des populations et la prise de conscience que l'accès du
plus grand nombre au bien-être ne s'enracinera que par la démocratie.
Ma vision positive est que l'éducation, l'information et la démocratie
l'emporteront.

La Grande Voie est généreuse.
Aussi n'est-elle ni difficile ni facile. |
Ma vision
négative :
Le fractionnement de l'information par la multiplication des sources
(télévisions, Internet, etc.) ainsi que l'affaiblissement de l'usage
de la lecture, source de mémoire, pourraient "déraciner" les cultures
et connaissances d'individus trop isolés. Il pourrait en résulter
une superficialisation des rapports, une vulnérabilité aux messages
simplificateurs, une absence de fermeté des valeurs morales. L'exemple
de la décomposition sociale de la Russie montre qu'il ne s'agit
pas là d'un simple cauchemar.
De tels pays, qui croyaient avoir exorcisé pour de bon, les ravages
de l'ignorance-bêtise, découvrent que l'enseignement et les connaissances
ne suffisent pas à "civiliser" s'ils ne sont pas complétés par
une éthique quotidienne, au niveau des cellules familiales et
sociales. En résumé, je continue à croire au progrès, mais il
ressemble, plus que nous ne le pensions il y a une génération,
à la toile de Pénélope.
Si je contribue à la santé du monde, c'est à un
micro-niveau, en essayant de diffuser une information vraie (autant
que nous puissions la vérifier), qui donne à nos lecteurs des
clés d'interprétation et de compréhension des comportements ;
les leurs, les nôtres. Et puis, dans ma vie privée, j'essaye,
avec le temps, d'aimer un peu mieux.
La maladie du monde s'aggrave en proportion de
l'indifférence des humains les uns à l'égard des autres. La mienne,
hors de mon cercle de proches, n'est que trop réelle, et banale.
Mon
rêve, pas si secret, serait pour l'humain un progrès constant
du réalisme, adouci par un progrès de l'intériorité. Le tout menant
à un même idéal que celui de Voltaire : plus de tolérance dans
les rapports privés et sociaux.
Lieu
magique : un lit, avec ma femme.
accès
aux autres auteurs
|