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Je
parlerai en termes de sensation et non de vérité rationnelle ou
révélée. Un des moments importants de ma propre évolution a été
de pouvoir formuler que les idées étaient des interprétations
du monde et non des vérités absolues. Je ne cesse chaque jour
d'intégrer à quel point ce que je vois, ce que j'entends, ce que
je perçois de manière générale est le reflet de ce que je suis.
En ce sens, j'ai conscience de regarder le monde à travers une
vitre plus ou moins encombrée des scories de mon histoire personnelle,
des besoins de ma psyché en positif comme en négatif, des dramatisations
de mes cauchemars ou des enjolivures de mes rêves. Pour nettoyer
cette vitre, je m'efforce de développer une conscience-témoin
plus tranquille capable d'accepter ce qui est là, de me rendre
présente à ce qui est là. J'adopte une ouverture qui me facilite
un regard plus lavé de jugement.
Au-delà du bon et du mauvais, du bien et du mal, il y a, me semble-t-il,
un troisième terme qui rend le coeur content, l'esprit libre et
créatif et les relations pétillantes parce que pleines d'espaces
à vivre.
Nous sommes à nous-mêmes une profondeur de mystère, nous sommes
uniques et en même temps nous partageons avec d'autres un parcours
d'humanité, nous ne cessons de nous faire écho les uns aux autres,
nos témoignages agissent comme des allumettes qui permettraient
que le feu et la lumière s'allument ici et là. Une immense contamination
d'éveil est en route et se popularise par des livres, des films,
des chansons, des musiques.

Mon
icône :
Cette
image de Michel Roudnitska symbolise bien l'alliance du
féminin et du masculin.
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Il ne s'agit
plus de se rallier derrière un corps de doctrines,de croyances,
d'adhérer à un groupe religieux ou éthique, mais d'adhérer à un
corps de pratiques pour rester en contact avec sa blessure et
continuer de développer sa capacité à danser intérieurement dans
la lumière. Nous tentons d'être les créateurs et les artistes
de notre vie, et non plus ces figures coupables et victimes cherchant
des boucs émissaires, traînant un poids d'accusation sur l'autre
et sur soi. Le grand passage, le retournement de l'être, se joue
dans cette sortie, au-delà du maître et de l'esclave, la création
d'un troisième terme, l'être unifié. Car chacun veut guérir des
blessures de son passé et des limitations de son expression pour
parvenir à exister et à aimer de manière plus ouverte. Collectivement,
nous sommes en train d'inventer en Occident une pratique de mise
en uvre de la conscience. Apparemment, beaucoup s'appuient
sur des traditions, mais il me semble qu'en réalité chacun s'autorise
à réinterpréter dans son creuset personnel la vérité qui prend
appui sur l'antériorité. Et il y a un point sur lequel tout le
monde s'accorde, même si la culture dominante continue de ressasser
des idées toutes faites ; les belles idées des intellectuels,
les théories, montrent vite leurs limites quand elles ne sont
pas vécues.
Dire ce qu'on
fait et faire ce qu'on dit devient une exigence dans le dévoilement
de la conscience. Dans notre histoire d'humanité, l'esclavage
extérieur est une pratique en régression, même s'il y en a encore
trop, et l'esclavage intérieur commence à être débusqué. En ce
sens, j'ai une vision très optimiste du sens de l'histoire, car
malgré des convulsions, des réactions, des tentatives renouvelées
d'accaparement des biens et des esprits par quelques-uns au détriment
du grand nombre, malgré les tueries, les violences, la conscience
et le désir de paix gagnent du terrain. Le langage de la destruction
de l'autre et de soi porte bien des fascinations, ne serait-ce
que parce qu'il semble une réponse à nos angoisses et à nos peurs,
mais le plaisir de l'affirmation de soi de manière créative, le
plaisir du partage et de l'amour sont des nectars incomparables
dès qu'on les a goûtés. Ce monde ne peut se rééquilibrer sans
une parole inspirée par le féminin. Les femmes ont besoin de reprendre
confiance dans leur corps de femme et de laisser surgir l'originalité
de leur source.
De leur côté, les hommes s'affaiblissent par cette anima qui leur
arrive d'un modèle de femme engloutie dans le patriarcat. Ils
ont aussi besoin les uns des autres pour faire émerger un modèle
d'homme conscient et aimant pour se déculpabiliser des grossièretés
du guerrier, oser leur force dans la douceur alliée. Tout n'est
pas gagné dans cette émergence, et pendant plusieurs décennies
des couples rejoueront le dominant dominé, la guerre des sexes
s'alimentera d'actions et de réactions, chacun durcissant ses
positions, mais bon an, mal an, chacun intégrant davantage de
masculin et de féminin, chacun s'équilibrant dans son androgynat,
l'homme et la femme découvriront une possibilité de vivre la rencontre
dans une confiance en soi et en l'autre qui n'avait jamais été
atteinte du moins par le grand nombre. La difficulté sur laquelle
se porte mon attention en ce moment dans l'évolution, c'est l'emprise
des valeurs masculines dans le monde et à l'intérieur de chacun.
Même parmi ceux qui ont des convictions sur la valeur de la vie
intérieure, de la contemplation, de l'aide aux autres, le rythme
trépidant de la survie moderne entretient une destruction permanente
de l'arrondi de l'espace. Faire, trop faire et faire trop vite,
pressé, menacé de ne pas gagner assez, menacé de perdre son temps,
menacé de ne pas jouir de tout ce qui est disponible, courir,
répondre au téléphone, travailler, créer, s'occuper des enfants,
s'occuper des malades, des plus vieux, vivre pour soi, tous ces
impératifs se catapultent. Pour le dire encore autrement, en chacun
de nous, hommes ou femmes, le masculin de l'existence tyrannise
le féminin de l'existence, l'asservit à son profit.
On parle de réduire le temps de travail, d'augmenter les loisirs,
mais la vie quotidienne se complexifie au détriment des temps
de repos, de réflexion, de contemplation, d'échange et d'amour.
Quand serons-nous, comme les dauphins, de merveilleux joueurs
consacrant l'essentiel de leurs temps aux activités ludiques ?
Livres,
musiques, techniques, associations :
Rien
ne m'intéresse autant aujourd'hui que les relations humaines,
la qualité des instants partagés, ou ma solitude dans la nature.
Je remercie les livres, les musiques, les films, les techniques,
Internet, etc., d'exister et je suis le papillon qui butine et
fait son miel au gré de l'instant.
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