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Nouvelles
Clés : Comment parvenez- vous à concilier
le scientifique avec le rêveur qui est en vous ? Votre recherche
de la météorite par exemple ne tenait-elle pas autant de la science
que du rêve ?
Théodore
Monod : Oh du rêve, non. Il y avait un renseignement, il fallait
chercher. Cela aurait pu exister...
N.C. :
Est-ce qu'on peut être scientifique et utopiste à la fois ?
T.M. : Je fais souvent remarquer que l'utopie, au sens
grammatical du mot, ne signifie pas l'irréalisable comme on le
croit généralement, mais l'irréalisé, et j'espère que dans certains
cas des utopies d'aujourd'hui deviendront les réalités de demain...
En fait, ce qui est à la base de toute recherche scientifique,
c'est la curiosité. À partir de là, il faut savoir regarder, et
puis essayer de comprendre. Une fois qu'on a vu et observé la
nature, il faut essayer de l'expliquer et ce n'est pas simple
; il y a des choses qu'on ne saura jamais. Vous connaissez la
carotte sauvage ? Une grande ombelle blanche avec des centaines
de petites fleurs ; eh bien, si vous regardez attentivement, au
centre de l'ombelle il y a une fleur qui est rouge... Il y a une
raison certainement, ce n'est pas le hasard qui a mis ça là...
Eh bien, je ne sais pas pourquoi...
N.C.
: Personne ne sait pourquoi ?
T.M. : Non, personne. Disons qu'on n'a même pas cherché
; même pas les botanistes.
Mais il doit y avoir une raison et je mourrai sans savoir le secret
de la fleur rouge de la carotte sauvage...
N.C. :
Qui sait ? Peut-être qu'à l'heure actuelle quelqu'un est en train
de chercher ?
T.M. : (en souriant) : Alors je voudrais qu'il me prévienne
rapidement car je n'ai pas de très longues années à passer sur
cette terre... Et le moment approche où il faudra passer l'autre
rive, comme disait mon père... fort poétiquement.
N.C.
: J'ai dialogué récemment avec l'abbé Pierre et il me disait qu'il
lui tardait désormais de mourir après une vie trop bien remplie.
Avez-vous, vous aussi parfois, ce sentiment de l'envie de passer
sur l'autre berge ?
T. M. : Oui, par curiosité, pour savoir s'il y a quelque
chose, car actuellement je ne sais pas. On me questionne souvent
à ce propos... et je dis "Je ne sais pas, alors je ne peux pas
vous le dire, je n'en sais rien..." L'expérience peut-être me
renseignera un jour, mais pour l'instant je ne peux rien en dire.
C'est là que j'ajoute que, quand on ne sait pas, il est plus honnête
d'avouer qu'on ne sait pas. Savoir et espérer sont deux fonctions
différentes. On a tout de même le droit d'espérer...
N. C.
: Professeur, vous êtes chrétien et ...
T. M. : Apprenti chrétien !
N. C.
: Vous êtes donc apprenti-chrétien et amoureux de la nature. Ne
pensez-vous pas pourtant que la destruction de la planète vient
en partie de la caution de la phrase de la Genèse qui dit "Emplissez
la terre et soumettez-là !"
T. M. : Elle a été en tous cas à la base de l'enseignement
des trois monothéismes qui veulent nous faire croire que l'homme
est le roi de la création. Or, nous ne sommes pas les rois, nous
sommes comme les autres animaux, avec des fonctions un peu particulières
certes, mais des mammifères comme tous les autres. En tout cas,
si nous étions les rois de la création, nous nous comporterions
bien mal : nous ne songeons qu'à la sacrifier et à tuer des êtres
vivants. Il y a un autre verset qui est tout aussi scandaleux,
c'est dans la Genèse, chapitre 9 verset 2, lorsque Dieu fait alliance
avec Noé.
Il est dit : "Soyez la terreur des êtres vivants !" Et c'est là
qu'a commencé le carnivorisme dans la tradition hébraïque ; avant,
on ne mangeait pas les animaux. Au jardin d'Éden, par définition,
on était végétarien ! Mais à partir de là ("Soyez la terreur des
animaux !") tout est permis : ils sont livrés entre vos mains
; vous pouvez les dépecer, les abattre, les torturer... On ne
s'en est pas privé, et on ne s'en prive pas encore aujourd'hui,
hélas.
N. C.
: À ce propos, ne trouvez-vous pas que les Églises sont bien silencieuses
par rapport à la défense de la nature, pourtant création de Dieu
?
T. M. : Oui, bien sûr , mais ça les gêne ! Tout ce qui
pourrait tant soit peu diminuer l'homme les gêne ! Ils ont voulu
créer un tel gouffre entre les hommes et les animaux, mettre l'homme
à part, que ces questions-là les embarassent. Pour se justifier,
ils répètent un verset que je n'ai d'ailleurs jamais compris :
"L'homme a été créé à l'image de Dieu." Mais Dieu n'a pas d'image
! C'est sa définition même. Je ne comprends pas. C'est écrit.
Je crois que c'est conforme au texte hébraïque. Créé à l'image
de Dieu, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est un symbole peut-être
! Je ne sais pas.
N.C.
: Certains philosophes modernes estiment que le religieux peut-être
parfois l'ennemi du spirituel ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
T.M. : Disons le théologique, le dogmatique, alors, oui,
sûrement ! C'est pour ça que je suis un chrétien pré-nicéen. Le
concile de Nicée, c'est 325 ! C'est là que le symbole d'Athanase
a défini cette extraordinaire construction que la philosophie
grecque a voulu imposer à l'Évangile : la Trinité, les trois hypostases
etc. Il n'y a rien de cela dans l'Évangile, dans la Bible, alors
j'en reste à l'Évangile...
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