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Ces
questions me laissent perplexe. Dans la mesure où la perpétuelle
mutation est la loi même de la vie, je ne peux avoir de vision
arrêtée. Je ne sais rien de ce qui va survenir. L'expérience montre
qu'à peu près rien de ce que l'on projette dans le futur ne se
vérifie. L'imprévu est infiniment probable. Je n'ai donc pas de
" vision ". Tout au plus puis-je avoir de l'espoir et des craintes,
espoir d'émerveillement, craintes d'apocalypse, mais à quoi bon
? Je m'efforce de vivre, aussi pleinement que possible, au présent.
Je contribue
à la santé du monde, en essayant de ne pas ajouter mon
grain d'angoisse au vaste champ de l'angoisse du monde. Je suis
un artiste. En tant que tel, j'ai le souci de servir, d'être utile.
À qui ? À quoi ? À ce que je peux percevoir de la vie. Dans ce
que je dis ou écris, je cherche à nourrir la vie, à toute force.
Si je manque à ce vu, à ce devoir, si je me laisse aller,
dans ce que je dis ou écris, au désespoir, à la dérision, à l'apologie
du rien, je nourris la maladie du monde, j'augmente la difficulté
d'y vivre.
Mon
rêve secret : Misère, je n'ai pas de rêve secret concernant
l'humanité ! Me vient cette parole de l'Ange des Dialogues : "
Ne faites pas de projet avec la tête. Avec la tête, exécutez.
Les projets sont chez le Père. Tous les projets ! "
Mon
icône: Une peinture de Delacroix , la lutte de Jacob avec
l'Ange.
Une photo, ma fille et moi jouant. Nous reproduisons (par hasard)
assez exactement la position des personnages de la peinture. Cette
peinture m'est évidemment parvenue longtemps après que la photo
a été prise.
Une Vierge romane.
Lieu
magique : Au désert. Pour moi, il n'est pas de lieu où
le monde soit aussi absent, et où la vie soit aussi présente.
Livres
:
Aucun.
La mémoire de quelques contes - à y réfléchir, d'un assez grand
nombre de contes - cela me suffirait amplement.
Films: Ceux
de Capra et de John Ford. Peut-être aussi Tous les matins du monde
et Cyrano de Bergerac. Pourquoi ? Parce qu'à des titres divers
ils m'émeuvent.
Musiques: Des
chansons. Entre les chants de troubadours, Trénet, Brassens et
Ferré, je me ferais bien un disque idéal. Un autre de musiques
dites " ethnologiques ". Et aussi peut-être surtout un enregistrement
du prodigieux chant des loups.
Trucs,
techniques, associations: J'emporte
mes prières.
Pour le reste, je passe.
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