Je
rêve d'un monde où
l'approfondissement de la singularité de chacun se conjuguerait
à chaque instant avec son ouverture sur l'universalité de tous.
Je redoute un monde où l'angoisse de se perdre dans
l'anonymat et l'abstraction de la mondialisation amène chacun à
se crisper sur ce qu'il croit constituer son identité : race, religion,
nation. Je rêve d'un monde où la perception de la transcendance
de chaque instant vécu viendrait féconder l'engagement de chacun
dans le déroulement historique du temps. Je redoute un monde dans
lequel la course effrénée après le temps empêche de percevoir la
plénitude que recèle chaque instant. Je redoute un monde où, par
réaction, la fascination de l'instant présent ferait perdre aux
hommes et aux femmes le goût de prendre à bras le corps le temps,
l'espace et l'énergie qu'il leur est donné d'avoir à vivre dans
l'histoire de l'humanité. Je rêve d'un monde où le féminin et le
masculin, le yin et le yang, se féconderaient mutuellement en chaque
être vivant et trouveraient le moyen de s'exprimer dans les institutions
dont l'humanité a besoin de se doter pour se structurer. Je redoute
un monde dont le moteur est la rivalité et la domination de l'un
sur l'autre. On cumule alors les inconvénients de l'un et de l'autre.
Un monde qui conjugue les horreurs de la guerre et celles de l'enfermement.
De l'explosion et de l'agglomération. De l'écartèlement et de l'asphyxie.
Mon
icône: Cette statuette d'un
sage taoïste sur son âne. Son visage rayonne d'une compréhension
intérieure des êtres
et des choses
(photo de Jean-François Lefèvre).
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Je rêve
d'un monde
où l'affinement progressif des corps humains permettrait l'émergence
de nouveaux niveaux de conscience, et ainsi de mieux comprendre
le mystère de notre conscience réflexive et son lien avec le fonctionnement
toujours plus subtil de nos cerveaux.
Un monde d'ascension vers une liberté intérieure toujours plus grande.
Je redoute un monde dans lequel nos consciences seraient de plus
en plus déterminées par la volonté et la puissance de quelques-uns,
jusqu'à l'aliénation totale et définitive. Je rêve d'un monde dans
lequel l'intelligence se déploierait et rayonnerait sans entrave.
Un monde incandescent de conscience. Il m'est difficile de savoir
si je contribue ou non à la santé du monde. Répondre positivement
me paraîtrait présomptueux. Déjà heureux si je contribue à ma propre
santé, ce qui est loin d'être sûr ! Je puis seulement espérer ne
pas trop nuire ni à l'humanité ni la planète qui l'héberge. Mais
de cela non plus je ne suis pas sûr, parce que je cède sans doute
trop à la pente de la facilité qui me porte à accepter tous les
avantages que me procure le fait d'appartenir à une civilisation
qui a su, au cours des derniers siècles, exploiter le reste du monde
sans vergogne.
S'il m'est donné de vivre encore un certain temps, j'aimerais créer
une académie des sagesses du monde.
Je participe déjà avec bonheur à l'initiative des Religions Unies
lancée par l'évêque épiscopalien de San Francisco, bien que je ne
représente aucune religion. Nous avons certes besoin que les religions
se parlent pour que la paix puissse s'instaurer dans le monde. Mais
derrière les religions, on sent toujours poindre l'appartenance
identitaire qui risque à chaque instant de ressusciter les anathèmes
et les exclusions, surtout des frères les plus proches parce qu'ils
sont ressentis comme des frères ennemis.
Par delà les religions, nous avons besoin de sagesse. Chaque religion,
chaque courant philosophique, chaque civilisation a donné à sa manière
une expression de la sagesse. C'est cette sagesse que nous avons
beoin de retrouver, par delà les singularités religieuses ou culturelles
dont elle s'est, au cours des temps, revêtue. Singularités d'ailleurs
enrichissantes aussi longtemps qu'elles ne se considèrent pas comme
universelles et ne cherchent pas à s'imposer à tous comme la forme
absolu de la vérité.
Mon rêve secret concernant l'humain : qu'il accède
à la pleine humanité et ne se contente pas de caricatures.
Livres
: La
Philosophie éternelle d'Aldous
Huxley, De la docte ignorance du Cardinal de Cuse, le
Tao-te-king.
Musiques : La
Jeune fille et la mort de Schubert, Dixit Dominus de Vivaldi,
Miserere d'Allegri, la Liturgie des moines de Chevetogne.
Associations:
L'académie
des sagesses du monde (à créer).
Internet : Le
site de l'Observatoire pour l'Étude de l'Université du futur (OEUF).
Techniques : Qi-qong
intériorisé et descente dans le jardin secret.
Films : Film
à tourner sur le dépassement des religions fondées sur la conviction
de l'existence d'un Dieu transcendant intervenant dans l'histoire
des hommes comme l'un de ses acteurs. Un film qui rende palpable
l'immanence du réel.
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