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Cultures du monde

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XXIème siècle : les visions de 34 écrivains et philosophes



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Yvan Amar


(JPG) Décédé en juin 1999, il est auteur d’ouvrages profonds sur Les Dix commandements ou Les Béatitudes. Il a fondé les éditions du Relié. Son ouvrage L’effort et la grâce (éd. Albin Michel), renouvelle le message convenu de la spiritualité.

La croyance actuelle en la forme amène à croire qu’elle a un pouvoir sur le fond ou qu’elle peut être, ou non, l’opportunité de révéler le fond. C’est une grande croyance de notre temps qui fait que l’on donne toujours la priorité à la forme. Cela s’appelle avoir une "représentation du monde", qui peut effectivement être positive ou négative. Or, en vérité, c’est la qualité de mon regard qui est prioritaire sur la forme et, j’irai plus loin, la qualité de ce regard-là, indépendant de la forme regardée, va me donner une attitude juste pour pouvoir agir sur la nature de cette forme. C’est cela, la "vision", et cette vision n’est ni positive ni négative ; elle est action.

Disons que dans la course folle à la santé du monde, je suggérerais qu’on vive aujourd’hui un peu plus consciemment "sa" maladie. En effet, plutôt que de constamment poursuivre une santé utopique, il serait bon de vivre consciemment la maladie telle qu’elle existe. À nouveau, regarder le fond et non la forme. Je contribue à la maladie du monde quand je la vis et que je projette moi-même sa santé utopique. De même, plein de gens courent après l’éveil, mais il en est peu qui sont intéressés à vivre l’ignorance consciente.

En fait, qu’est-ce qu’un éveillé sinon un ignorant conscient ? Alors qu’il y a tellement d’éveillés inconscients dans le monde !

Mon rêve secret : Pour plagier un peu Gandhi à qui on demanda : "Que pensez-vous de la civilisation occidentale ?" Il répondit : "Ah oui, ce serait une excellente idée !" Eh bien, concernant l’humain, mon rêve serait qu’il devienne humain. Et que ce rêve ne soit plus un secret pour personne. La grande sainte poétesse du Cachemire Lalleshwari à qui on reprochait de se promener, en tant que yogini femme, relativement dévêtue au milieu des hommes, dans une assemblée, se serait retournée vers la personne qui l’apostrophait en disant : "Vous voyez beaucoup d’hommes ici ?" Elle fait voir à cet homme qui sont les personnes rassemblées : il n’y avait que des animaux.

Mes icônes :

Je trouve que garder une seule image empêcherait à jamais d’apprécier les autres. Et le rôle des grandes images que nous ont transmis les maîtres de l’art était de pouvoir élargir le réel perçu au travers de ces images à toutes les autres images. La grandeur d’une image vivante, c’est de ne pas enfermer celui qui la contemple sur elle seule comme objet définitif, mais d’avoir justement le pouvoir d’élargir le regard de qui la contemple à toutes les autres images, comme autant d’icônes de la réalité. Je dois pouvoir ouvrir mon regard en reconnaissance de la réalité dans toute image. C’est peut-être un peu visionnaire et utopique de dire que cela résoudra beaucoup mieux le problème des chômeurs et du travail le jour où l’on s’occupera un peu mieux des artistes. J’offre un coucher de soleil comme un lever de soleil pris par mon fils David en Inde. Un coucher de millénaire est toujours un lever de millénaire suivant.

Lieu source :

Pour moi, le lieu magique par excellence, où passer au nouveau millénaire, c’est la fin de l’ancien. Et je crois, là encore, que l’un de nos problèmes majeurs c’est de quitter consciemment les lieux, avec en plus le secret espoir de trouver de la conscience toute prête dans le lieu suivant.

Moralité :

n’entrera véritablement dans le troisième millénaire que celui qui quittera consciemment le millénaire actuel. •

Livres :

À propos des livres à garder, je pense au vieil exemple védantique de Shankaracharya qui proposait pour se libérer de l’illusion, de prendre un autre morceau d’illusion pour s’en défaire. Et il donnait ceci comme exemple : quand vous vous êtes enfoncé une épine dans le pied, vous prenez une autre épine avec laquelle vous enlevez la première et quand c’est fait, vous jetez les deux. Et bien moi, je dirai à propos des livres, que le vrai bon livre est celui qui en annulant les autres, s’annule lui-même. Quand on a trouvé le bon livre, non seulement il a le pouvoir de nous libérer de tous les autres, mais lui-même devient inutile. Alors, si j’avais trouvé ce livre-là, je ne le garderais justement pas. Donc je n’en aurais aucun.

Films :

Sur les films, je répondrai par une métaphore : il nous appartient à nous d’être les monteurs des rushes du film de la vie. Je crois que c’est ce film-là qui est le plus intéressant. On devrait tellement être occupé au montage de nos propres rushes, donc être capable de relier toutes les scènes de notre vie pour y redonner sens, que c’est ce film-là qu’il serait intéressant d’emporter avec soi. Redonner sens au grand film dans lequel on est. En quelque sorte, le " réaliser "...

Musiques :

Je trouve que la plus belle que j’ai perçue est disponible en permanence, alors je n’ai pas à me préoccuper de la garder. Je souhaite simplement avoir le plus souvent possible la qualité d’écoute qui me permette d’entendre, quelles que soient les circonstances, la vraie musique du monde.

Trucs :

Par une grâce du Seigneur, il se trouve que ce que je sais de la méditation n’a jamais été et ne sera jamais le résultat d’aucun truc. Donc, tout ce que je peux souhaiter à celui qui lit ces lignes : qu’enfin, et une fois pour toutes, il se libère de tous les trucs.

Associations :

Je souhaite plus que tout garder ma femme près de moi ; elle a été la partenaire de la plus belle association que j’ai pu réaliser dans cette vie.

Internet :

Je proposerais de mettre un tiret entre Inter et Net et d’en faire un grand site, mais je l’écrirais comme " sitting " : s’asseoir et faire l’intérieur net.