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Cultures du monde

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XXIème siècle : les visions de 34 écrivains et philosophes



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Paule Salomon


(JPG) Fervente propagatrice du renouveau féminin, elle combat aussi inlassablement pour la réconciliation des sexes.

Je parlerai en termes de sensation et non de vérité rationnelle ou révélée. Un des moments importants de ma propre évolution a été de pouvoir formuler que les idées étaient des interprétations du monde et non des vérités absolues. Je ne cesse chaque jour d’intégrer à quel point ce que je vois, ce que j’entends, ce que je perçois de manière générale est le reflet de ce que je suis. En ce sens, j’ai conscience de regarder le monde à travers une vitre plus ou moins encombrée des scories de mon histoire personnelle, des besoins de ma psyché en positif comme en négatif, des dramatisations de mes cauchemars ou des enjolivures de mes rêves. Pour nettoyer cette vitre, je m’efforce de développer une conscience-témoin plus tranquille capable d’accepter ce qui est là, de me rendre présente à ce qui est là. J’adopte une ouverture qui me facilite un regard plus lavé de jugement.

Au-delà du bon et du mauvais, du bien et du mal, il y a, me semble-t-il, un troisième terme qui rend le coeur content, l’esprit libre et créatif et les relations pétillantes parce que pleines d’espaces à vivre. Nous sommes à nous-mêmes une profondeur de mystère, nous sommes uniques et en même temps nous partageons avec d’autres un parcours d’humanité, nous ne cessons de nous faire écho les uns aux autres, nos témoignages agissent comme des allumettes qui permettraient que le feu et la lumière s’allument ici et là. Une immense contamination d’éveil est en route et se popularise par des livres, des films, des chansons, des musiques.

Il ne s’agit plus de se rallier derrière un corps de doctrines,de croyances, d’adhérer à un groupe religieux ou éthique, mais d’adhérer à un corps de pratiques pour rester en contact avec sa blessure et continuer de développer sa capacité à danser intérieurement dans la lumière. Nous tentons d’être les créateurs et les artistes de notre vie, et non plus ces figures coupables et victimes cherchant des boucs émissaires, traînant un poids d’accusation sur l’autre et sur soi. Le grand passage, le retournement de l’être, se joue dans cette sortie, au-delà du maître et de l’esclave, la création d’un troisième terme, l’être unifié. Car chacun veut guérir des blessures de son passé et des limitations de son expression pour parvenir à exister et à aimer de manière plus ouverte. Collectivement, nous sommes en train d’inventer en Occident une pratique de mise en œuvre de la conscience. Apparemment, beaucoup s’appuient sur des traditions, mais il me semble qu’en réalité chacun s’autorise à réinterpréter dans son creuset personnel la vérité qui prend appui sur l’antériorité. Et il y a un point sur lequel tout le monde s’accorde, même si la culture dominante continue de ressasser des idées toutes faites ; les belles idées des intellectuels, les théories, montrent vite leurs limites quand elles ne sont pas vécues.

Dire ce qu’on fait et faire ce qu’on dit devient une exigence dans le dévoilement de la conscience. Dans notre histoire d’humanité, l’esclavage extérieur est une pratique en régression, même s’il y en a encore trop, et l’esclavage intérieur commence à être débusqué. En ce sens, j’ai une vision très optimiste du sens de l’histoire, car malgré des convulsions, des réactions, des tentatives renouvelées d’accaparement des biens et des esprits par quelques-uns au détriment du grand nombre, malgré les tueries, les violences, la conscience et le désir de paix gagnent du terrain. Le langage de la destruction de l’autre et de soi porte bien des fascinations, ne serait-ce que parce qu’il semble une réponse à nos angoisses et à nos peurs, mais le plaisir de l’affirmation de soi de manière créative, le plaisir du partage et de l’amour sont des nectars incomparables dès qu’on les a goûtés. Ce monde ne peut se rééquilibrer sans une parole inspirée par le féminin. Les femmes ont besoin de reprendre confiance dans leur corps de femme et de laisser surgir l’originalité de leur source.

De leur côté, les hommes s’affaiblissent par cette anima qui leur arrive d’un modèle de femme engloutie dans le patriarcat. Ils ont aussi besoin les uns des autres pour faire émerger un modèle d’homme conscient et aimant pour se déculpabiliser des grossièretés du guerrier, oser leur force dans la douceur alliée. Tout n’est pas gagné dans cette émergence, et pendant plusieurs décennies des couples rejoueront le dominant dominé, la guerre des sexes s’alimentera d’actions et de réactions, chacun durcissant ses positions, mais bon an, mal an, chacun intégrant davantage de masculin et de féminin, chacun s’équilibrant dans son androgynat, l’homme et la femme découvriront une possibilité de vivre la rencontre dans une confiance en soi et en l’autre qui n’avait jamais été atteinte du moins par le grand nombre. La difficulté sur laquelle se porte mon attention en ce moment dans l’évolution, c’est l’emprise des valeurs masculines dans le monde et à l’intérieur de chacun. Même parmi ceux qui ont des convictions sur la valeur de la vie intérieure, de la contemplation, de l’aide aux autres, le rythme trépidant de la survie moderne entretient une destruction permanente de l’arrondi de l’espace. Faire, trop faire et faire trop vite, pressé, menacé de ne pas gagner assez, menacé de perdre son temps, menacé de ne pas jouir de tout ce qui est disponible, courir, répondre au téléphone, travailler, créer, s’occuper des enfants, s’occuper des malades, des plus vieux, vivre pour soi, tous ces impératifs se catapultent. Pour le dire encore autrement, en chacun de nous, hommes ou femmes, le masculin de l’existence tyrannise le féminin de l’existence, l’asservit à son profit.

On parle de réduire le temps de travail, d’augmenter les loisirs, mais la vie quotidienne se complexifie au détriment des temps de repos, de réflexion, de contemplation, d’échange et d’amour. Quand serons-nous, comme les dauphins, de merveilleux joueurs consacrant l’essentiel de leurs temps aux activités ludiques ?

Livres, musiques, techniques, associations :

Rien ne m’intéresse autant aujourd’hui que les relations humaines, la qualité des instants partagés, ou ma solitude dans la nature. Je remercie les livres, les musiques, les films, les techniques, Internet, etc., d’exister et je suis le papillon qui butine et fait son miel au gré de l’instant.

(JPG)
Mon icône : Cette image de Michel Roudnitska symbolise bien l’alliance du féminin et du masculin.