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Ancien kiné-ostéopathe, ami et protecteur de Gitta Mallasz à la fin de sa vie, il est à l’origine de tout un mouvement de développement personnel, indirectement inspiré des Dialogues avec l’Ange. Dernier ouvrage paru : Allo mon corps ? Fondement de la psychanalyse corporelle, éd. Editas

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Bernard Montaud

L’art de la question


Il arriva qu’un jour... Jacques se trouva fort dépourvu devant les assauts répétés de la vie. Tout, vraiment tout allait de mal en pis ! C’était une de ces périodes où tout s’y met pour vous harceler nerveusement : les robinets avec leur goutte-à-goutte, la chasse d’eau des W.-C. qui fuit... jusqu’à votre ami d’enfance qui vous balance soudain tout ce qu’il a sur le coeur depuis vingt ans... Dans un quotidien soudain devenu si étrange Jacques n’en pouvait plus. Bien sûr, il avait appelé César à son secours, César le conseiller "S. spiritoualité", comme il aimait à s’appeler lui-même ! Mais le vieil homme avait fait le sourd, et Jacques ne comprenait pas ce désintérêt soudain pour ses problèmes.

Un soir, au téléphone, César se manifesta enfin dans une courte mais cinglante remise en ordre : « Sais-tu, mon vieux, lire le menu ce n’est pas manger le repas. Eh bien, c’est la même chose pour la vie intérieure, on peut parler sans cesse d’un chemin de transformation et ne l’avoir jamais commencé ! Tout commence dans les questions qu’il faut se poser et les questions à ne pas se poser... » Jacques se sentait abandonné par César. Comment en était-il arrivé là ? Mille questions tournaient dans sa tête. Il décida de noter avec soin toutes ses souffrances en les formulant le mieux possible et, en préparation de sa visite à César, il les hiérarchisa. Sur la route de Sauveterre, il s’entraîna à poser ses questions gravissimes au vieil homme, sentant qu’il lui fallait condenser ses demandes s’il ne voulait pas se faire remballer vertement, et trouver une bonne question avec un petit supplément de douleur pour attirer son attention. Jacques en était à se demander si César n’allait pas éclater de rire devant ses efforts ridicules quand il s’aperçut qu’il était arrivé. Il sortit de la voiture tel un automate, affairé à trouver de toute urgence une vraie bonne question à poser. César était là sur le pas de sa porte, un sourire d’indulgence aux lèvres :

- Alors mon Jacques, lança-t-il, quels nuages t’amènent cette fois-ci ?

Et Jacques se mit à bredouiller ses questions, l’une contredite par l’autre.

Il s’enlisa très vite dans un bavardage creux qui tentait vainement de passer pour essentiel... l’horreur ! César prit Jacques par l’épaule et l’invita à entrer. Il chercha deux verres, avec la lenteur de ceux qui savent vivre l’instant présent. Il s’assit, versa dans leurs verres de la Verveine du Velay et murmura, dans un pli du silence :

- Tu sais, mon vieux, quand un homme a dix questions, c’est qu’en vérité il n’en a aucune ! Car pour en avoir une, une vraie, c’est tout un art ! Il faut d’abord en avoir dix tièdes, qui vont devenir cinq chaudes, pour qu’enfin deux brûlantes te fassent trouver LA question insoutenable qui infailliblement attirera la réponse au fond de toi-même.

Là, à cette table, aidé de quelques verres de Verveine, il conduisit Jacques jusqu’au bord de la zone rouge où les questions sont si sincères qu’elles attirent infailliblement les réponses, comme des évidences.

Enfin, très satisfait du voyage, il ajouta : « Tu sais, mon Jacques, celui qui connaît l’art de la vraie question n’a besoin de personne pour répondre à ses questions. Au fond de chacun de nous sommeille ce qui pourrait répondre sans concession, si on lui posait la bonne question ! »


© Bernard Montaud

Bernard Montaud répond à ses lecteurs sur le site des éditions Editas : www.editas.fr