Nouvelles Clés    
PUBLICITE
boutique en ligne
Nouvelles Clés : La revue qui donne du souffle à vos idées
  • Une revue en kiosque ÷
  • Des livres  ÷
  • Un club ÷
  • Des ressources en ligne ÷
  • Une boutique    
    Accueil > La revue en ligne
  • > Dossiers thématiques
  • > Psychologies
  • > Sommes nous responsables de tout ?
fin du menu

En kiosque

TROUVER LA REVUE PRES DE CHEZ VOUS

Boutique en ligne
Abonnements
Anciens numéros
Offres spéciales
Téléchargement


paiement sécurisé


   Sondage en cours
Pour vous, les apéros Facebook sont :
87 votes 8.2%
Des exemples d'intelligence collective
185 votes 17.5%
Des provocations inutiles
209 votes 19.7%
Un jeu intéressant mais dangereux
113 votes 10.7%
Une invitation à se responsabiliser
76 votes 7.2%
Un processus irréversible quoiqu'on fasse
263 votes 24.8%
Rien de neuf sous le soleil
126 votes 11.9%
Autre réponse
1059 votes


   S'abonner au Flux Rss
      Flux RSS

   Groupe Facebook
           Facebook

Psychologies

Sommaire du dossier :
Sommes nous responsables de tout ?

Tous les articles de ce dossier

  • Névrose chrétienne et religiosité freudienne
    Entretien avec la psychanalyste Marie Romanens
  • Accompagner le grandir
    Par Yvan Amar
  • La légende personnelle
    Rencontre avec Paulo Coelho, propos recueillis par Jérôme Bourgine
  • Resacraliser notre vision...
    Entretien avec Matthew Fox, propos recueillis par Patrice van Eersel


 Dans le même thème



 Autres thèmes


ou Retour au sommaire des dossiers


Partenaires - Annonceurs





afficher version imprimable Imprimer l'article

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)




La légende personnelle

Rencontre avec Paulo Coelho, propos recueillis par Jérôme Bourgine

Traduit en vingt-deux langues, distribué dans quarante-cinq pays, vendu à plus cinq millions d’exemplaires dans le monde, L’Alchimiste est un livre culte à ranger aux côtés de Jonathan Livinstone le goéland et du Prophète. Qualifié par ses plus fervents supporters de “livre de chevet de l’humanité”.

Rencontre avec son auteur, le Brésilien Paulo Coelho.


(JPG)
Paulo Coelho - DR.

Nouvelles Clés : L’Alchimiste est dédié “à J. qui connaît et utilise les secrets du Grand Œuvre”...

Paulo Coelho : J. est mon maître. Bien que ce mot ne me plaise pas beaucoup.

C’est un Français : Jean. Un alchimiste qui vit à Amsterdam où il dirige une firme internationale. Car il n’y a pas de séparation entre la vie quotidienne et la vie spirituelle. Elles sont une seule et même chose. L’alchimie est la projection dans le monde matériel de tous les concepts spirituels. Pas uniquement un travail de laboratoire, mais également cette alchimie intérieure, personnelle, dont le laboratoire devient alors notre vie elle-même. Si nous sommes fidèles à ce que j’appelle la “ Légende Personnelle ”, le monde entier change et les choses que nous touchons se changent également en or philosophal. Un or différent, naturellement, de l’or matériel.

N. C. : Qu’est-ce que la “Légende Personnelle” d’un individu ?

P. C. : Dans L’Alchimiste, j’ai essayé de donner les quatre clés fondamentales de cet art. La première est livrée par les Signes. Dans le grand livre de la nature, l’histoire de chacun de nous est inscrite. Les signes sont des passages que nous en déchiffrons. La seconde clé, c’est l’Âme du Monde, ce grand livre justement dans lequel sont écrites nos histoires. Chacune de nos actions sur terre a une correspondance dans cette Âme du Monde. C’est une relation très claire, spirituellement écologique, dans laquelle chacun de nos agissements a un effet sur l’ensemble du processus humain. Exactement comme dans l’écosystème terrestre. La troisième clé, c’est la Légende Personnelle. Nous avons chacun une chose à faire ici bas. Pas deux ni trois... Une seule ! C’est cela, la Légende Personnelle.

La quatrième clé, enfin, c’est le Langage du Cœur. Accomplir sa Légende Personnelle, c’est harmoniser la voix de la raison - qui a son utilité - avec cette voix du cœur qui se manifeste à nous par les sentiments et l’intuition. Ce ne sont pas là choses concrètes ? Allons donc ! Qu’y a-t-il de plus réel dans notre vie que ce que nous ressentons ?..

Ces quatre clés sont à notre vie ce que les quatre principes fondamentaux sont à l’alchimie de laboratoire. Il ne s’agit plus là d’ésotérisme, mais d’une Loi commune d’évolution qui vaut pour tous et est accessible à TOUS. Si la seule issue actuelle pour l’humanité est de changer, ce changement s’opère toujours de façon individuelle, par une alchimie de cette nature.

N. C. : Il n’existerait donc, selon vous, pour chacun d’entre nous, qu’une seule voie possible, une unique Légende Personnelle ?

P. C. : Une seule, oui. Si vous écoutez votre cœur, vous savez précisément ce que vous avez à faire sur terre. Enfant, nous avons tous su. Mais parce que nous avons peur d’être désappointé, peur de ne pas réussir à réaliser notre rêve, nous n’écoutons plus notre cœur. Ceci dit, il est normal de nous éloigner à un moment ou à un autre de notre Légende Personnelle. Ce n’est pas grave car, à plusieurs reprises, la vie nous donne la possibilité de recoller à cette trajectoire idéale.

Moi-même, j’ai essayé de nombreuses fois d’être quelqu’un de complètement différent de Paulo Coelho l’écrivain. Parce que j’avais peur. Tous mes rêves d’enfant, je les plaçais dans la magie et l’écriture, la magie de l’écriture, la magie dans l’écriture. Mais j’avais peur. Il me paraissait fou de vouloir arriver à vivre de mon écriture dans un pays qui doit compter moins de librairies que la seule ville de Paris. Ce que me rappelait sans cesse ma mère : “Mon fils, au Brésil, on ne peut pas vivre de sa plume si on ne s’appelle pas Jorge Amado”. Ma peur m’a poussé à faire mille autres choses. Comme journaliste, directeur dans une maison de disques, etc. Pourtant, j’ai fini par entendre puis par écouter le Langage du cœur. Alors, j’ai pu reconnaître les signes, j’ai repris contact avec l’Âme du Monde et j’ai finalement rejoint ma Légende Personnelle.

N. C. : Mais tous ceux qui ne savent pas qu’elle est leur Légende Personnelle ?

P. C. : Nous le savons tous. Ou du moins, nous l’avons su. Même si nous nous sommes écartés de notre rêve au sortir de l’adolescence parce que nous avons cru qu’il ne résistait pas à ce que nous découvrions alors : ce que l’on appelle les “ dures réalités de la vie ”. Et même ce que vous vivez alors ; ces épreuves, cette dureté sont comme la pierre qui aiguise le fil de votre épée. La vie vous apporte les combats nécessaires pour avoir la maturité d’assumer plus tard de manière responsable votre destin, d’utiliser avec profit votre trésor.

À vingt ans, j’écrivais des paroles de chanson et ça marchait bien, mais j’ai quand même fait des études de droit, acquis une situation, acheté une maison, épousé une femme comme il faut. Et j’étais... très malheureux !

N. C. : Comment avez-vous rejoint votre Légende Personnelle ?

P. C. : Un soir, je dînais avec ma femme, il devait être neuf heures et j’avais trente-trois ans.

“Il faut que j’arrête mon travail à la maison de disques, lui ai-je déclaré au milieu du repas. - À cette heure-ci les bureaux sont fermés”, me répondit ma femme.

Je savais qu’il fallait agir tout de suite afin d’empêcher toute reculade. Je réfléchis qu’au même moment mon patron devait se trouver dans son académie d’arts martiaux. Je m’y rendis et attendis la fin de la leçon. Je me suis avancé vers lui et lui ai annoncé : “ Je veux démissionner. - Parfait ”, me répondit-il simplement. C’était un homme intelligent. Il me connaissait assez pour avoir constaté que je n’étais pas heureux dans cette vie-là. En sortant de là, je n’en revenais pas : j’avais changé de vie ! Je n’avais pas la moindre idée de la façon dont j’irais de l’avant, vers l’écriture, mais je savais que je ne reviendrais plus en arrière.

Avec ma femme, nous avions mis de côté de quoi vivre environ un an sans travailler. Nous nous envolâmes pour l’Europe. Après quatre ou cinq mois de voyage, j’ai rencontré Jean, en Hollande. Il commença de m’enseigner les principes de l’alchimie spirituelle. Parallèlement, comme je n’avais pas encore le courage d’écrire mes propres livres - ou n’étais-je pas prêt ? -, j’ai monté une petite maison d’édition et publié ceux des autres : poésies, romans.

Tout au long cette période, j’ai sérieusement commencé à appliquer les principes de base mis en scène dans L’Alchimiste : Légende Personnelle, attention prêtée aux signes, etc. Mais tout cela appliqué à la gestion de la maison d’édition plus qu’à moi. Et de fait, elle marchait très bien.

N. C. : Étiez-vous toujours en contact avec votre “maître” ?

P. C. : Constant. Il m’a prodigué son enseignement durant sept ans. Nous communiquions par téléphone, fax et... (il rit)

N. C. : Et ?...

P. C. : ... par le voyage astral. (Il rit de nouveau). Ce n’est pas toujours évident, mais c’est très pratique lorsque l’on est séparé par des milliers de kilomètres. Donc, j’étais installé dans cette nouvelle vie, bien confortable et de nouveau, la certitude que je ne réalisais pas ma Légende Personnelle s’est installée en moi. Au même moment, Jean m’a demandé de stopper la maison d’édition et la fraternité ésotérique que je fréquentais. Il m’a conseillé d’accomplir le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Je me suis exécuté et là, tout s’est déroulé en sorte que je vérifiai au fil de cette quête, des rencontres et jusque dans les conversations de café auxquelles nous prenions part, que les principes spirituels les plus élevés n’étaient pas le lot d’une élite savante mais qu’ils étaient actifs dans le moindre événement de la vie quotidienne et qu’ils entretenaient avec chacun d’entre nous un dialogue constant.

N. C. : Et vous avez écrit L’Alchimiste...

P. C. : En 1988, oui. Mais il y eut d’abord un premier livre : Le journal d’un Mage inspiré de ce pèlerinage. Dans ma vie, j’avais écrit des articles, des critiques, des chansons, des communiqués de presse et des plaidoiries - tout, en fait, sauf des livres. Là, j’écrivais vraiment. Il s’est vendu trois mille exemplaires du Journal d’un Mage (non encore traduit en français). Suffisamment pour que je puisse me dire : ça y est, des gens te lisent. Tu es un écrivain. C’est dans cet état d’esprit que j’ai écrit L’Alchimiste... En dix jours. Il m’attendait dans l’Âme du Monde. Je me suis contenté de me brancher là-haut et de le laisser couler sur le papier. Un flot ininterrompu. Il s’en est vendu mille ; un peu moins, même. L’éditeur m’a fait savoir qu’il souhaitait voir notre collaboration s’arrêter là. Comme je croyais vraiment à cette histoire, j’ai cherché quel était le plus grand éditeur de Rio et je suis allé le trouver avec mes deux livres. Il a marché pour le premier mais n’a pas voulu entendre parler de L’Alchimiste. J’ai finalement réussi à le convaincre, et dès sa parution, sans aucune publicité, le livre a été pris dans une spirale de bouche à oreille jusqu’à parvenir à un seuil auquel les ventes ont explosé, il s’en vendait des milliers chaque jour...

N. C. : Jusqu’à dépasser les deux millions d’exemplaires, ce qui en fait le livre le plus vendu au Brésil de tous les temps. Un immense succès donc. Avec sa rançon : dans la presse française, on a accusé L’Alchimiste de “transformer ses lecteurs en moutons” et d’être du "prêt-à-penser New-Age”. Que vous inspirent ces critiques ?

P. C. : Dans une culture qui a érigé la Raison en Dieu, vouloir rendre sa place au magique vous expose forcément à une réaction violente. Que répondre sinon que celui qui se met en quête de sa Légende Personnelle s’aperçoit vite qu’il n’a pas effectué un choix confortable. Cette prise de conscience crée plus de problèmes qu’elle n’en résout... Au moins dans un premier temps.

N. C. : D’autres se disent désappointés, voire déçus, que le trésor découvert par le personnage de L’Alchimiste au terme de sa quête soit un trésor bien matériel, fait de pièces d’or.

P. C. : J’y ai beaucoup pensé. En fait, quand il touche au but, Santiago est déjà au-delà du matériel. Il a fait sa part de chemin. Généralement, à ce moment-là, le spirituel s’incarne dans le concret ; il se manifeste matériellement dans votre vie. C’est cet aspect que j’ai finalement choisi de privilégier.

N. C. : Pourquoi avoir choisi l’Islam et le désert comme cadre à la quête initiatique de ce jeune berger ?

P. C. : Plutôt que le Brésil, par exemple ? Je ne sais pas. Peut-être parce que tout est parti de onze lignes trouvées dans Les mille et une nuits. Un vague alchimiste y rêve d’un trésor caché. Peut-être parce que le désert convenait parfaitement à mon but : aller à l’essentiel en peu de mots. J’ai écrit des chansons pendant des années - quel hasard ! - et le principe en était le même : avec une économie extrême de moyens, raconter une véritable histoire.

Et puis, j’aime vraiment le désert.

N. C. : Vous y auriez connu une tentation semblable à celle de saint Antoine...

P. C. : (dès qu’il a cessé de s’étouffer de rire) : Non, pas de tentation ! Je me suis retiré avec ma femme durant quarante jours dans le désert de Morave, aux États-Unis, c’est vrai. C’était bien avant la grande vogue des anges, au tout début de mon changement de vie. Je cherchais à établir le contact avec mon Ange gardien. En fait, c’est d’abord ma femme qui a vécu quelque chose de très fort. Le trente-huitième jour, j’en étais à me résigner à ce que “ça ne marche pas” quand j’ai ressenti une présence très intense venir à moi. Et j’ai eu une révélation véritable. Cette présence fait désormais partie de mon quotidien. C’est beaucoup plus simple... après. Il suffit d’écouter et de laisser l’Ange travailler en soi.

N. C. : L’Ange serait cette fameuse voix du Cœur dont il est question dans L’Alchimiste ?

P. C. : Non, l’Ange est Autre encore. La voix du Cœur nous appartient en propre, même si elle provient de ce lieu qui nous est commun à tous, Dieu, l’Ange, vous et moi, le lieu que j’appelle l’Âme du Monde.

N. C. : Et le Maître Intérieur dans tout ça ?

P. C. : Cette idée de Maître intérieur ne me séduit guère. Je ne crois pas beaucoup au Maître tout court. Si le Maître est présent, c’est en toute chose, non en telle ou telle personne plus ou moins emplie de savoir. Jean, par exemple est davantage un ami qu’un Maître dans l’acceptation traditionnelle du terme. Le vrai Maître, c’est la vie : le feu rouge qui passe au vert au moment où j’envisage telle chose, ce musicien qui s’arrête à la terrasse du café où nous sommes pour jouer, votre pull-over oublié à une autre table quand vous m’attendiez et qu’un inconnu vous rapporte au moment où le soleil se cache...

N. C. : Et L’Alchimiste “made in Hollywood”, ça ne vous fait pas peur ?

P. C. : Si, un peu. Mais quand j’ai manifesté mon souhait de travailler sur l’adaptation, ils m’ont répondu : “Ok, vous restez deux ans avec nous ; bureau 25”. J’ai pris mes jambes à mon cou.

N. C. : Au final, que vous aura apporté la notoriété ?

P. C. : Une responsabilité plus large ; et surtout la possibilité de multiplier les rencontres qui sont, je le crois, les vraies portes d’accès au Mystère de la Vie. Hier, par exemple, je donnai une conférence à Toulouse. Une femme que je sentais très forte se tenait au fond de la salle. À la fin, elle est venue me trouver pour me convier à une soirée de danses occitanes traditionnelles qu’elle organisait avec des amis. Ce fut un moment magique.

N. C. : Quelle est selon vous la Légende Personnelle de l’Humanité ?

P. C. : La communion totale avec Dieu. Le retour de toutes choses à l’Unité.

N. C. : Que vous racontent les Signes, de ce côté ?

P. C. : Je les vois très favorables. Il y a certes le spectacle d’un monde déchiré. Mais l’homme a tendance à toujours voir le présent comme la pire des époques. Il n’y a pas plus d’horreurs qu’avant. Nous en sommes simplement plus conscients. Et nous sommes de plus en plus nombreux à en être plus conscients. L’Apocalypse est perpétuelle car elle est individuelle. Le vrai signe encourageant réside dans cette révolution intérieure individuelle qui s’affirme en un nombre croissant de personnes. C’est comme dans ces réactions chimiques qu’on faisait au lycée : vous ajoutez goutte après goutte et vous avez l’impression que rien ne change dans la masse du liquide. Et puis une Nième goutte se dissout et tout bascule soudain...

N. C. : Votre prochaine goutte s’intitule Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j’ai pleuré. De quelle alchimie s’agit-il cette fois ?

P. C. : C’est une histoire d’amour entre deux êtres. La femme est une businesswoman, un personnage qui porte en elle une forte part masculine ; lui, au contraire, a un pôle féminin développé. C’est un séminariste à la recherche d’un miracle. Au-dessus de tout cela, il y a la présence de la Vierge. Le vrai sujet du livre est là : dans la part féminine de Dieu, faite de réceptivité et de compassion. Dieu est Lui et Elle à la fois. Une vérité trop oubliée par la tradition chrétienne. Moi, je trouve que c’est un livre très catholique, comme je le suis, mais l’Église n’est pas tout à fait d’accord (rires). Si l’Église reconnaît bien la Vierge, c’est hors de la Trinité. Je suis certain que dans le siècle à venir elle réintégrera ce côté féminin, cette déesse-mère vénérée depuis la nuit des temps. Dans l’aventure spirituelle, celui qui se met en quête agit, c’est sa part masculine. Son état d’esprit, lui, doit être de réceptivité. C’est la partie féminine.

N. C. : L’histoire se passe en France, à Saint-Savin, non loin de Lourdes où, dites-vous, “réside une part de [votre] cœur” et dont vous boiriez, dit-on, une goutte d’eau chaque jour ?

P. C. : C’est un rituel très personnel. Je bois en effet une goutte d’eau de Lourdes chaque jour depuis quinze ans. De même que je prie tous les jours. Un moment de communion fort avec Dieu ; une manière de ramener le divin dans le quotidien et de l’y ancrer. Pour ce qui est du roman, la France compte beaucoup dans ma vie. J’ai vécu à Lourdes une révélation très forte. Elle est indicible parce que toute personnelle, mais je ne suis pas le seul. Je pense vraiment qu’il existe des endroits plus propices que d’autres à ces prises de conscience “magiques”. Des endroits associés à l’eau. Non loin de là, sur le mont de Gez, j’ai vécu une autre aventure inoubliable. J’étais parti à la recherche d’une chapelle entraperçue sur une carte postale, pour ce qui devait être une anodine promenade matinale. Et je me suis égaré, complètement. J’ai marché, marché, des heures durant, sans rencontrer un seul être humain ni rien de civilisé. L’idée que jamais je ne retrouverais mon chemin et que j’allais mourir ici m’a envahi, jusqu’à devenir une certitude. D’un côté je me disais que c’était terriblement romantique pour l’auteur de L’Alchimiste de mourir ainsi, mais je n’en menais pas large. Car j’ai réellement été confronté à ma propre mort. Je l’ai crue possible, probable, imminente. Je fus terrorisé et dans le même temps, je baignai dans une sorte d’extase. À y regarder de plus près, cette mort ne se présentait pas du tout à moi comme dans les films d’horreur ; c’était... tout autre chose. Et puis j’ai fini par trouver une route. J’en retiens la nécessité d’avoir toujours sa mort présente à l’esprit. Une utile leçon.

N. C. : Avant cette mort, y aura-t-il une suite à L’Alchimiste ?

P. C. : (nouveaux rires) : Jamais !

A lire de Paulo Coelho :

-  L’Achimiste, éd. Anne Carrière
-  Véronika décide de mourir, éd. Anne Carrière
-  Le demon et Mademoiselle Prym, éd. Anne Carrière
-  Comme le fleuve qui coule, éd Flammarion 
-  Le Zahir, éd Flammarion



  •  Haut de page 
  • afficher version imprimable Imprimer l'article
  • Accueil ÷
  • Plan du site ÷
  • Contacts ÷
  • Abonnements - Offres ÷
  • Infos légales ÷
  • Boutique en ligne