En kiosque

TROUVER LA REVUE PRES DE CHEZ VOUS

Boutique en ligne
Abonnements
Anciens numéros
Offres spéciales
Téléchargement


paiement sécurisé


   Sondage en cours
Pour vous, les apéros Facebook sont :
87 votes 8.2%
Des exemples d'intelligence collective
185 votes 17.5%
Des provocations inutiles
209 votes 19.7%
Un jeu intéressant mais dangereux
113 votes 10.7%
Une invitation à se responsabiliser
76 votes 7.2%
Un processus irréversible quoiqu'on fasse
263 votes 24.8%
Rien de neuf sous le soleil
126 votes 11.9%
Autre réponse
1059 votes


   S'abonner au Flux Rss
      Flux RSS

   Groupe Facebook
           Facebook

Cultures du monde

Sommaire du dossier :
L’explosion des « médias citoyens »

Tous les articles de ce dossier



 Dans le même thème



 Autres thèmes


ou Retour au sommaire des dossiers


Partenaires - Annonceurs





afficher version imprimable Imprimer l'article

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)




Sur internet, je vois de la compassion en ligne

Entretien avec Jean-François Noubel

À 42 ans, Jean-François Noubel a déjà vécu plusieurs vies. Cet ancien cascadeur et alpiniste a connu une bourlingue d’aventurier, avant de devenir coach d’un réseau d’entreprises américaines, représentatives du mouvement des Créatifs Culturels, concept inventé par son ami, le sociologue Paul Ray. Selon ce dernier, un quart des Occidentaux auraient déjà suffisamment muté pour dessiner l’épure d’une humanité nouvelle. Et Jean-François renchérit : « On pourrait même dire qu’il s’agit d’une humanité compassionnelle. Regardez bien : mieux que de l’information, le net véhicule de la sagesse ! »

Vous pouvez retrouver Jean-François Noubel sur www.thetransitioner.org et sur www.angenius.org


(JPG)
Jean-François Noubel - DR.

Nouvelles Clés : Selon beaucoup d’observateurs, l’humanité va très mal et fiche la biosphère en l’air. Certains se disent que le mal vient peut-être de l’évolution trop rapide de notre néocortex, relié par des passerelles trop minces aux cerveaux archaïques. Nous vivons peut-être dans un Village global, mais envahi par une nouvelle peste ! Que répondre aux voies pessimistes ?

Jean-François Noubel : Nul ne peut nier que le vivant soit disruptif : ce n’est pas une courbe linéaire, ni toujours ascendante, et elle a ses effondrements. Par contre, je ne peux m’empêcher de croire à la seule chose qui m’intéresse : la conscience - qui émerge, qui se déploie, qui se retourne vers elle-même, etc. Imaginer qu’elle soit exclusivement humaine serait naïf. Je vois l’univers comme une conscience en train de se réaliser, pulsant du un vers le multiple et du multiple vers le un. À la limite, croire à la conscience n’est pas contradictoire avec un effondrement momentané de l’humanité.

N.C. : Votre cosmogonie rejoint un certain bouddhisme...

J-F.N. : C’est une expérience, pas une construction mentale. Faire son expérience des profondeurs de la conscience est essentiel, même si ça n’est pas rationalisable. Seuls les gens qui font cette expérience réalisent qu’il y a une évolution qui nous transcende - en réalité, c’est accessible absolument à tout le monde. Bien sûr, si l’on en reste au paradigme présent et si l’on continue à regarder le monde avec les yeux du passé, il suffit d’extrapoler les courbes actuelles pour voir que l’aventure humaine se casse la figure très prochainement. Seulement, la conscience a plus d’un tour dans son sac ! Quand elle arrive à une impasse, elle peut être rapide, violente... et nous amener à un nouvel état du monde, à un niveau de réalité inimaginable jusque-là. Le poisson pouvait-il imaginer que la vie sortirait de l’eau ?

La mutation est vérifiable à l’échelle microcosmique de l’existence individuelle. Quand un grand accident nous arrive et que nous nous heurtons à une « fin du monde » - parfois littérale, on peut être en phase finale d’une maladie, ou dans une grave dépression et avoir envie de se tuer -, que se passe-t-il ? Parfois c’est vraiment la fin. Mais d’autres fois, on se retrouve soudain intégré à un nouveau niveau de réalité, d’où, regardant rétrospectivement le passé, on se dira qu’on a transcendé la réalité de façon inimaginable. Une réalité de niveau supérieur a émergé. C’est ce qui me semble être en train de se produire aujourd’hui dans l’humanité. Cela va-t-il réussir ? Je n’en sais rien. Mais le phénomène est en marche, je le constate.

N.C. : De quoi parlez-vous ?

J-F.N. : Deux axes m’intéressent. Le premier consiste à observer comment la société se réorganise, ici et là, pour dépasser les limites des écosystèmes sociaux existants, poussée par une intelligence collective prodigieuse. Le second revient à regarder ce qui se passe dans ma propre conscience, dans la méditation - ce qui est évidemment plus difficile à partager, excepté avec des gens qui font la même expérience et avec lesquels j’ai parfois la chance de pouvoir travailler.

Sur le premier axe, l’essentiel est que l’on trouve aujourd’hui une forme sociale qui n’existait pas il y a quinze ans et n’avait jamais existé avant : la société civile s’est accaparé le cyberespace (internet, blogosphère, wikisphère, etc), utilisant avec maestria des outils hyperpuissants qui permettent de gérer la complexité, de faire du brainstorm collectif, de résoudre des conflits, de lancer des projets, de tisser des liens simultanés, d’échanger des savoirs, de construire une mémoire collective... bref, de dépasser tout ce qui jusqu’ici rendait l’autogestion impossible et reléguait les nouvelles utopies aux calendes grecques. Jusque-là la complexité était telle, qu’on était toujours obligé d’en revenir à l’écosystème social du vieux monde, composé à 99% d’organisations à structure pyramidale, fonctionnant sur la division du travail (et donc de l’information), sur l’autorité hiérarchique et sur la rareté. Ce vieux système a montré ses limites. Et que voit-on ? Poussée à ses limites extrêmes, la logique du vivant s’invente de nouvelles formes. Personne ne l’a prémédité. Elles émergent. C’est tout nouveau, ça n’a que quelques années et ça réunit déjà, de par le monde, des centaines de millions de personnes, qui échangent des savoirs, coordonnent des projets, partagent des visions, montent des choses ensemble...

N.C. : Les Français ne sont pas en retard : un sur dix a ouvert un blog !

J-F.N. : La véritable force politique en France, aujourd’hui, n’est pas dans les institutions, mais dans toute cette jeunesse, qui participe notamment au monde du logiciel libre. Le logiciel libre est un principe économique beaucoup plus puissant que l’économie de la rareté que nous avons connue jusqu’à présent. Il est riche d’un énorme activisme social. Derrière ces nouvelles technologies, ces wiki, ces blogs et tout ce qui est en train d’émerger, se profile tout un projet de société. Le réseau régule les espaces collectifs avec l’ensemble des possibilités et l’ensemble des interdictions. Et cet espace collectif, chacun peut se l’accaparer et le faire évoluer, puisqu’il est dans le domaine du libre. Quant à l’organisation pyramidale, contrôlée par une minorité, elle est désormais en pleine panique, tant la complexité du monde la dépasse. C’est pourquoi les grandes organisations sont si paumées...

Je pense que voyons à l’œuvre une sorte de darwinisme social, au sens positif du terme.

Le darwinisme, c’est : création puis sélection - il ne faut jamais oublier qu’avant la sélection, il y a création. Or, ça, c’est quelque chose qu’avec des yeux classiques, on ne peut pas voir. Les yeux de l’économie de masse et du « un vers tous » ne peuvent ni voir ni comprendre le modèle de l’économie distribuée : le « tous vers tous ». Ils n’ont pas les outils. Ils ne savent rapporter que l’exception et la rareté, et restent donc dans leurs impasses. Quand c’est l’échange de connaissance qui devient locomotive, il n’y a plus rareté. En très bref, la sagesse est distribuée partout, comme l’énergie ! Tel est le nouveau paradigme, qui transcende et inclut les seuils de tous les modèles précédents. Avec mon ami Paul Ray, l’inventeur du concept de Créatifs Culturels, nous travaillons sur l’émergence de la « wisdom society », où la sagesse est quelque chose qui transcende et inclut le mental. Ce qui nous amène à un nouvel espace, qui, lui aussi, trouvera ses limites et ses problèmes, mais ces problèmes ne seront plus du tout de même nature que ceux que nous connaissons aujourd’hui.

Voilà donc ce qui m’intéresse. Cela fait un bien fou de constater que les Français y croient. Parce qu’à côté de cela, nos compatriotes sont souvent encore assez... rigides, notamment dans ce qu’ils appellent laïcité. J’ai récemment participé à la fondation de L’Alliance pour la planète, qui rassemble cinquante-huit associations et ONG, notamment écologiques (dont le WWF, les Amis de la Terre, Tchendukua, la Ferme Ste Marthe, Terre et Humanisme...). Une formidable initiative destinée à faire peser les idées nouvelles dans le débat politique français. Leur première action, intitulée "Quelle France pour 2012 ?", va consister à interpeller les candidats aux élections présidentielles dès 2007. Mais une chose m’a frappé, lors du meeting de lancement, le 22 mars, à St Denis : les débats se sont tout de suite situés à un niveau à la fois très mental et très émotionnel. Je participe à de nombreux réseaux semblables à l’étranger, notamment à Alliance for a new humanity (dont quasiment aucune des quelque trois cents personnes présentes n’avait entendu parler, alors que des ONG de dizaines de pays en font partie). Eh bien, la plupart du temps, les réunions démarrent par dix minutes de véritable méditation. Le plus fort, c’est que, individuellement, la plupart des membres de L’Alliance pour la planète seraient d’accord pour s’ouvrir à ce minimum de « spiritualité ».

Mais le corps social français a encore du mal à se décoincer sur ce plan.

N.C. : Beaucoup de Français n’aiment pas étaler leur spiritualité en public. Vous disiez vous-même que votre « deuxième axe » concernait l’introspection et que c’était difficile à partager.

J-F.N. : Finalement, il nous arrive énormément de choses mystérieuses qui transcendent notre entendement, mais nous les ramenons généralement à un niveau d’explication que le champ social nous impose. Vous pouvez avoir une expérience de conscience extraordinaire, mais que vous allez interpréter avec le bagage conceptuel, linguistique et social dont vous disposez : si vous voulez en parler à autrui, vous utiliserez des images du champ partagé d’autrui et de la société dans laquelle vous êtes. Et si ce que vous avez vécu dépasse complètement l’entendement social et votre propre bagage conceptuel... vous risquez de vous trouver très mal. Sauf si finalement vous acceptez l’expérience de l’inspiration créatrice, et que vous vous dites : « Mais bon sang, c’est arrivé comme ça, snap !

Ça vient d’où ? Pourquoi ai-je dit ceci ? Écrit cela ? » Ouvrez-vous à cette expérience et laissez-la fleurir, et vous créez des conditions optimales pour participer à la création d’une nouvelle humanité. L’expérience de la conscience qui se partage fleurit partout. Au Moyen-âge, la connaissance ne pouvait pas être diffusée en masse - c’était techniquement impossible. Avec l’invention de l’imprimerie, première technologie de masse, un barrage a cédé et la connaissance, ,jusque-là enfermée dans des couvents et de petits cénacles, s’est brusquement répandue à tous. Je ne sais pas si vous avez déjà pu le constater, mais ce qui se répand aujourd’hui par internet, ce n’est pas seulement du savoir : c’est de la compassion ! Voilà ce que je crois : avec l’invention d’internet, un autre barrage cède et la sagesse à son tour, jusqu’ici enfermée dans des ashrams, des monastères et autres centres spirituels (où elle était transmise de génération en génération à travers une architecture sociale), se répand aujourd’hui dans tout le cyberespace et rend possible l’expérience compassionnelle de personne à personne à l’échelle planétaire. Ce n’est pas une expérience de transfert de contenu comme un livre. C’est une expérience relationnelle...