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La liste des contributions qui figure ci-contre constitue un fil de discussion que nous laissons entre vos mains...
Bonjour,
Abonné de longue date à Nouvelles Clés, je viens de terminer la lecture du dernier numéro de votre revue (Juin, Juillet, Août 09), dont j’apprécie la qualité. Je profite de ce courrier pour transmettre ma reconnaissance à toute l’équipe de rédaction.
La rubrique « Traceurs de voie », consacrée cette fois à Sri Aurobindo ne rend pas pleinement compte, à mon sens, du caractère visionnaire, novateur, révolutionnaire de son approche. Quelques confusions et erreurs entre les termes « surmental » et « supramental », définissant dans la pensée complexe et subtile d’Aurobindo, des plans de conscience très différents, sont à regretter.
Je m’intéresse personnellement à cette approche depuis une trentaine d’années, j’ai effectué plusieurs séjours à Auroville et à l’Ashram de Pondichéry, qui constituent, selon moi, les extensions concrètes et toujours vivantes du travail de Sri Aurobindo et de sa compagne spirituelle, la Mère. Je me permets donc de souligner que le Yoga intégral (le Purna Yoga) de Sri Aurobindo constitue une pratique spécifique. Il repose sur la synthèse des trois grandes formes de Yoga à vocation directement spirituelle engendrées par le génie de l’Inde.
Je ne crois pas, contrairement à Richard Kitaeff, que ces trois Yoga soient « réinterprétés ». Ils constituent les fondements « indiens » de son Yoga Intégral.
La rupture novatrice que Sri Aurobindo apporte dans l’univers multimillénaire du Yoga se situe plus dans la finalité qu’il attribue à la pratique de ces voies, qu’à ces voies elles-mêmes.
Dans l’une de ses œuvres majeures : « La synthèse des yoga », il décrit longuement ces trois approches en montrant qu’elles ne s’excluent pas mais se nourrissent plutôt, et se renforcent mutuellement. Il décrit le Karma Yoga - Yoga des œuvres -, le Bakti Yoga - yoga de l’amour divin -, le Jnana Yoga -yoga de la connaissance -. Puis, il expose finalement un quatrième yoga, dit de la Perfection de Soi, qui constitue la singularité de son approche. Car, selon lui, ces merveilleux yogas ont presque toujours été utilisés pour aider l’individu à sortir, à s’évader des conditions de l’ignorance et à trouver une libération intérieure personnelle. Ils n’ont jamais visé une transformation intégrale de la nature humaine et de tous les aspects de la vie. Ils n’ont jamais servie de tremplin au saut évolutif et à l’émergence d’une nouvelle humanité.
Or, telle est la dynamique révolutionnaire de ce novateur de la spiritualité. Selon sa vision l’être humain est un être de transition. Sa synthèse des quatre Yoga offre un moyen intérieur de « compresser l’évolution naturelle » pour favoriser l’avènement d’un nouveau plan de conscience et d’un nouveau cycle de vie sur terre : le Supramental ».
Car toujours selon Sri Aurobindo, nous terminons actuellement, dans des soubresauts pouvant sembler cataclysmiques, le cycle de développement évolutif fondé sur le pouvoir du Mental.
Ce plan de conscience - y compris le Surmental - est caractérisé par l’ignorance, la séparation, la dualité.
Le Supramental est, selon lui, une conscience d’unité et de vérité qui générera à terme, une nouvelle humanité - une supra-humanité -, et de nouvelles conditions de vie fondées sur la reconnaissance de l’unité dans la multiplicité.
« Son caractère fondamental (du supramental) est la connaissance par identité, par laquelle le Moi est connu, le divin Satchidananda est connu, mais aussi, la vérité de la manifestation est connue, parce que celle-ci est aussi Cela.
Le Supramental est le Connaissant qui possède la connaissance, parce que un avec elle et avec le connu, et qui par conséquent voit toutes choses à la lumière de leur vrai Soi, qui est Lui.
C’est un pouvoir dynamique et non pas seulement statique : ce n’est pas seulement une Connaissance, mais une Volonté selon la Connaissance.
Il y a un Pouvoir ou Shakti supramental qui peut manifester directement son monde de Lumière et de Vérité, monde dans lequel tout est lumineusement fondé sur l’harmonie et l’unité de l’Un, et n’est pas troublé par un voile de l’Ignorance ni par un déguisement quelconque. »
« Réponses » Sri Aurobindo
Une autre caractéristique du Purna Yoga qu’expérimentent tous les pratiquants de cette voie est ce que Aurobindo appelle la « descente de la Force ».
En effet, si la plupart des yogas traditionnels encouragent et favorisent l’élévation, la monté de la conscience personnelle dans la conscience divine, la voie du yoga intégral repose sur l’ouverture et sur la descente du divin dans l’individuel. Cette descente du pouvoir divin, permettra selon Sri Aurobindo, la transformation supramentale du mental, du vital et du corps.
J’aime à penser que ce nouveau plan dynamique de conscience agit dans la sensibilité et l’intelligence des individus et dans les tribulations du collectif. Il nous invite à des changements radicaux. Il nous pousse à intégrer l’unique loi pouvant servir de base au merveilleux axiome démocratique : Liberté, Egalité, Fraternité. Cette loi est la loi unique de l’Un. A terme, elle rendra l’humanité à la conscience réelle et profonde de son unité et à la nécessité d’un réel partage. Une unité fondamentale intégrant une multiplicité tout aussi fondamentale. L’avenir de l’humanité et de notre si belle planète ne dépend-il pas de l’avènement de cette nouvelle conscience ?
La revue Nouvelles Clés m’apparaît aujourd’hui comme l’un des rares médias nous informant sur les dynamiques de ce changement.
Merci. Cordialement
Tout comme l’auteur du précédent message, je tiens à souligner l’aspect ébauché de l’article sur Sri Aurobindo.
Bien que Nouvelles Clés est fait l’effort de rendre compte de l’œuvre de Sri Aurobindo, peu connue en France et encore moins des représentants de la tradition védantique et de l’éveil impersonnel, cet article, peut-être de par sa brièveté, propose une vision raccourcie et plus ou moins erronée de son œuvre. Il apparait primordiale de définir et nommer correctement les termes que sont Surmental et Supramental, longuement explorés et expliqués par Sri Aurobindo. Ce manque de distinction dans l’article dessert la Vérité pour un Etre qui s’est mis à son entier service au cours de sa vie, et dont le but était en effet de dépasser le plan Surmental. Le Surmental étant celui d’où émane toute les religions, spiritualités et déités connues sur Terre jusqu’à ce que Sri Aurobindo passe cette ligne et accède au plan Supramental, déjà connu des Rishis védiques, et cette fois le fasse descendre dans le plan terrestre pour accélérer l’évolution et révéler concrètement la manifestation du divin dans le plan matériel. Mirra Alfassa "la Mère", avec qui il s’est associé pour ce but, a ensuite continué inlassablement, vaillamment et patiemment dans son propre corps le travail de transformation par le Supramental, labeur relaté par Satprem son disciple et confident, dans "l’agenda de Mère", auteur aussi du célèbre ouvrage "Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience".
Non seulement Sri Aurobindo a proposé par son ascèse une réelle possibilité d’évolution pour la Terre et un yoga permettant de manifester le divin dans la matière, mais il a aussi permis à de nombreux chercheurs de suivre une discipline spirituelle guidée d’une main de maître vers les réalisations les plus hautes de l’Esprit dans la plus pure tradition védantique. Son œuvre retranscrit cette connaissance qu’il avait de toutes les voies spirituelles traditionnelles et de sa capacité à les ajuster pour une évolution plus complète et intégrale de l’être humain. Loin de tout prosélytisme, il n’a pas hésité pour leur développement spirituel à envoyer des disciples très proches tel que Jean Herbert, auprès d’autres sages et maîtres présents à cette époque mais accomplissant un travail spirituel différent. C’est ainsi qu’est née la collection Spiritualité Vivante fondée par Jean Herbert qui a permis de faire connaître à l’occident les spiritualités orientales et certaines de ses grandes figures comme Ma Ananda Moyi, Ramakrishna, Vivekananda, et de traduire sous la guidance de Sri Aurobindo quelques unes de ses œuvres.
Merci à Nouvelles Clés d’avoir ouvert cette piste de connaissance dans sa rubrique « Traceurs de voie », challenge téméraire de deux pages pour un Etre qui en a écrit des milliers et en a inspiré tout autant...
Une synthèse complète de son œuvre est judicieusement dressée par Georges Van Vrekkhem dans son ouvrage "Au de là de l’espèce humaine, La vie et l’ouvre de Sri Aurobindo et de la Mère", 1999.
Pour un aperçu de l’oeuvre de Sri Aurobindo :