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Psychologies

Sommaire du dossier :
Introduire le développement personnel à l’école ?

Tous les articles de ce dossier

  • Témoignage d’un prof qui a quitté l’éducation nationale
    Par Bruno Giuliani
  • Un exemple d’école à l’écoute
    Par Huguette Guermonprez
  • 3 questions à Jacques Salomé
    Par Marc de Smedt
  • Ces profs qui n’ont pas baissé les bras
    Par Laure Fontenay
  • Fiche technique : la kinésiologie pédagogique


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3 questions à Jacques Salomé

Par Marc de Smedt

Depuis des années, Jacques Salomé envisage la communication comme une matière à part entière qu’il voudrait voir enseignée à l’école, dès la maternelle. Tout est parti d’une réflexion sur lui-même, “ ancien handicapé des relations. ” Pendant longtemps, comme beaucoup d’entre nous, il ne savait ni refuser ni formuler de véritables demandes. “ C’est en apprenant à dire non, admet-il, que j’ai finalement appris à dire de vrais oui.”

Comment se fait-il que les grandes découvertes du développement personnel ne soient pas utilisées pour les enfants, à l’école ?

Il y a plusieurs niveaux de réponse. D’une part, chaque fois que l’on touche à l’enfance, il y a toujours la crainte de l’endoctrinement, du conditionnement et, au fond, de la perversion - même si, par ailleurs, l’enfance est utilisée par le pouvoir dominant pour d’autres enjeux... D’autre part, au-delà d’un savoir et d’un savoir faire, il faudrait aussi transmettre un savoir-être, savoir-devenir, savoir-créer, qui touchent à la communication et donc aux racines profondes de la relation de l’être humain au monde. Cette relation germait autrefois dans la famille. L’éducation aux valeurs passait au travers de messages que j’appelle le “ biberon relationnel ” : actes de toilette, soins, loisirs, discours entendu à table, etc. Cette possibilité de mise en mots, donc cette éducation à la relation, est aujourd’hui dévitalisée. Les enfants sont renvoyés à eux-mêmes, avec une sorte d’inconscience sidérante de la part des adultes.

Cette dévitalisation est-elle due au fait que, par exemple, beaucoup d’enfants se retrouvent hors de leurs familles très tôt, dès la crèche, du fait de l’urgence générale, du manque de temps ?

C’est le mot : manque de temps. L’enfant, souvent, n’a plus l’occasion de discuter avec ses parents. Il a l’impression qu’ils font tout dans la précipitation, dès le petit déjeuner : “Vite, prépare toi, on va être en retard !” Moi, mes parents ne m’ont jamais emmené à l’école. Aujourd’hui, on a l’impression qu’ils les déposent comme des paquets - “Vite, on me klaxonne derrière !” -, comme si l’on balançait sa progéniture en parachute ! J’emmenais toujours mes enfants avec moi quand j’avais une course à faire, parce c’était un moment où l’on se retrouvait à deux. À partir d’un certain âge ils mettaient tout de suite le poste de radio - si bien que je l’avais supprimé pour que subsiste au moins une possibilité de mise en mots. Je vois trois dimensions fondamentales dans la relation humaine :
-  la dimension fonctionnelle, le faire ensemble : “Allez, je t’aide à faire tes devoirs”, “Je te donne un coup de main”, mais aussi : “Reprends un peu de soupe”, “Ne mange pas si vite”...
-  La dimension interpersonnelle, l’être ensemble, qui peut se concevoir dans le silence et le non-faire ;
-  La dimension intrapersonnelle : être bien (ou mal) avec soi-même.

Aujourd’hui, dans les relations parents-enfants, c’est la dimension fonctionnelle qui domine : “Tu as fait tes devoirs ?”, “Tu penseras à me donner ton T-shirt si tu le veux pour le foot !” (c’est d’ailleurs la même chose dans la relation du couple, qui se trouve dans un appauvrissement effrayant). Cette dé-communication, cet évanouissement des repères est le terreau de la violence, visible mais aussi invisible.

Quels conseils donneriez-vous alors aux parents ?

Une liste de balises ? Bien sûr. J’appelle ça des “règles d’hygiène relationnelles”. L’homme a mis trois quarts de siècle à apprendre à se laver les dents deux fois par jours. Mon rêve serait que l’on apprenne, par exemple, à ne pas parler “sur l’autre”, que l’on cesse de dire à l’enfant : “Tu as vu ! Ton frère, lui, a fait ses devoirs. Et puis, tu n’as pas fait ton lit !” Ne pas pratiquer la fameuse relation klaxon tu-tu-tu. Pour pouvoir parler à l’autre, il faut que je sache me définir et parler à la première personne. Ne pas dire : “Tu n’en as pas assez de cette télé débile ?”, dire plutôt : “Moi, je ne trouve pas que cette émission soit bonne pour toi.” Mais pour pouvoir se positionner devant l’autre, il faut d’abord être capable - et accepter de prendre le risque - de se définir soi-même. L’une de mes filles sortait avec un loubard, un vrai, un teigneux. J’ai dit : “Je n’accepte pas que ce garçon vienne dans cette maison. - Mais, Papa, tu ne vas quand même pas me dicter qui je dois aimer ! - Je ne te parle pas de ça. Tu as des sentiments pour lui, je l’entends. Ce n’est pas de lui que je te parle, c’est de toi et de la relation entre lui et toi : je ne la sens pas bonne pour toi et je ne veux donc pas y collaborer.” Plus tard, elle m’a dit : “Papa, heureusement que tu as réagi comme ça. Sinon, je m’embarquais pour des années d’enfer.” Ce type de positionnement m’a valu beaucoup d’échos. Quand un enseignant, par exemple, se définit, il y a évidemment une réaction à l’autre bout de la relation. Combien de fois, ils partent en claquant la porte : "Ouais, tu ne comprends rien, on ne peut pas discuter avec toi !” En ce cas, rester sur son autodéfinition, qui est puissante. Le jeune a alors devant lui quelqu’un qui n’est pas un modèle, mais qui a une consistance telle qu’elle lui permet, à lui, de se définir.



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