Nouvelles Clés    
PUBLICITE
boutique en ligne
Nouvelles Clés : La revue qui donne du souffle à vos idées
  • Une revue en kiosque ÷
  • Des livres  ÷
  • Un club ÷
  • Des ressources en ligne ÷
  • Une boutique    
    Accueil > La revue en ligne
  • > Dossiers thématiques
  • > Psychologies
  • > Introduire le développement personnel à l’école ?
fin du menu

En kiosque

TROUVER LA REVUE PRES DE CHEZ VOUS

Boutique en ligne
Abonnements
Anciens numéros
Offres spéciales
Téléchargement


paiement sécurisé


   Sondage en cours
Pour vous, les apéros Facebook sont :
87 votes 8.2%
Des exemples d'intelligence collective
185 votes 17.5%
Des provocations inutiles
209 votes 19.7%
Un jeu intéressant mais dangereux
113 votes 10.7%
Une invitation à se responsabiliser
76 votes 7.2%
Un processus irréversible quoiqu'on fasse
263 votes 24.8%
Rien de neuf sous le soleil
126 votes 11.9%
Autre réponse
1059 votes


   S'abonner au Flux Rss
      Flux RSS

   Groupe Facebook
           Facebook

Psychologies

Sommaire du dossier :
Introduire le développement personnel à l’école ?

Tous les articles de ce dossier

  • Témoignage d’un prof qui a quitté l’éducation nationale
    Par Bruno Giuliani
  • Un exemple d’école à l’écoute
    Par Huguette Guermonprez
  • 3 questions à Jacques Salomé
    Par Marc de Smedt
  • Ces profs qui n’ont pas baissé les bras
    Par Laure Fontenay
  • Fiche technique : la kinésiologie pédagogique


 Dans le même thème



 Autres thèmes


ou Retour au sommaire des dossiers


Partenaires - Annonceurs





afficher version imprimable Imprimer l'article

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)




Ces profs qui n’ont pas baissé les bras

Par Laure Fontenay

Des enseignants épuisés, des élèves « dissipés », agressifs ou désorientés, des parents qui ne savent trop quel rôle jouer ; l’école n’est pas un couvent à l’abri du monde et les problèmes de société y ont fait leur entrée. Aujourd’hui, un élève sur quatre sort de troisième « en situation d’échec », selon la formule consacrée. Force est de se demander si l’inadaptation ne vient pas plutôt de l’institution. Son enseignement magistral continue de s’adresser à des classes dont on sait pertinemment qu’elles ne sont pas homogènes.

Face au mal-être et à la violence fleurissent les initiatives d’enseignants confrontés à l’urgence des situations. Nous avons écouté quelques-uns de ces profs très « motivés » Gageons que la nouvelle école du XXIe siècle ne se fera pas sans eux.

Quand, dans une classe, une trentaine d’ados s’affalent sur leur chaise et continuent de bavarder histoire de tester la résistance du nouveau prof, celui-ci doit apprendre sur le tas à faire silence ou supporter un brouhaha perpétuel. Dans la plupart des institutions, même les plus tranquilles, la voix de l’enseignant est devenue un bruit de fond, comme la télé à la maison. Ceux dont le charisme naturel inspire le respect ont de la chance. Pour les autres, la leçon est un parcours du combattant. Les profs en sont désormais convaincus : leur domaine déborde largement la seule transmission d’un savoir. « Nous devons aussi éduquer, responsa- biliser, éveiller à la citoyenneté », disent-ils. Mais de quelle façon ? Et comment retenir l’attention des enfants ?

« On nous parle matières, filières, mais pas de la manière d’apprendre, ni à quel rythme. Et le plaisir de l’apprentissage, comment le transmettre ? »

Face à la diversité des profils d’élèves, l’uniformité d’un savoir magistral leur paraît désormais impossible, dérisoire.

« Motiver » des ados désabusés dans une société où le bac et la licence ne donnent même pas un emploi-jeune, c’est pourtant à cela que se sont attelés nombre d’enseignants. Ceux que nous avons rencontrés, et beaucoup d’autres avec eux, réinventent leur métier. C’est souvent dans les zones « sensibles » que fleurissent le plus d’idées. Parce que là, on ne peut vraiment plus enseigner comme avant. Il est parfois très simple de réveiller le désir d’apprendre, de renouer le dialogue entre maître et élève et d’en finir avec cette violence, haine de soi puis haine des autres, dont on attribue un peu vite à la jeunesse toute la responsabilité.

Une nouvelle profession : remotiver les enfants

(JPG)
Brigitte Prot

Malgré l’ampleur de ce qu’elle considère comme un désastre, Brigitte Prot, professeur de français depuis vingt ans, n’est pas du genre à baisser les bras. « Certains jours, le système scolaire français me fait penser au Titanic », écrit-elle. Il coule tandis que l’orchestre continue de jouer... Le titre de son livre, "Réveiller le désir d’apprendre au collège et au lycée", annonce le programme. Brigitte Prot y explique comment « remotiver » tout le monde et redonner goût aux désirs et aux projets.

La motivation a ses lois, sa psychologie que Brigitte Prot enseigne aujourd’hui. Elle intervient en classe, par petits groupes d’élèves, et forme aussi des enseignants, à l’Institut supérieur de pédagogie de Paris, aux « outils de la motivation ». Les profs s’y interessent serieusement et se pressent déjà sur la liste d’attente. Parvenue à la conclusion que l’école était coupée du monde, que le système d’évaluation des élèves brisait leur créativité, la jeune femme décidait, il y a cinq ans, de prendre une année sabbatique. « Plus le temps passait, plus les adolescents étaient énervés, et plus je dépensais en vain mon énergie. J’ai pensé que l’absence de motivation était telle que mon enseignement, comme celui de mes collègues, était voué à l’échec. J’enseignais, soit, mais qu’apprenaient-ils ? Je ne pouvais plus exercer mon métier dans ces conditions ».

Elle part alors en quête de personnes très... motivées pour comprendre quel mécanisme les fait avancer ! « Je suis allée à Lillehammer, en Norvège, où se déroulaient les Jeux paralympiques de 1994. Comment les handicapés avaient-ils trouvé l’envie de se dépasser ? J’ai appris que la motivation ne venait pas du mental, du raisonnement, mais essentiellement des tripes, qu’elle passait d’abord par l’émotion. La motivation est reliée à la capacité de croire en soi ». Tout partait donc de la confiance que les enfants auraient dû avoir en eux-mêmes. Mais tant d’entre eux se répètent ou se sont entendu dire qu’ils sont nuls... puisque nuls en maths ou en langues.

S’appuyer sur les atouts d’un élève au lieu de fustiger ses manques

Contre le discours trop souvent négatif des enseignants et de parents anxieux de l’avenir, obsédés par l’objectif de la réussite, Brigitte Prot réapprend à valider les efforts au lieu de mettre en avant les manques.

Une dictée comptant dix fautes de grammaire à 2 points est notée O, remarque-t-elle. Or, 90 % du texte sont justes. Où sont -ils représentés ? « Il faut, dit-elle, que les professeurs jouent sur ce que j’ appelle les points d’appui, c’est-à-dire voir ce qui va bien chez un jeune. Ce n’est pas anodin. Car dès que l’on croit en soi, on peut construire un projet, avec des étapes abordables. C’est cela réveiller le désir. Le levier central qui permet de recréer la communication entre enseignant et élève consiste à reconnaître ce dernier comme une personne à part entière, et non seulement un élève qui reçoit. Celui-ci doit sentir qu’on ne le confond pas avec sa note et ses résultats, que son comportement ne résume pas sa personnalité. Ensuite, il ne faut pas mettre la barre trop haut. Si l’élève a un sept sur vingt, lui proposer un neuf ou un dix pour le prochain contrôle est encourageant. Ces leviers suffiraient à répondre à cette question que j’ ai si souvent entendue . à quoi bon travailler, quel sens cela a-t-il si c’est pour devenir chômeur ?

Un enseignant ne peut plus se limiter à appliquer le programme. Il doit être à l’écoute des élèves pour faire émerger un désir. Je pense à ce garçon de troisième qui préparait un BTS qui ne l’intéressait pas du tout... Je lui ai demandé ce qu’il aimait : "La musique, mais je ne pourrai jamais en vivre". Nous avons creusé dans cette direction. Il faisait partie d’un groupe de rock. Il a réussi à ancrer un projet dans sa passion.

En s’aidant de son BTS commercial, il a cherché un stage dans une maison de production de disques. Le moteur intérieur était réveillé. J’interroge toujours les enfants sur leurs rêves, leurs envies ».

Apporter du sens est parfois très simple. Pour se donner envie de gagner, il faut avoir connu le goût du succès. « Je demande aux jeunes ce qu’ils éprouvent quand ils réussissent, au skate-board ou au tennis. Ils se souviennent qu’ils sont très fiers. Et si, en maths, ils ressentaient la même chose ?

Mais la préparation des enseignants au sein des Instituts universitaires de formation des maîtres est bien trop académique et anachronique. On peut être un excellent spécialiste de littérature ou de physique et ne pas savoir répondre aux besoins actuels des élèves. Quand en classe certains se droguent ; quand d’autres font preuve de violence verbale ou physique, ce n’est pas votre thèse de CAPES sur "Le journal intime comme genre littéraire" qui va vous tirer d’affaire.

Il faudrait professionnaliser un métier qui ne l’a jamais été ! Les élèves, en changeant de profil, nous donnent cette chance : nous allons désormais réfléchir ensemble aux bons outils pédagogiques. Dans les collèges difficiles, le processus est en marche. Les profs n’ont plus le choix ! J’ai eu la chance d’avoir un chef d’établissement qui me dise banco, et me voilà donc formatrice. Mon prochain bouquin s’adressera aux parents. »

Un système scolaire qui fabrique des exclus en série

(JPG)
André de Peretti

Polytechnicien - docteur ès lettres et professeur -, formateur à l’Institut national d’administration scolaire, ancien directeur du département de Psychosociologie de l’éducation à l’INRP (Institut national de recherche pédagogique), André de Peretti est l’un des quelques spécialistes qui connaissent bien les problèmes de formation. Expert consultant de l’Unesco et de l’ONU, il a, dès les années quatre-vingt, mis au point la notion d’une pédagogie différenciée, fondée sur l’idée que les intelligences sont multiples, qu’il faut prendre en considération chaque personnalité et qu’on ne peut enseigner aujourd’hui de la même manière à des élèves venus d’horizons différents. Ce que notre ministre de l’éducation semble avoir compris !

« Avant la guerre, dit André de Peretti le système éducatif s’adressait à des élèves d’un niveau social défini, disons bourgeois pour simplifier, avec quelques élèves modestes et brillants préparés par les insti- tuteurs. Une certaine homogénéité y régnait.

Par extrapolation linéaire, on a donc conti- nué à pratiquer une pédagogie tournée vers des élèves que leur milieu social était capable d’aider. On est passé de quelques centaines d’élèves à sept millions aujourd’hui dans le second degré. Or ce changement d’échelle n’a provoqué aucune modification profonde. On s’est imaginé que ce qui était valable pour un petit nombre dans les lycées et les collèges conviendrait éternellement. Ce modèle supposait que tous les élèves aient des conditions de vie, des parents, une santé et des capacités identiques, et travaillent avec des professeurs identiques eux aussi. Mais derrière cette pseudo-égalité se cache la notion la plus pernicieuse, celle qui fut aussi la plus criminelle du XXe siècle. En effet, ce que j’ appelle le mythe identitaire repose sur l’idée que des individus semblables forment une caste, et que tout individu différent doit en être exclu. On entre là dans la logique indo-aryen- ne : nous devons être identiques ou complè- tement séparés en cas de différence. Tout le système scolaire fonctionne sur cette utopie de l’homogénéité. C’est surtout le second degré qui a atteint l’apothéose de l’absurde : ceux qui ne réussissent pas sont des mauvais élèves, des paria, des intouchables. Comment voulez-vous qu’une telle vision n’engendre pas de violence ? » Ce système de régulation de la société par strates coupantes a été possible quand la vitesse des transformations scientifiques, économiques et matérielles était faible. Mais nous sommes dans une période historique d’accélération. Non conduites, non organisées, les différences éclatent aujourd’hui.

Une éducation à plusieurs vitesses mais pas au rabais

Concrètement, comment réagir ? « Il faut d’abord rompre avec le mythe identitaire », souligne André de Peretti. C’est inscrit dans la loi d’orientation de 1989 sur l’école, à l’article premier : l’école est au service de chaque élève pour l’aider à construire son trajet personnel, culturel et professionnel. Or, nous gardons un système d’évaluation qui anéantit ce projet éducatif. Il repose sur une notation aberrante ! « Le mythe identitaire, toujours, laisse supposer que chaque enseignant applique un barème identique de Dunkerque à Perpignan. Parce que les parents y tiennent, que les enfants finissent par s’y accrocher, les notes traquent l’élève dès le cours préparatoire. Or, n’importe quel statisticien sait qu’un chiffre n’a aucun sens s’il n’a pas de valeurs d’interprétation. Tous les travaux de psychologie nous apprennent que ce système est truffé d’erreurs.

Autrefois, il y avait sur les livrets scolaires des notes de composition trimestrielle.

Comme Edgar Faure l’a supprimée au profit du contrôle continu, chaque devoir d’un élève devient une sanction. Ce qui aboutit aujourd’hui à une multiplicité invraisemblable de contrôles et de notes à partir desquelles on fait des moyennes qui n’ont aucun sens concret. Nous avons inversé les choses, mis en début de chaîne ce qui doit juste servir de procédure dans le cas d’un concours. » Inutile d’ajouter qu’un tel système, dans son refus de la différence, fabrique des exclus en série, des élèves qui ne s’adaptent pas.

La pédagogie différenciée : une réforme qui attend depuis vingt ans !

« Une évaluation réelle, repose sur ce que j’ai appelé dès 1975 la reconnaissance de la pédagogie différenciée, poursuit André de Peretti. Elle commence enfin à se mettre en route.

Elle consiste à autostimuler des élèves coopérant ensemble. Souvenons-nous de la classe.unique d’autrefois lorsque l’instituteur avait affaire à des élèves d’âges différents. Il était bien obligé de faire de la pédagogie par niveaux ! Il s’appuyait sur les plus âgés pour encadrer les plus jeunes.

C’est cela se servir des différences comme d’une dynamique. Pour en finir avec l’égalitarisme mal pensé, il faut donc organiser la classe en tenant compte des niveaux, organiser des groupes. Pour ce qui est d’évaluer réellement les élèves, l’enseignant leur proposera plusieurs devoirs. Chacun s’attèle à celui qui lui paraît à son niveau. Les élèves se sentent stimulés et non en comparution permanente les uns contre les autres. Mis en confiance, ils progresseront.

C’est la signification profondément laïque, démocratique et humaniste de l’école. »

Lier la sensation à l’intellect développe la confiance en soi

Classiquement, l’enseignant s’adresse au raisonnement, à la tête, niant les autres dimensions de l’élève et leurs interactions.

Les émotions, les sensations restent aujourd’hui le grand tabou de l’école. Or elles sont essentielles, vitales dans le choix des projets, du travail. Certains enseignants ont fait de ce retour aux sensations leur cheval de bataille. Les techniques de relaxation, de recentrage de l’être passent par le corps.

Le yoga est une de ces disciplines d’écoute intérieure qui induit un état de mieux-être propice à la confiance en soi. Les instances pédagogiques admettent aujourd’hui qu’il faut aménager des temps de relaxation à l’école. Comment un enfant ou un adolescent pourrait-il apprendre ses leçons en restant immobile six, sept heures d’affilée ? Il y a un peu plus de vingt ans, dans un collège parisien, la relaxation était entrée par la porte étroite. Depuis, elle a fait boule-de-neige en France et à l’étranger.

Le « yoga à l’école » à l’heure de l’Europe

(JPG)
Micheline Flak

En 1973, un jour où les enfants de cinquième déboulent dans sa classe particulièrement rouges et ébouriffés, Micheline Flak, alors professeur d’anglais au collège Condorcet, décide qu’ils ne peuvent pas attaquer la leçon dans cet état. « Je pratiquais le yoga depuis des années à titre personnel.

Je ressentais des choses curieuses, comme le fait que j’ étais plus patiente avec les élèves.

Ce matin-Ià, j’ai compris que les enfants avaient besoin d’un sas de décompression. Je leur ai dit : "Ne faites rien. Mettez les mains sur les yeux, la tête dans vos bras et écoutez. Vous êtes des oiseaux qui dormez avec la tête sous l’aile." Ils ont été stupéfaits. Au lieu de leur ordonner de se dépêcher, je prenais en considération leur fatigue !

Plus tard j’ ai toujours eu à ma portée des images nouvelles : "Vous êtes le Père Noël qui fond au soleil" ou bien "imaginez que vous êtes un sac de sable à moitié rempli ". Je les ramenais constamment à sentir leur corps. J’avais lu que l’on apprenait mieux sous l’effet de la relaxation.

Alors j’ai posé les questions de la leçon en anglais. "Ne parlez pas, répondez dans votre tête", ai-je suggéré. Lorsque ensuite je les ai interrogés, yeux ouverts, ils voulaient tous intervenir. J’avais l’impression d’avoir touché quelque chose de fondamental.

« Je me suis documentée. Puis j’ai parlé de mon aventure à des enseignants que je rencontrais pendant mes stages de yoga. On a fini par se réunir toutes les semaines, comparer nos expériences, intéresser des inspecteurs, des proviseurs d’établissements. « Certains profs ont transposé sur les jeunes ce qui était bon pour eux. Ils allumaient une flamme de bougie ou de l’encens dans la classe pour enseigner la concentration ! Les enfants s’amusaient bien, et les parents... étaient affolés. J’ai donc décidé qu’il fallait rompre avec l’improvisation, ne pas risquer de passer pour une secte, et j’ ai mis au point des méthodes adaptées à l’âge des enfants. Elles respectent la gradation dite de Patanjali, du nom d’un des grands codificateurs du yoga. Les exercices permettent de reprendre contact avec soi-même, d’induire le silence en écoutant son propre souffle, puis de reconstruire l’attention.

« En 1978 j’ ai fondé une association, la RYE (Recherche sur le yoga dans l’éduca- tion), avec parents et inspecteurs sur le front. Des maternelles, des primaires, des lycées s’engagèrent. Puis la RYE fit des petits en province avant de se développer à l’étranger. En Grèce, en Allemagne, en Hollande, en Belgique, en Italie, en Suisse, en Angleterre, en Israël, en Amérique du Sud, en Australie, des professeurs et des proviseurs ont bâti la même structure et nous nous sommes retrouvés chaque année, en séminaire, à Évian, pour élaborer de nouveaux projets. Des centaines d’enseignants sont venus. Nous avons introduit un yoga scrupuleusement laïque, fondé sur des techniques de respiration. » Il y a belle lurette que le yoga ou la sophrologie sont utilisés pour l’entraînement des sportifs de haut niveau, qu’ attend-on donc pour le faire systématiquement auprès de nos enfants ?

La relaxation pour mieux se concentrer et mémoriser

Apprendre l’écoute du souffle développe la concentration et facilite la mémorisation, car le cerveau retient mieux lorsque le corps est impliqué. Jack Benoît qui au sein de la RYE, forme au yoga des professeurs de l’Éducation nationale, a dans sa besace de nombreuses astuces adaptées aux enfants.

« Apprenez aux petits à inspirer et expirer sur les pleins ou les déliés. Ils sauront écrire.

Je les fais tracer des lettres avec le bout de leur nez au tableau, ou avec un pied, dans l’espace, explique-t-il. Comme c’est amusant, les volontaires ne manquent jamais. Ce sont toujours les gosses en difficulté qui se précipitent et pour une fois ils ne se trompent pas. J’inscris au tableau en lettres rouges un mot nouveau. Ils ferment les yeux, je leur dis d’allumer leur petit écran derrière le front. Ils doivent imaginer le mot, l’effacer, le repeindre en bleu, en vert. » Ils ne l’oublieront plus. On a mesuré les battements cardiaques d’enfants apprenant un vocabulaire nouveau sous relaxation. Aucune pensée adventice ne gênait, le coeur se régularisait. Autrement dit, loin de se fatiguer quand on se concentre bien, on se repose !

Développer l’esprit critique entre les enfants et le monde...

Tandis que la RYE continue de se développer, Micheline Flak forme des professeurs dans le cadre de l’Institut supérieur de pédagogie à Paris. Mais ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que le yoga ne représente plus seulement le terrain de l’excellence physique et intellectuelle, le coup de pouce qui va favoriser la performance. Il apparaît comme une méthode qui recentre l’individu, et fait de l’élève un être humain plus complet. La technique n’a d’autre but, alors, que de permettre de ressentir l’intuition juste qui naît de l’harmonie entre le corps et le mental. « Chacun découvre qu’il a une dimension intérieure, spirituelle, qui n’est ni physique ni psychique, conclut Micheline Flak. On imagine combien cette stabilité, indépendante des conditions extérieures, reproductible quotidiennement quand on pratique, peut aider et l’élève et l’enseignant d’aujourd’hui ! Lui-même pacifié, il pourra apaiser les enfants. L’éveil d’une présence intérieure constitue une force pour l’enfant, en diminuant son anxiété. L’école est hélas encore le lieu où l’on ne répond pas aux questions essentielles, celles qui ne sont pas au programme : "Qu’est ce que je fais sur terre", " comment vais- je choisir dans la vie..." Ces non-réponses entraînent des peurs existentielles. Si un enfant osait les énoncer, si l’enseignant lui assurait que ses interrogations sont légitimes et lui donnait des éléments de réflexion, le jeune trouverait plus de motivation à sa présence à l’école. »

Entre voyages éducatifs et courses automobiles, un prof très inventif

(JPG)
D. Dupont-Midy

La recrudescence de la violence, la vente de drogue par des dealers de plus en plus jeunes, loin de la démoraliser, ont accru les activités de Delphine Dupont-Midy, professeur d’anglais pas comme les autres, dans un collège d’une zone sensible à Gennevilliers. « Le yoga est arrivé dans ma vie pour enseigner autrement. Heureusement, sinon il ne me restait plus qu’à sauter par la fenêtre », dit-elle en riant. Pendant un an, avec deux collègues, elle apprend les centaines d’exercices enseignés à la RYE, adaptés aux jeunes, selon qu’ils sont agités, apathiques ou angoissés. Le principal de l’établissement donne sa bénédiction.

Et les gosses de pratiquer à leur tour. Par exemple, avant les interrogations, Delphine Dupont-Midy propose cet exercice : « Ouvrez vos oreilles, fermez les yeux, dos droit... Écoutez les bruits du dehors, de la salle d’à côté. Ceux de votre classe... Observez votre souffle ». À haute voix, l’enseignante répète alors la leçon. Yeux clos, les enfants entendent les mots une première fois. Elle répète la leçon une deuxième fois. L’état de détente favorisera la mémorisation. Elle donne aussi beaucoup d’exercices en anglais à pratiquer debout, en bougeant : « Ce n’est plus possible de coincer des enfants entre chaise et table, et les mots étrangers, il faut les mimer avec son corps pour les retenir. » Delphine n’a pas envie de quitter Gennevilliers : « C’est sportif, mais on est obligé de trouver des idées ». Elle est la reine des dossiers de demande de crédits et remue ciel et terre : participation des élèves au projet « Dix mois d’école et d’opéra ». Les enfants entrent en contact avec les professionnels de la vénérable institution et créent un spectacle. Parents et enfants viennent en autocar dans la capitale... Épaulée par ses collègues, elle organise des voyages en Angleterre, des concours de tir à l’arc, fait partager sa passion pour l’automobile et crée un atelier de cross-car ! L’objectif : mêler éducation et sport, insertion et formation. Le collège étant trop petit, une salle d’un lycée voisin accueille un engin qui tient de la voiture et du kart, avec ses mécanos en herbe. Le projet est soutenu par la Fédération française du sport automobile. « Je leur apprends à construire des voitures au lieu de les brûler », dit-elle sans se départir de son sourire. Elle a créé une autre association, pour lutter contre l’échec scolaire.

Travail de terrain, où les partenaires locaux sont invités à s’impliquer. Elle multiplie les sorties culturelles avec enfants et parents. Orsay, le Louvre, le Palais de la Découverte... RATP et musées offrent gratuitement leurs services. « Il y a vingt-quatre nationalités au collège, précise-t-elle. Le rapprochement entre parents et professeurs était indispen- sable. » Elle participe au programme pilote de l’Unesco sur la culture de paix et de non-violence à l’école. Son collège de 730 élèves est le seul retenu en France avec trois autres dans le monde. « Nous sommes les champions » ont scandé les gosses à la rentrée précédente, après le Mondial. En anglais, of course.

Contact :

RYE (Recherche sur le Yoga dans l’Eduction) : 11, Cité de Trévise - 75009 PARIS.

Tél. : 01 47 70 09 29 - Fax : 01 47 70 23 60

Site : http://rye.free.fr



  •  Haut de page 
  • afficher version imprimable Imprimer l'article
  • Accueil ÷
  • Plan du site ÷
  • Contacts ÷
  • Abonnements - Offres ÷
  • Infos légales ÷
  • Boutique en ligne