En kiosque

TROUVER LA REVUE PRES DE CHEZ VOUS

Boutique en ligne
Abonnements
Anciens numéros
Offres spéciales
Téléchargement


paiement sécurisé


   Sondage en cours
Pour vous, les apéros Facebook sont :
87 votes 8.2%
Des exemples d'intelligence collective
185 votes 17.5%
Des provocations inutiles
209 votes 19.7%
Un jeu intéressant mais dangereux
113 votes 10.7%
Une invitation à se responsabiliser
76 votes 7.2%
Un processus irréversible quoiqu'on fasse
263 votes 24.8%
Rien de neuf sous le soleil
126 votes 11.9%
Autre réponse
1059 votes


   S'abonner au Flux Rss
      Flux RSS

   Groupe Facebook
           Facebook

Inuit Child - Nick Russill  - DR. - 11.2 ko

Inuit Child - Nick Russill - DR.



 Autre itinéraires


ou Retour à la liste


Partenaires - Annonceurs


afficher version imprimable Imprimer l'article

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)




Antoine Monnier, Internet chez les inuits

par Dominique Godrèche


Antoine Monnier, un Français tombé amoureux des Inuits, nous a raconté comment il aide le peuple le plus polaire du monde à s’intégrer à la Toile mondiale, son autre passion.


Bien que Français originaire de Franche Comté, c’est au festival amérindien Présence Autochtone de Montréal [1] qu’Antoine Monnier a présenté sa compagnie d’informatique destinée aux Inuits, Soleica. C’est dans le contexte anachronique des tipis et des boutiques d’artisans traditionnels autochtones, installés en plein centre ville, au milieu des immeubles modernes, qu’Antoine, entouré de son équipe, exposait ses projets de développement pour les quatorze villages Inuits du grand nord, aboutissement d’une longue passion pour les peuples autochtones, qu’il côtoie depuis bientôt dix ans. Car, même si internet reste l’objet d’aversion de quelques Inuits traditionalistes - l’un eux m’expliquant que ça n’était qu’une « ordure moderne » -, son utilisation remporte un réel succès parmi les jeunes, pour lesquels elle représente une vraie cyber tribu ! Les Inuits du XXI° siècle raffolent des nouvelles technologies !

Comment êtes vous arrivé en pays Inuit ?

J’ai toujours été passionné par les Première Nations, et j’ai découvert le pays Inuit à l’age de quinze ans. À partir de ce jour, j’ai décidé d’immigrer au Canada, pour vivre chez les Inuits. En 1997, j’ai immigré au Canada avec ma femme et mes enfants et, en 1999, le bureau des logements sociaux du Nunavik, au nord du Québec, m’a proposé de partir à Kuujjuaq, un territoire grand comme la France. J’y ai vécu en immersion totale dans le monde autochtone pendant deux ans. Je faisais de l’informatique, participais aux activités communautaires, j’ai monté mon équipe de traîneaux à chiens, voyagé dans les quatorze villages du Nunavik. En 2001, nous avons dû retourner à Montréal, à contre-cœur, pour la scolarité de nos enfants. J’avais tissé des relations avec le gouvernement Kativik, et les autorités du Nunavik m’ont proposé de travailler pour eux. Les Inuits gèrent leur territoire, la pêche, la chasse et l’utilisation des autres ressources. C’est ainsi que j’ai finalement monté mon entreprise, Soleica, pour les former sur place. En 2001, le gouvernement fédéral a lancé un projet de cinq millions de dollars, pour rendre internet accessible par satellite aux quatorze communautés du Nunavik. Et là, nous avons décollé, en installant les serveurs et en formant tout le monde, les mairies, les garderies d’enfants, l’organisme de gestion du territoire, le bureau des logement sociaux... qui aujourd’hui nos clients.

Quelle relation les Inuits entretiennent- ils avec internet ?

Ils sont très patients, à tel point qu’on se demande parfois si ça n’est pas de la passivité ; mais en réalité, c’est leur philosophie de vie. Parmi ceux qui utilisent internet, certains sont nés dans des igloos ! Nous nous adaptons à leur demande. Ce qui les intéresse sur le réseau, c’est ce qui améliore leurs techniques de chasse : par exemple un site sur la migration des caribous, où ils suivent en direct les mouvements de leur gibier. Car les biologistes placent des émetteurs dans la peau des caribous, ce qui permet de les suivre. Ça dispense les Inuits de journées entières de traque. Ils achètent aussi leurs articles de chasse sur le web. Cependant, dans le village le plus traditionaliste du grand nord, les anciens ont tout refusé, disant qu’internet était une malédiction, menant à la pornographie et à l’alcool : la SAQ (société des alcools du Québec) livre en effet gratuitement au Nunavik !

Les anciens n’ont pas forcément tort, hélas ! Je suppose que la majorité ne les a pas écoutés...

Internet a démarré chez eux à une vitesse phénoménale, et nous, nous essayons d’adapter cet outil à leur culture, notamment pour promouvoir la culture Inuit. Ainsi, nous avons développé le site du Festival des neiges, qui a lieu tous les deux ans au printemps, dans un village qui a construit le plus grand igloo du monde ! Nous participons aussi à un portail, avec une entreprise Inuit de design en informatique, afin de communiquer sur des forums susceptibles d’améliorer leur vie au quotidien. Il faut vous dire que là-bas, il n’y a pas de route, le courrier met une semaine pour aller d’un village à un autre par avion. La révolution internet a donc été d’autant plus frappante pour eux ! Pour la première fois au monde, le grand nord sort de son isolement. Il n’y a pas encore de téléphone portable chez eux. Ça viendra, mais internet et le chat, ça n’arrête pas ! (rire) Ils sont branchés toute la journée, car ils sont si isolés, que c’est la seule façon de communiquer. Les jeunes en sont très friands : internet leur permet de trouver ce qu’ils cherchent, plutôt que de subir passivement les émissions de télévision.

L’utilisent-ils à l’école ?

Toutes les écoles en sont équipées. Nous avons un projet de formation en ligne, où nous leur apprendrons à créer leur propre site web. C’est une population très jeune, 60% des Inuits ont moins de 25 ans, les filles Cris sont grand-mères à 28 ans et leurs villages sont peuplés d’enfants !

Les Inuits traditionnels avaient une vie très communautaire, partagent-ils toujours tout ?

Oui, mais pas leur ordinateur ! Un chasseur partagera la baleine avec tout le monde ; mais un bateau ou un ordinateur, sont du domaine privé. La technologie a changé leur notion de propriété.

Comment se fait-il que ce soit un Européen et pas des Américains qui fasse ce travail de formation chez eux ?

Ce qui nous distingue, c’est notre réelle passion pour leur culture ; nous envisageons les rapports avec eux sous forme d’échange. Nous n’arrivons pas chez eux en leur disant : « Vous ne savez rien : nous allons vous dire comment faire. » La plupart d’entre nous sont Européens et les Cris préfèrent avoir affaire aux Français, compte tenu du racisme sous-jacent des Québécois. Ils apprécient notre état d’esprit, notre ouverture, notre naïveté.

[1] Festival Présence Autochtone, Montréal, 10-21 juin, cinéma, artisanat , expositions. Contact : nativelynx.qc.ca