En kiosque

TROUVER LA REVUE PRES DE CHEZ VOUS

Boutique en ligne
Abonnements
Anciens numéros
Offres spéciales
Téléchargement


paiement sécurisé


   Sondage en cours
Pour vous, les apéros Facebook sont :
87 votes 8.2%
Des exemples d'intelligence collective
185 votes 17.5%
Des provocations inutiles
209 votes 19.7%
Un jeu intéressant mais dangereux
113 votes 10.7%
Une invitation à se responsabiliser
76 votes 7.2%
Un processus irréversible quoiqu'on fasse
263 votes 24.8%
Rien de neuf sous le soleil
126 votes 11.9%
Autre réponse
1059 votes


   S'abonner au Flux Rss
      Flux RSS

   Groupe Facebook
           Facebook

Autres regards

Sommaire du dossier :
Quelles alternatives humaines à la crise ?



 Dans le même thème



 Autres thèmes


ou Retour au sommaire des dossiers


Partenaires - Annonceurs





afficher version imprimable Imprimer l'article

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)




Les 5 stades de l’action écologique des multinationales

Entretien avec Jean-François Rischard

Ex-vice-président de la Banque Mondiale jusqu’en 2005, devenu consultant en « économie de la connaissance » auprès d’un certain nombre de gouvernements. Son livre, 20 défis pour la planète (Acte Sud), traduit dans quinze langues, est l’un des rares qui proposent des solutions concrètes globales. Il est invité dans le monde entier pour en parler, auprès des entreprises, des gouvernements, des ONG et, de plus en plus, des écoles et des universités. Il croit à fond à l’avenir du capitalisme et apporte des informations très positives sur les initiatives vertes des multinationales... Mais en même temps, il recherche comment remplacer un impossible et peu souhaitable « gouvernement mondial » pour chapeauter le tout et pallier politiquement les manques rédhibitoires des États-nations et de leurs pauvres gouvernements.

Propos recueillis par Patrice van Eersel - automne 2007


(JPG) Nouvelles Clés : Sommes-nous en train de passer un cap, avec toute cette effervescence du côté du « business vert », ou bien est-ce un rideau de fumée ?

Jean-François Rischard : Quelque chose s’est bien passé, comme un retournement, il y a deux ans, avec le film d’Al Gore, Une vérité qui dérange. Les États-Unis n’avaient jusque-là que très peu d’intérêt pour les questions de réchauffement global et tout s’est quasiment inversé, c’est-à-dire qu’ils sont maintenant quasi obsédés par le problème. Il y a un effet médiatique évident, surtout parce que ce film a été très bien fait, que Gore est un personnage de grand calibre. Mais le phénomène n’est pas limité aux USA. En Chine, par exemple, une conférence aura lieu fin 2007 avec comme sujet l’harmonie sociale et l’environnement. Car des problèmes colossaux commencent à s’accumuler partout, dont les journaux parlent, même là-bas. Le gouvernement chinois est obligé de s’y mettre. En Inde, on parle beaucoup du problème de l’eau. Et chez nous, regardez des journaux genre Hérald Tribune : autrefois, il y avait un problème planétaire traité par semaine, maintenant c’est tous les jours, et en page 2 ! C’est soit l’eau, soit les forêts, soit la biodiversité, soit le réchauffement global. L’accumulation de préoccupations réelles commence à faire une masse critique.

N.C. : On peut se réjouir du fait que la presse, mais aiussi les politiques et les responsables économiques, se préoccupent de la chose. En même temps c’est le signe qu’il y a matière à s’inquiéter. On était prévenu, mais ça arrive !

J.F. R. : En fait, les grandes ONG internationales ont toujours parlé de tout ça. Les grandes institutions, genre Banque Mondiale et autres, dont je sors, aussi, souvent longemps avant les autres acteurs. Les patrons des grandes multinationales, depuis trois, quatre ans et même peut-être cinq, commencent eux aussi à s’intéresser aux problèmes planétaires et surtout environnementaux. Pourquoi ? Pour la simple raison qu’ils commencent à se demander dans quel « environnement business » leurs boites devront travailler dans quinze ans si ces problèmes ne sont pas résolus ! Bien planifier leurs entreprises ne leur sert à rien si c’est pour se retrouver dans une ambiance chaotique à la suite de la non-résolution des grands problèmes ! Cette motivation-là, je l’ai vue monter très fort au niveau des PDG de ces sociétés. Aux États-Unis, on peut même dire que les grandes entreprises ont commencé à être très militantes sur le réchauffement global. Des grandes sociétés telles que British Petrolium ont financé depuis plusieurs années ce que je considère comme les meilleures recherches sur le réchauffement global.

Autrement dit : les ONG y sont, les grandes organisations internationales y sont, les grands patrons y sont, les journaux font des articles tous les jours... et qui sont les grands retardataires ? Ce sont les États-nations et les politiciens des États-nations.

La raison de ce retard gravissime est que l’État-nation est territorial par définition et que la classe politique va aux élections tous les cinq ans. Or les problèmes du style réchauffement global, déforestation, chute de la biodiversité, grandes maladies genre sida et autres se moquent des frontières, elles sont planétaires. Pour tenter de les résoudre, il faut engager dès maintenant un plan de cent cinquante ans, ce qui ne cadre pas du tout avec l’horizon politique qui n’est que de cinq ans maxi.

N.C. : Vous dites que nous sommes gouvernés par de pauvres fantômes sans prise sur le réel ?

J.F. R. : Il y a un désaccord fondamental entre la nature des problèmes dont nous parlons et le système des États-nations, qui marche très bien pour résoudre les questions intérieures, mais qui, pour les questions globales ne va plus du tout...

N.C. : Alors que, selon vous, les entreprises ne peuvent pas ne pas tenir compte de l’intérêt général, parce que ça met en péril leurs futurs fonctionnements (et profits !), bien que ça ne soit pas leur fonction ?

J.F. R. :Soyons sérieux. Je pense que, depuis dix ou quinze ans, l’observation nous montre cinq étapes dans la conscientisation des entreprises aux problèmes de l’environnement. La première étape est la philanthropie. Ce sont souvent de tout petits efforts en matière de culture ou d’art, dans des domaines qui sont généralement le béguin du patron ou de son conjoint et ça comporte souvent une petite fondation. Stade 2, l’entreprise est critiquée, attaquée, parfois devant les tribunaux, par des ONG ou des critiques extérieurs, sur leurs mauvaises pratiques en matière environnementale ou du droit du travail (travail des enfants). Du coup, elles sont bien obligées de réagir et souvent, elles montent un département de responsabilité sociale des entreprises (RSE) un peu plus étoffé : c’est ce que j’appelle la « RSE défensive ». Ensuite, il y a un stade 3, où les entreprises prennent elles-mêmes des initiatives RSE pour impressionner leurs salariés, leurs actionnaires, leurs clients. La motivation n’est plus la gestion des risques du stade 2 mais le désir d’être « word class ». C’est une question d’image : être le meilleur, le plus propre. Ces entreprises-là vont utiliser les mêmes normes d’environnement dans tous les pays où elles travaillent, quelle que soit la législation locale. Ou alors elles vont, comme Danone, utiliser une batterie de plus de cent indicateurs RSE. Elles en font plus qu’au stade 2, pour établir l’image d’une réputation parfaite. Ce qui est très positif, j’appelle ça la « RSE pro-active ».

N.C. : Un pétrolier qui lance des messages pour dire qu’il est très respectueux de l’environnement, ça entre dans quel stade ?

J.F. R. : Ça fait partie de ce qu’ils font au stade 3. Mais ils ne le font que s’ils prennent réellement beaucoup d’initiatives dans ce sens-là.

N.C. : Vous voulez dire qu’ils ne peuvent pas se permettre de bluffer, de tricher ?

J.F. R. : Ils se feraient immédiatement rappeler à l’ordre par les gens qui les surveillent en permanence. Donc généralement, il y a de la matière effective. Quand BP dit : « Nous sommes déjà au-delà du pétrole », je peux vous dire qu’ils font effectivement des choses très importantes dans les énergies renouvelables et ont par exemple financé, comme je disais, les recherches les plus précises que je connaisse sur le réchauffement global. Ensuite, on passe au stade 4, où sont de plus en plus d’entreprises, qui est le stade où elles s’impliquent profondément dans des problèmes d’environnement ou de développement, parce que les gouvernements ne fonctionnent pas de manière satisfaisante dans ces domaines. Elles se substituent donc aux gouvernements comme agents de développement, ou de nettoyage de l’environnement, ou de politique sanitaire, etc. Et ça c’est intéressant, parce que souvent, elles n’en parlent pas beaucoup. Elles le font parce qu’il y a réellement un trou dans le système et que les gouvernements ne font pas ce qu’il faut. Un exemple, l’élimination d’une maladie qui s’appelle la « cécité des rivières », en Afrique, par Merck, le gros labo allemand. Il y a une flopée d’exemples de ce genre, par exemple des Compagnies minières qui commencent à faire des progrès de développement à toute la région où elles travaillent. Vous avez Exxon, dont la réputation est pourtant mitigée, qui travaille sur la malaria dans tous les pays tropicaux où ils opèrent. Coca Cola a fait énormément pour les systèmes d’éducation des pays de l’Est.

N.C. : Et au stade 5 ?

J.F. R. : C’est le stade le plus récent et le plus intéressant. Les grandes entreprises se joignent alors au solutionnement des grands problèmes planétaires. Elles le font parce que, dans leurs analyses du fonctionnement des différents acteurs, comme les gouvernements et les politiques sont à la traîne, elles se sentent obligées de monter au créneau, avec les ONG, avec la Banque Mondiale, avec les autres. Elles le font à différents titres :

• En tant que « leader du travail cérébral » : par exemple, John Brown de la BP a financé les analyses des solutions du réchauffement global de l’institut de Princeton. D’autres sociétés américaines financent des études sur la gestion des très grandes villes dans trente ou quarante ans, quand elles seront énormément congestionnées.

• En tant que lobbyistes. Par exemple une quarantaine de grosses boites se sont alliées pour pousser le gouvernement américain vers un contrôle des émissions de carbone. Et même du temps de Kyoto, une cinquantaine d’entreprises poussaient Washington à ratifier les fameux accords de Tokyo.

• En tant que décideurs de normes. Par exemple Unilever a décidé de cesser, à partir de 2005, d’acheter des poissons en provenance de pêcheries non durables. Quand ils font ça, ils établissent une espèce de norme générale que tout le monde va être poussé à suivre, surtout quand ils sont suivis par une entreprise comme Walmart, qui est un énorme acheteur. Leur poids est d’autant plus grand pour imposer une norme, qu’il travaille sur cent cinquante pays, alors qu’un gouvernement peut au mieux agir sur le sien. Autre exemple, je crois que c’est Exxon-Mobil qui ont annoncé qu’ils n’allaient plus utiliser de pétroliers de plus de vingt ou vingt-cinq ans d’âge. Donc, vu leur poids, ils établissent de ce fait la norme générale à laquelle le monde entier est ensuite obligé de se plier.

• Etc.

En stade 5, les entreprises s’attaquent donc à la résolution des problèmes. De nouveau, un peu par défaut parce que les gouvernements ne font pas leur travail. En 2004, avec le président de la Banque Mondiale et le Prince de Galles, nous avons invité trente des plus grands patrons de la planète, à Londres. J’ai présenté mon schéma à cinq niveaux. La moitié s’est clairement reconnue aux stades 4 et 5. Pourquoi le font-ils ? Pour éviter que le contexte mondial ne soit trop chaotique dans dix ou quinze ans. Leurs raisons restent égoïstes et commerciales, mais à un très haut niveau. Elles se soucient du bon état de la planète au même titre que les ONG ou les institutions.

N.C. : À cela s’ajoute maintenant le business vert, c’est-à-dire toutes ces entreprises qui se rendent compte qu’il y a énormément à gagner dans les technologies nouvelles, le solaire, l’éolien, le recyclage des déchets, les filtres à eau, etc.

J.F. R. : Ça, ce sont des entreprises normales, sauf qu’elles ont bien compris, en voyant les courbes des dangers environnementaux monter à la verticale, que tout ce qui est business vert devient très intéressant et va se transformer en industries de pointe, à la fois technologiquement et sur la taille de leurs marchés. La Silicone Valley se double donc d’une vallée verte, parce qu’ils savent qu’il va y avoir des percées technologiques majeures et qu’ils veulent en être. Elles seront, malheureusement ou heureusement, de plus en plus porteuses...

N.C. : Du côté heureux, on peut imaginer une gigantesque technologie biocompatible, ou biophile, non ?

J.F. R. : Absolument. Dans la recherche de solutions au réchauffement global et qu’il faut concevoir sur cent cinquante ans, il y a plusieurs phases :

• Pendant les cinquante prochaines années, pour stabiliser le CO2 à peu près à 500 parts par million (soit une émission de sept milliards de tonnes par an), ce qui correspond à deux ou trois degrés de température de plus, il faut déployer une quinzaine de technologies qui sont déjà existantes et qui comprennent : le nucléaire, les biocarburants, des moteurs beaucoup plus efficaces en matière de transport, des buildings beaucoup plus efficaces, la saisie du carbone quand on fait de l’électricité et sa réinjection sous le sol, le rétablissement de forêts, etc.

• Pendant cette phase, il faut investir à mort, presque à l’échelle du « Manhattan Project » (invention de la bombe A par les Américains, pour stopper l’Allemagne nazie et le Japon NDLR) sur une douzaine de technologies révolutionnaires, qui permettraient, pas seulement de stabiliser les émissions de carbone, mais de les réduire, passant de sept milliards à trois milliards de tonnes d’ici 2100. Ensuite, pendant les cinquante ans suivants, baisser aux environs d’un milliard de tonnes d’ici 2150. Et pour cela, il faut des technologies très avancées, genre fusion nucléaire poussée, énergie photovoltaïque très efficace et très peu chère, mais aussi des solutions bio, comme des OGM produisant directement des biocarburants, ou des mécanismes de photosynthèse à hautes doses, ou encore des OGM qui fixeraient le carbone une fois pour toutes. Il y a donc toute une série de choses à faire, en technologie dure ou en biotechnologie. On peut aussi faire se multiplier le plancton par des injections de fer... Bref, nous prévoyons d’ores et déjà le développement d’une douzaine de technologies de pointe, dont un tiers sont bio.

N.C. : Beaucoup des gens qui vont vous lire dans nos colonnes ou sur notre site diront que vous faites une confiance aveugle aux progrès technologiques, ceux-là mêmes qui ont conduit la planète dans une impasse...

J.F. R. : Revenir en arrière n’est ni possible, ni souhaitable. L’humanité doit absolument inventer une civilisation radicalement nouvelle, inédite, jamais vue. Nous n’avons en quelque sorte pas d’autre choix que de nous réveiller. Je vous ferai remarquer que l’évolution dont nous parlons depuis une demi-heure, est un signe indéniable de santé mentale collective. Nous n’allons pas dans le mur si toutes les consciences changent et se mettent au travail. Ce que nous disons des entreprises est plutôt rassurant, parce qu’on a à faire à des structures intelligentes et conscientes... Et disposant de moyens colossaux ! Elles ont une vue beaucoup plus globale que les gouvernements.

N.C. : Nous dirigeons-nous alors vers un monde géré par des multinationales ? Peuvent-elles représenter l’intérêt général ? La vision politique classique rejette a priori cette idée et aimerait qu’un pouvoir politique mondial chapeaute l’économique.

J.F. R. : Je n’irais pas jusque-là. Les États-nations font du bon boulot : sur le plan interne ils ne sont pas remplaçables. Ils sont problématiques sur le long terme et sur les problèmes non-territoriaux. Les entreprises, même si elles montent aux niveaux 4 et 5 de mon échelle, n’ambitionnent nullement de diriger les pays ! Un gros labo peut décider de s’attaquer à une maladie africaine, il ne va pas diriger les politiques de la santé des pays concernés. Quand BP finance des recherches sur les quinze technologies de pointe pour stabiliser les émissions de carbone, elle ne vise pas à prendre en charge la réglementation des émissions en Europe...

N.C. : Non, mais peut-être juste à contrôler le plus gros marché mondial de demain !

J.F. R. : Il ne faut pas partir dans une panique et dire que les entreprises vont prendre en charge toutes les affaires humaines, alors qu’elles aident le mieux possible, pour se préserver d’un environnement chaotique. Vous savez, la plupart des patrons sont très spécialisés dans leurs créneaux, ils n’ont ni l’envie, ni les compétences pour gouverner politiquement.

Alors que faire pour pallier la perspective territoriale et à court terme des États-nations ? J’ai fait des propositions dans mon livre 20 défis pour la planète, paru en 2003. Il s’agit de mettre les gouvernements et les États-nations sous une espèce de pression, qui les pousseraient à penser et agir en termes planétaires et à long terme. Il nous reste vingt ans. Donc pas question de rêver à un État mondial !

N.C. : Ça paraît évident.

J.F. R. : Voyez le temps qu’il faut pour bâtir l’Europe ! On n’a plus le temps et, en plus, un État mondial ne serait pas forcément une bonne idée. Il faut donc une autre source de pression. J’imaginais donc qu’on pourrait monter, pour chacun des vingt grands problèmes urgents, un groupe des meilleurs experts mondiaux sur le sujet. Un tiers viendrait des gouvernements, un tiers des entreprises et un tiers des grandes ONG internationales (WWF, Oxfam, RUCN, etc). Admettons par exemple que l’un de ces vingt problèmes soit les réserves halieutiques (les poissons). Les pays représentés seraient essentiellement les Islandais, les Japonais, les Canadiens, les Sud-africains, les Portugais, les Espagnols... (ceux qui font beaucoup de dégâts, mais au moins ils connaissent le problème !). L’une des quarante-cinq institutions internationales déjà existantes servirait d’organisatrice, de facilitatrice. On partirait de trente experts, puis cela déboucherait sur des sous-commissions, soit finalement une centaine d’experts pendant deux ou trois ans pour analyser le problème, les sous-problèmes, les délais, les solutions, la vision de la quête accomplie, les solutions que prendrait un gouvernement mondial s’il existait, pour stabiliser les données.

À partir de ces solutions, on tirerait des normes, par exemple : interdiction des pêches rotatives, ce qui permet aux poissons de revenir en trois ou cinq ans ; ke suivi de toutes les flottes par GPS ; diminution des flottes de moitié ; recyclage des subventions à la pêche pour la reconversion des marins licenciés ; droits de pêche négociables ; interdiction de certaines pêches en haute mer ; etc.

C’est une phase où les experts seraient mis en état de « pré-prix-Nobel », c’est-à-dire qu’on en ferait des représentants de la planète entière et pas seulement de leurs pays ou entités d’origine.

N.C. : Tout ça débouche sur quoi ?

J.F. R. : Sur la troisième phase. Les experts se multiplient, deviennent des milliers et leur boulot devient celui d’une agence de notation. Chaque année, les deux cents États-nations du monde seraient notés sur les vingt grands dossiers brûlants : émissions de CO2, état de l’eau, biodiversité, lutte contre les grandes maladies contagieuses, lutte contre le trafic de drogues, etc. Cela donnerait un classement mondial. Comme le tableau d’une ligue de football ! La population mondiale aurait ainsi conscience des vingt plus grands problèmes à résoudre et pourrait voir quels sont les pays qui s’y attaquent le mieux, lesquels font des progrès et lesquels régressent. En tête de listes seraient les États modèles, en queue de liste les États voyous.

Si c’était fait très solennellement une fois par an, cela pourrait avoir une influence énorme : sur les États, sur les citoyens, sur les entreprises, sur les consommateurs, sur les touristes...

Ça injecterait deux types de pression : au sommet, pression sur l’image des états, les consommateurs pourraient boycotter, les grands fonds de pension pourraient retirer leurs capitaux, etc., toutes les sanctions des effets de réputation ; à la base, ça orienterait les électeurs auraient une grille internationale pour jauger les dirigeants nationaux... Ainsi ferait-on enfin bouger les États-nations, donc leurs politiques, à commencer par leurs éducations nationales respectives et donc les mentalités des enfants, futurs citoyens. Il faut qu’à l’avenir les jeunes humains se sentent d’abord citoyens planétaires et ensuite seulement citoyens locaux. C’est la seule chance de notre « village global ».