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Y a-t-il une vie après la démocratie ?



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Alain Bénard, maire libertaire et pragmatique

Propos recueillis par Patrice van Eersel

Alain Bénard, le maire (libertaire bien qu’UMP) de Saint Paul est persuadé que l’île de La Réunion possède un savoir vivre métissé, indispensable pour survivre au XXI° siècle. « Le développement durable, dit-il, va nous obliger à des changements qui se dérouleront beaucoup mieux si tout le monde participe ! »

(JPG)
A. Bénard - DR.

Nouvelles Clés : Pensez-vous que la démocratie parlementaire va se trouver peu à peu dépassée par une sorte de démocratie directe, fonctionnant en autogestion ?

Alain Bénard : Pas du tout ! La démocratie directe ne concerne jamais 100% des gens, ni 100% des problèmes. La plupart du temps, elle traite de questions qui intéressent des minorités. 5% des gens trouvent que le budget participatif, c’est bien ? Parfait ! 4% se sentent concernés par le conseil des sages ? D’accord. 10% suivent le travail du Conseil de quartier et 15% celui du Conseil des écoles ? OK. J’ai la vision d’une multiplicité d’outils, adaptés aux nombreux désirs individuels de s’investir dans la collectivité. La jeune mère se sent concernée par ce qu’on mange à la cantine de la maternelle, mais dès que son enfant passe en primaire, la maternelle, elle s’en fiche ! Il ne faut pas s’en plaindre. À chaque étape, elle agit au niveau où elle et sa famille vivent. Elle va suivra ainsi ses enfants jusqu’au bac et, plus tard, on la retrouvera dans un comité du 3ème âge. C’est de la démocratie sur-mesure. Les outils sont là. La question est de savoir s’en servir, pour tricoter de nouveaux tissus collectifs. Depuis 1789, ou même 1920, nous avons progressé. Dans un siècle, nos descendants riront de voir combien nous avons pataugé avant de lancer cette nouvelle phase.

N.C. : Pourquoi le processus semble-t-il bien démarrer chez vous, alors qu’il s’enlise souvent ailleurs ?

A.B. : Je vais vous le dire : en général, ils ont trop ouvert les nouvelles instances à n’importe qui. Ça n’est généreux qu’en apparence. Il faut commencer par fermer ! Et ouvrir petit à petit. Quand on a créé les conseils de quartier, dans toute la France, on a voulu frapper les esprits, en disant : « Venez tous ! » Et en deux ans, plus rien ne marchait. Nous, à St Paul, nous avons commencé par nommer les membres bénévoles de nos conseils. Trois ans plus tard, seuls les personnes motivées étaient encore là ; les autres avaient laissé leurs places à des nouveaux venus, qui posaient spontanément leur candidature. Et ça tourne. Il y a quelque chose d’artificiel, après des millénaires de silence, à donner la parole aux gens. Il faut du temps pour que chacun sache s’exprimer. Avons-nous atteint cet objectif ? Non bien sûr. Pouvons-nous en rapprocher le plus possible. Oui, c’est sûr. La participation n’est pas un but en soi. S’engager dans le développement durable, ce n’est pas seulement agir pour la préservation et la transmission d’un patrimoine naturel. On ne peut pas préserver la diversité biologique si on ne préserve pas la diversité des hommes et de leurs cultures. Le pari de la diversité, c’est donc le pari de faire connaître, de faire savoir, de faire aimer, de faire partager, de faire accepter la différence. Pour l’instant, la Paix n’est pas possible, parce que les hommes sont organisés sur le mode de la séparation. On les sépare par la richesse, on les sépare par ethnies, on les sépare par appartenances religieuses, on les sépare par mœurs, par cultures. Ce mode d’organisation de la société, qui domine le monde actuellement, est le modèle anglo-saxon de la ségrégation. Il fait vivre les hommes dans l’ignorance et la crainte les uns des autres et porte donc en lui la guerre.

N.C. : Vous semblez assez remonté contre les Anglo-Saxons...

A.B. : Chez eux, il y a des feuilletons pour les noirs, d’autres pour les lesbiennes, d’autres pour les protestants. C’est chacun chez soi et Dieu pour tous ! Ils comprennent la diversité sur le mode du cloisonnement et de la consommation. Même l’éducation devrait se consommer ! La colonisation anglaise n’a jamais eu l’ambition d’opérer une mission civilisatrice. Pour eux, seul compte le business. Même si la France n’a réalisé que très imparfaitement ses idéaux, nous avons une autre vision du monde. Mettre des gens dans des tiroirs qui s’ignorent est catastrophique à long terme. Que se passe-t-il dans cette mosquée, dans cette église, dans cette synagogue ? Quelque chose de louche, certainement ! La seule façon de coexister est de savoir ce qui se passe chez l’autre, sinon la parano monte et on aboutit au 11 septembre. Le système apartheid est à bout, comme le système pyramidal, comme les mécanismes économiques opaques. Notre mairie est en train de rompre son contrat avec la Compagnie générale des eaux, qui sera remplacée par une régie municipale. Pourquoi ? Parce que cette société privée ne nous transmet pas sa comptabilité. Où va notre argent ? Nous ne savons pas, c’est opaque. Les citoyens du XXI° siècle accepteront de moins en moins de se faire manipuler.

Pour aller plus loin : www.alainbenard.com