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Entretien
avec

André Chouraqui

© A. Chouraqui - 4.8 ko
Propos recueillis par
Jean Mouttapa


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Le peuple juif a-t-il inventé Dieu ?


Il y avait déjà la Bible de Jérusalem, la Bible d’Osty, la "TOB" (traduction oecuménique)... Il y avait déjà des dizaines de traductions du Nouveau Testament et du Coran. Mais à lire ces mêmes textes, fondateurs du christianisme, du judaïsme et de l’islam, traduits par André Chouraqui, on a l’impression de les découvrir pour la première fois. Et l’on s’aperçoit que les racines de notre inconscient spirituel collectif de Paris à Rio et de New York à Bagdad, remontent toutes à Abraham. Le Dieu prié sur la moitié de la planète serait-il juif de naissance ?


Nouvelles Clés : Vos traductions ont pour caractéristique essentielle de toujours serrer de très près le sens premier des mots "Si vous avez choisi de reconduire ainsi les textes monothéistes à leur origine hébraïque, est-ce parce que vous considérez le peuple hébreu comme "l’inventeur" du Dieu unique ?

André Chouraqui : Vous savez, on ne peut pas se réveiller un matin et se dire : "Je vais réaliser cette oeuvre", si on ne la porte pas déjà à l’intérieur de soi. J’ai traduit ces textes tout simplement parce que je portais ces traductions depuis toujours en moi. A vrai dire, j’ai l’impression d’avoir été traversé par cette oeuvre de résurrection des mots, je crois qu’elle a passé à travers moi parce qu’elle devait à tout prix passer.

Quant à votre question sur "l’invention" du Dieu unique, j’ai plutôt conscience que c’est le Dieu unique qui l’inventeur du peuple hébreu ! En vérité, ces choses-là ne s’inventent pas, elles sont ou elles ne sont pas. Elles touchent en fait aux réalités les plus profondes de l’homme et de l’humanité. Le judaïsme, certes, est un phénomène unique en son genre, irréductible à toute autre tradition... mais l’on peut dire la même chose du bouddhisme, du shintoïsme, du christianisme, etc. La multiplicité de ces unicités est infinie ! Cela dit, la Bible, en tant que livre, est une oeuvre particulièrement unique. Qu’elle soit traduite en plus de 1900 langues et dialectes, qu’elle soit le best-seller de tous les temps, qu’elle le demeure encore chaque année, cela ne s’invente pas non plus : il y a là quelque chose qui, à l’évidence, ne dépend pas seulement des hommes. De même pour le Coran, qui lui aussi est annonciateur de l’Elohim d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, et a connu un destin à nul autre comparable. Face à ces himalayas mystiques, les auteurs humains de livres, même les plus lus, font tous figure de petits nains !

N. C. : Dans son "activité" créatrice, le Transcendant de la Genèse se manifeste sous le nom dElohim. Dans le fait que ce vocable intraduisible soit un pluriel ne voyez-vous pas comme la trace, la réminiscence d’un polythéisme originel du peuple hébreu ?

A. C. : Le nom général générique de la divinité chez les Hébreux, comme chez tous les autres peuples sémites, est Elohim. Il vient d’un mot qui a rapport au cerf, symbole de la force.

Eloha, c’est la Force qui mène le monde. Elohim, c’est cette même force conçue sous le mode pluriel. En ce sens, vous avez raison : si l’on était allé dire à Abraham ou à Moïse qu’ils étaient monothéistes, ils auraient été les premiers surpris . L’idée de monothéisme, en fait, est une conception philosophique récente. Le peuple hébreu a trop conscience de la vie pour penSer qu’il n’y a qu’un dieu, ou plus exactement, pour penser que la vie et la divinité ne sont pas plurielles dans leur unité. Prenez le mot "visage", par exemple : en français, on dit "le visage d’un homme", mais c’est un mensonge. Qu’ya-t-il de commun entre votre visage d’enfant et votre visage d’adulte,entre votre visage en colère, ou pleurant, ou plein de joie, ou désespéré ? Les Hébreux, eux, disent Panim, "les Visages" , ou "les faces", comme je l’ai traduit. Tout ce qui est vraiment vivant est par essence multiple, et il n ’y a rien de plus vivant que le Vivant par excellence que la Bible nomme Elohim.

N. C. : Ihvh est l’autre nom qui indique l’intervention du Transcendant dans la Bible et qui s’accouple maintes lois à celui dElohim. Etonnante. cette dualité des noms qui désignent le Dieu Un...

A. C. : Il s’agit simplement de la dualité qui existe entre le nom commun et le nom propre : vous êtes un homme, c’est ce qui vous définit de façon générique, mais vous êtes aussi votre nom propre, qui vous désigne vous, personnellement, intimement, dans votre unicité. Le nom propre de l’Elohim de la Bible, le seul nom révélé directement par Lui à l’homme dans la liturgie du Buisson-Ardent, se compose de quatre lettres : Yod-hé-vav-hé, Ihvh. De même qu’Elohim dérive d’un mot qui signifie la Puissance, de même le "Tétragramme" dérive d’une racine qui a rapport à l’Etre. Lorsque Moïse demande à Elohim : "S’ils (les enfants d’Israël) demandent quel est ton nom, que leur répondrai-je ?", il lui est dit : "éhévé asher éhyév", "je serai qui je serai". On pourrait aussi bien traduire : "je serai : je serai", car la conjonction asher est la plus subtile des conjonctions. Il y a ici la répétition, à la première personne, du verbe être dans sa forme "inaccomplie". En hébreu, n’existe pas succession passé-présent-futur, mais la distinction sur un autre plan, entre l’accompli et l’inaccomplie est donc toujours "Celui qui vient", l"’Eternel", quoique le concept d’éternité tel que l’entend l’Occident soit foncièrement étranger à la pensée biblique. Disons plutôt : "l’Etre qui a été, qui est, qui sera" à chaque instant.

En un mot, la Transcendance pure.

N. C. : lhvh est non seulement. comme Elohim, intraduisible. mais également imprononçable. On serait bien en peine. d’ailleurs de le prononcer puisque du fait de l’absence de voyelle dans l’hébreu écrit ce tétragramme ne nous dit rien de sa prononciation originelle. Comment interpréter cette béance. ce silence crucial au coeur même du judaisme ?

A. C. : Le Tao dit que le nom qui peut se prononcer n’est pas le Nom qui fut toujours, et que la route qui peut se parcourir n’est pas la Route qui fut toujours. Ce que la Bible nous apporte, c’est la compréhension d’un fait essentiel : dès que vous donnez un nom à la divinité, vous suscitez la contradiction. Je suis attaché à la Bible parce que son "dieu" n’a pas de nom, ou plutôt, parce qu’il a un nom silencieux. On ne peut donc sérieusement se diviser sur cet Essentiel, on ne peut que se fondre dans cet Essentiel. La Réalité la plus universelle (la plus "catholïque", si ce mot avait encore un sens), c’est l’Etre. On peut dire : "Je ne crois pas en un Dieu" ... et pour tout vous avouer, tel est mon sentiment. Mais comment pourrait-on ne pas croire en Ihvh l’Ineffable, l’Imprononçable, c’est à dire en l’Etre de l’être ? Le mot croire, d’ailleurs, est un piège, car la foi en l’Etre n’est pas une croyance d’ordre mental, mais une adhérence. L’homme de fois adhère à Ihvh comme l’écorce adhère à. l’arbre. Cela se passe de mots, cela se passe de noms pour nommer l’Innommable. Aussi, les Hébreux, pour lire le Tétragramme, prononcent Adonaï que l’on a souvent traduit par Seigneur ; mais là encore, à quoi bon employer un mot aux connotations médiévales et féodales ? Il y a tant de mots étrangers déjà intégrés tels quels dans la langue française que je ne vois aucune raison de ne pas conserver ce nom d’Adonaï, qui, en réalité n’est pas étranger au christianisme puisque c’est celui qu’employait Jésus.

N. C. : Lorsque nos manuels d’histoire nous parlent de lavhé ou de Jéhovah, ils sont donc, du point de vue spirituel complètement hors-sujet. Mais les chrétiens ont-ils mieux en nommant "Dieu " cet indicible ?

A. C. : Pour Jéhovah, on a purement et simplement marié les consonnes de Ihvh avec les voyelles de la prononciation d’Adonaï. Les chrétiens qui ont fait cela n’ont fait que montrer leur profonde ignorance du principe biblique qui commande de ne pas prononcer I’lmprononçable. Ce qui est invraisemblable, c’est que les deux mots les plus importants de la Bible, Adonaï et Elohim, soient rayés, effacés des 1900 traductions existantes ! Au moment de réaliser ma propre traduction, je me suis aperçu qu’aucune de celles qui existaient depuis deux mille ans n’avait jusqu’alors adopté cette clé, pourtant lumineusement évidente. Ce faisant, elles vidaient la Bible de son contenu essentiel et irremplaçable, et étaient toutes entachées du plus grand sacrilège. Les traducteurs étaient pourtant avertis par le commandement : "Tu respecteras le nom d’Adonaï Elohim" commandement dont dérivent tous les autres, y compris le : "Tu ne tueras point", puisque ne pas respecter le Nom, c’est en quelque sorte tuer l’Etre de l’être. Mais il y a pire : outre ce sacrilège, le véritable drame c’est qu’on nous propose en prime, au lieu du nom d’Adonaï Elohim, son exact contraire : kurios theos, qui, en grec, désigne les dieux de l’Olympe, puis les empereurs romains qui se sont attribués le nom de dominus deus. Theos, deus, Dieu, ne sont autre que le Zeus, et le despote romain qui s’y assimile ! Chez les anglo-saxons et les normands, même confusion : Gad, Gott, dérivent de Wotan et de Tor, les dieux de la guerre ! Au Japon, depuis Saint François-Xavier, on a cherché un "équivalent" au nom d’Adonaï Elohim, et en fin de compte, comme le montre la dernière traduction oecuménique de la Bible en Japonais, on est tombé sur Kami, qui est le nom général des quelque huit millions de divinités shintoïstes. "Une de plus, une de moins..." se sera-t-on sûrement dit ! Mais on a fait là un contresens catastrophique sur la quidité, sur la nature profonde de la Bible. "Oui, me disent parfois certains de mes amis, mais lorsque I’on prie "Dieu", on ne pense pas à Zeus". Ce à quoi je réponds toujours : "Alors dites-Ie, et n’ayez pas peur d’employer les noms justes ! Ou bien, si vous pensez que les mots n’ont pas de sens, qu’ils n’ont aucun rapport essentiel avec l’être, taisons-nous, tout se vaut et rien ne vaut la peine de vivre, de parler et de prier ! Mais on ne peut raisonner ainsi et en même temps faire semblant de croire au commandement : "Tu n’élèveras pas, tu ne porteras pas le nom d’Adonaï Elohim en vain. "Ne voyez dans mes propos aucune idolâtrie du Nom.

On peut très bien adorer "Dieu", c’est à dire en fait Zeus et être un saint. On peut très bien clamer le nom d’Adonaï Elohim et être une fripouille. Le problème n’est pas là, mais se situe précisément dans ceci il ne viendrait à personne l’idée de remplacer, dans un texte philosophique grec. Theospar Adonaï ; or, personne n’est choqué outre mesure par l’inverse, pratiqué couramment. Ce qui sous-entend : hors de ma culture -gréco-latine, en l’occurrence, mais cette attitude est générale - hors de mes normes, le reste est barbare, et ne peut être assimilé qu’après être passé au crible de mes concepts, et en fin de compte, avoir été dénaturé. Les premiers qui ont "fait le coup", d’ailleurs, étaient des rabbins, ceux d’Alexandrie, qui croyaient sûrement qu’en conservant Adonaï Elohim, ils se seraient faits traiter de barbares. Ils n’avaient sans doute pas tort, mais leur intention apologétique s’est révélée profondément dénaturante. J’observe encore la même chose chez beaucoup de mes amis juifs... On comprend difficilement que le respect de la différence, de l’étranger, ne peut advenir que si on le fonde sur l’authenticité, sur le respect de la vérité profonde de chacun. Heureusement, le peuple chrétien perçoit de plus en plus, je crois, que sa vérité profonde à lui repose sur ce code génétique irremplaçable qu’est la Bible, telle qu’écrite par les Hébreux.

N. C. : La vie vous a placé au centre du dialogue interreligieux. Mais il faut bien le dire, l’oecuménisme se réduit souvent à une sorte de diplomatie froide laborieuse et sans grâce, en vue d’établir un modus vivendi entre des institutions désuètes. Je suppose que cet oecuménisme-là n’est pas celui qui vous inspire ?

A. C. : Certainement pas ! L’oecumen, à l’origine, désignait l’ensemble des régions de l’Empire romain, qui s’étendait, dans sa diversité et en même temps dans son autoritaire centralisation. sur tout le pourtour de la Mediterranée. Là était le "monde civilisé", bien sûr sous le joug de Rome. Le reste, c’était les "barbares". Le mot lui-même d’oecuménisme est entâché de cette distinction génératrice d’exclusion. En outre, si les Romains avaient bien des défauts, ils avaient au moins une vertu, c’est qu’ils n’étaient pas racistes : ils ont accepté un empereur espagnol, un empereur maghrébin, un égyptien, un turc... et même un dieu juif ! Aujourd’hui, par contre, on est couramment raciste, il n’est que de voir la façon dont on voudrait réexpédier les "barbares" par voie de charter dans leur faim et dans leur mort et les exemples pullulent d’une non-reconnaissance de l’autre, de sa vie et de son être. On est raciste et on est couramment antisémite. lorsqu’on veut effacer toute trace juive des fondements même de la civilisation occidentale. Ce qu’il nous faut, ce n’est pas cet oecuménisme-là. qui se fonde sur l’exclusion de l’autre et sur l’oubli des racines, mais c’est ce que j’ai appelé un "foecuménisme des sources" : retourner, pour se nourrir d’elles, vers les racines qui nous ont donné notre code génétique spirituel. Le dialogue ne consiste pas à "parler à deux", comme d’ éminentes personnalités le pensent encore. Le dialogue n’est ni un duel ni un duo. Dia-logos signifie "aller vers le logos", qui est la Parole. Dialoguer, on peut le faire à cent, à mille, à cent mille, dans la plus foisonnante diversité, si l’ on marche ensemble vers la vérité, chacun nourri par ses propres sources.

N. C. : Par votre traduction des livres Iondateurs, que jusqu’alors on aurait pu croire écrits dans un style désespérant de platitude inodore et sans saveur ces textes en réalité bien vivants ont retrouvé le sel du prophétisme. Un sel qui, au-delà de l’esthétique transforme le langage en poème et que l’on goûte aussi dans votre "Cantique pour Nathanaël". Diriez-vous que l’expression poétique peut prétendre dire l’indicible ?

A. C. : Tout d’abord, une traduction de la Bible ou du Coran qui n’est pas poétique est pure et simple trahison. La Bible et le Coran sont poèmes en leur essence, au sens où ils sont chants : on ne les lit pas, on ne les dit pas, on les chante ! Chez les Hébreux et les Arabes, on a ainsi accès à une Torah et à un Appel (Coran) vivants.

Le drame des chrétiens est que, contrairement à ce qu’il est encore possible de voir fréquemment dans l’islam et le judaïsme, aucun chrétien, du moins à ma connaissance, n’est capable de dire la Bible par coeur en chantant ! Quant au Cantique pour Nathanaël, je I’ai porté en moi toute ma vie, et ai commencé de l’ écrire dès mes premières traductions de la Bible, notamment celle des Psaumes. Il est un surgeon de l’univers biblique tel que je l’ai reçu, qui est un univers poétique. Ensuite, je l’ai vraiment rédigé quand j’ai décidé de quitter l’Occident pour aller vivre à Jérusalem. C’était, si vous voulez, mon testament à la fin d’une vie pour en commencer une autre, et c’est pourquoi il constitue pour moi la clé de tout mon cheminement. A certains égards, il annonçait ce que j’allais vivre plus tard à Jérusalem. Tel ou tel passage, lu avec quelques trente années de recul, me laisse parfois transi d’étonnement : comment ai-je pu voir et savoir ainsi ce que serait mon chemin, sans être nullement doué pour la prémonition ? C’est, je crois, que l’avenir comme le passé sont contenus dans le présent. Recevoir avec intensité le présent, c’est déjà réaliser en nous I’avenir. Et cela, seul le poème, trace l’essence de son chemin personnel, qui va toujours du Chaos initial vers le Royaume. De même, le poème biblique nous décrit le cheminement anthropologique par excellence, qui nous mène vers la réalisation du grand projet de Royaume d’Abraham, des Prophètes, de Jésus, des Apôtres, de Mohammed...

J’espère que l’humanité finira par réaliser cet immense Projet, qui n’est autre que la réconciliation de l’Homme avec l’Homme. qui ne peut passer que par la réconciliation de l’Homme avec l’Etre de l’être.

N. C. : Vous espérez... mais voyez-vous aujourd’hui les prémisses d’une concrétisation de ce Projet universel ?

A. C. : J’en vois les prémisses parce que je les exprime ! Pour les voir, il faut bien sur les réaliser en soi d’abord, autour de soi ensuite, et tenter de les faire voir à ceux qui ne les voient pas. C’est déjà leur donner un début de consistance réelle. Je crois qu’il existe en ce domaine une loi d’homéopathie qui fait que le petit nombre, voire l’homme seul comme Abraham, Jésus ou Mohammed, peut faire plus avancer les choses que la foule. Et puis, je suis profondément convaincu que ce Projet est réalisable, parce qu’à l’évidence, il est attendu par tous aujourd’hui. Mieux : sa réalisation conditionne la survie même de l’humanité !

Enfin vous savez, être satisfait de son vivant par la concrétisation de ce que l’on annonce, là n’est pas le plus important.

Ce qui importe est d’être en marche. N’ai-je pas traduit le "makaroï" des Béatitudes non par le fameux et sempiterne : heureux ceux qui... , mais par un "En marche !" exclamatif, qui est beaucoup plus proche de l’hébreu ashréi que traduisait makaroï ? Là aussi, il y a eu déperdition et dénaturation de I’essentiel : car le bonheur n’est pas dans la satisfaction, mais dans le fait de se sentir et d’être toujours "en marche".

À lire :

-  Mon Testament : le feu de l’alliance, André Chouraqui, éd. Bayard
-  Moïse, André Chouraqui, éd. Flammarion
-  Le Coran, André Chouraqui, éd. Robert Laffont
-  Naissance de Dieu, la bible et l’historien, Jean Bottero, éd. Gallimard

Site officiel : www.andrechouraqui.com