Gentil
Cruz (1951 - 2005)
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La
tragique nouvelle a mis des mois a nous arriver, par bribes, dans
un crescendo de plus en plus alarmant. Aujourd’hui, c’est hélas
chose quasiment sûre : Gentil Cruz, l’alter ego d’Éric Julien
en Colombie, celui avec qui le fondateur de l’association “Tchendukua
- Ici et ailleurs” rachetait des terres, en notre nom à tous,
pour les Indiens Kogis, a été sauvagement assassiné par une milice
paramilitaire fascisante, après trois mois de séquestration et
de torture. Groggy, Éric Julien s’est d’abord demandé s’il allait
pouvoir continuer, tout seul, dans une entreprise qui devient
chaque année plus dangereuse. Mais il s’est vite redressé et nous
adresse l’appel ci-dessous pour, non seulement poursuivre la tâche,
mais redoubler d’effort… si possible avec votre aide, avec notre
aide à tous.
Depuis longtemps
expert en “affaires indiennes , Gentil Cruz était reconnu et aimé
par toutes les communautés et tribus précolombiennes des montagnes
de Colombie. Il portait bien son nom : c’était un homme d’une
douceur et d’une humanité rares ! Avec Éric Julien et Tchendukua,
son action et sa réputation étaient devenues internationales.
Sa connaissance du terrain avait été décisive pour racheter des
terres, grâce aux dons envoyés en grande partie de France, et
les “rendre” aux Kogis de la Sierra Santa Marta. Ensemble, ils
avaient aussi co-signé "Kogis Le réveil d’une civilisation
précolombienne", que nous avons été heureux et fiers de publier,
l’automne dernier, et où les deux hommes racontaient leur grande
aventure commune...
Rien n’est
encore à sûr 100%, mais selon des sources hélas bien informées,
c’est justement parce qu’il avait l’image d’un homme intègre et
bon que Gentil aurait été enlevé. Les milices d’extrême-droite,
qui contrôlent des régions entières du pays (à ne pas confondre
avec les FARC de gauche, qui détiennent notamment Ingrid Bettancourt),
cherchaient apparemment un homme de paille “ clean ” pour détourner
une partie de la fortune que les États-Unis donnent chaque année
à la Colombie pour détruire les champs de coca. Gentil aurait
refusé d’entrer dans la combine, malgré les coups. À la fin, il
en savait trop…
Comme Bruno
Manser, comme Chico Mendès, comme d’autres martyrs de la cause
des Peuples Premiers, nos ancêtres encore vivants, Gentil Cruz
a été tué parce qu’il avait décidé de mettre de l’humanité dans
l’une des zones les plus cruelles du monde, là où la modernité
se révèle sous son jour le plus terrifiant : le chaos matérialiste.
Les Kogis ne sont pas directement liés à la mort de Gentil. Malheureusement,
les choses vont mal pour eux aussi. Les milices ont assassiné
plusieurs des leurs, pour récupérer certaines des terres rachetées
par Tchendukua - agissant ainsi par racisme et pour pouvoir se
livrer plus tranquillement à leurs trafics. L’heure est grave.
Après avoir longuement réfléchi et discuté avec ses amis, Éric
Julien a décidé de tenir bon. Si vous pouvez le soutenir, ou si
cette idée vous a déjà effleuré l’esprit, c’est vraiment le moment.
Appel
à votre soutien, à votre présence, à vos écrits
Ligne
verte, ligne de vie, ligne de paix
Madame, Monsieur,
À plusieurs
occasions, de nombreuses personnes nous ont interpellé pour nous
demander, quelles garanties nous avions que les terres rachetées
et restituées aux Kogis ne leurs seraient pas reprises. À chaque
fois, nous avons répondu que nous n’en n’avions aucune, mais que
si ces terres n’étaient pas respectées, alors nous ferions appel
à eux et aux milliers de personnes qui se sont mobilisées pour
que se concrétise ce rêve insensé.
Aujourd’hui
les terres rachetées et restituées ne sont plus respectées, les
Kogis et les différentes communautés de la Sierra Nevada de Santa
Marta sont menacés de disparition.
Le temps est venu d’exprimer notre solidarité, notre désaccord
… nous ne pouvons pas accepter cette situation !
“Nous, on
essaye de garder l’équilibre chez nous dans la Sierra, mais vous,
que faites-vous de votre responsabilité ?” nous rappelait Marco
lors de sa venue en France…
Comme vous
le savez, notre association tente d’accompagner les sociétés racines,
et plus particulièrement la société des Indiens Kogis (Nord de
la Colombie, 12.000 personnes) dans l’invention d’un futur qui
leur soit propre. Afin de donner vie, donner corps à cet objectif,
grâce à vos dons, votre présence, nous avons réussi un joli chemin.
13 terres ont été rachetées et restituées aux Kogis pour une surface
totale de 1500 hectares. Des objets en or, céramiques, instruments
de musique ont été retrouvés, parfois rachetés pour être rendus
aux Kogis, afin de permettre la remise en place de leurs rituels.
De grandes parcelles de forêts tropicales ont été préservées.
Enfin, une relation de confiance s'est peu à peu instaurée entre
deux mondes.
Une relation qui donne à voir d’autres voies, d’autres façons
d’être et d’agir ensemble... où les mots fraternité, respect,
partage prenaient tous leurs sens.
Mais depuis
quelques mois, la situation dans la Sierra s’est brutalement dégradée.
Plusieurs nouvelles douloureuses nous sont parvenues, qui ébranlent
fortement cette démarche et remettent en cause notre travail.
Bien sûr, il y a la disparition de Gentil, notre ami et collaborateur,
qu’aucun de nous n’a plus vu depuis le 11 novembre 2004... Mais
il y a aussi le “vol” de deux des terres que nous avions restituées
aux Kogis, au mépris de toutes les lois colombiennes, le déplacement
forcé de dizaines de familles, l’assassinat de plusieurs Kogis,
le viol de femmes, la fumigation de leurs terres, etc. Force est
de constater que nous assistons impuissants à un “ethnocide"
silencieux, disparition programmée d’une communauté et d’un regard
sur le monde... Les derniers “ hommes vrais ” meurent étouffés
par notre silence.
Comme le dit
Edgar Morin : “Notre planète est une machine emballée sur laquelle
nous n'avons plus prise, nous allons contre le mur en connaissance
de cause.” Les sociétés racines, parce qu’elles ont toujours gardé
leurs liens à la nature régulatrice, au vivant, ont su mettre
en place les règles, principes permettant d'éviter les déséquilibres
et le chaos. Or, ce sont ces sociétés que nous détruisons.
Alors que
faire ? Quelles actions justes, accessibles mettre en place qui
mobilisent nos énergies, sans porter tort aux différentes communautés
sur place ?
En réponse
à cette situation tragique, nous vous proposons une action simple,
vous associer directement à l’achat d’une nouvelle terre, une
terre que nous voudrions transformer symboliquement en “terre
de paix internationale”. Une terre choisie par les Kogis, dans
une région encore libre d’accès, car sécurisée par l’armée.
Pour que vous
puissiez être présents, avec les Kogis sur cette future “terre
de paix internationale”, il vous suffit de nous renvoyer, sur
le document joint, un message, un texte, un poème ou un dessin
qui exprime votre solidarité, votre émotion, un souhait, un vœu,
ou toutes autres idées, mots, concepts qui vous sembleront justes
dans cette situation.
Ces “messages”,
une fois réunis, seront emportés et disposés symboliquement sur
cette nouvelle terre “de paix”, en présence des Kogis. Une façon
de manifester publiquement et symboliquement votre présence et
votre engagement. Afin de renforcer l’impact de votre courrier,
ceux qui le souhaite, peuvent y joindre une photo, un visage…
Cet “achat”
de terre, que nous pensons mener dans les mois qui viennent, sera
baptisé pour l’occasion “Ligne verte, ligne de vie, ligne de paix”.
À travers cette affirmation, il s’agit, grâce à votre présence,
vos messages, de dresser une barrière symbolique afin de protéger
les Kogis, les peuples racines, mais aussi et surtout, une certaine
vision du monde et de la vie. Une “barrière symbolique” autour
de laquelle nous allons tout faire pour attirer l'attention des
opinions publiques pour l'alerter sur les dégradations accélérées
que subissent les derniers espaces “naturels”, espaces de vie
privilégiés des “communautés racines” dont font partie les Kogis.
Pour cela,
l’opération sera filmée, des cartes “lignes vertes”, où apparaîtront
vos milliers de messages au milieu des Kogis, seront réalisées,
diffusées, et vous seront adressées. Enfin, nous vous proposons
de nous retrouver, en France, tous ensemble pour un événement
exceptionnel de solidarité et de jumelage avec cette “terre symbolique”,
en septembre 2005.
Pour que
cette opération fonctionne, pour qu’elle ait un réel impact symbolique,
il est indispensable que des milliers de messages puissent être
emmenés et déposés sur cette terre. Faites circuler l’information,
mobilisez vos amis, vos voisins, qu’ils nous adressent des lettres,
des messages de paix, de soutien, de sympathie… Alors peut-être...
L’avenir est
aussi entre nos mains, et il suffit parfois de gestes symboliques
forts pour changer le cours des choses... alors, on essaye ?
Fraternellement
à vous,
Éric JULIEN
Tchendukua - Ici et Ailleurs
Muriel, Jean-François,
Lisa, Yann, Véronique Fabrice, Aurélie, Jacques, Michèle, Jean-Pierre,
Pascaline, Odette, Arnaud, Jacqueline, Aurore…
Cliquez
ici pour télécharger le document (PDF)
Association
Tchendukua . Ici et Ailleurs - 11, rue de la Jarry - 94300 Vincennes
www.tchendukua.com
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