Je m’exerce à la zénitude et c’est dur. Depuis le temps, cela devrait couler de source, être acquis quand même avec tout le travail que j’ai fais sur moi !
Mais comme j’ai parfois (parfois seulement) un caractère de cochon, alors ma zénitude s’envole, disparaît et me laisse nu, démunis devant la vie. Je dois dire que j’ai des impatiences, en particulier pour tout ce qui touche à des aspects de ma vie qui me paraissent essentiels et quand ils sont maltraités ou niés par autrui ou, comme dirait un de mes fils, "quand on vient te chercher... tu montes vite au créneau", je deviens alors irritable, tranchant et pour tout dire quelquefois blessant pour ceux qui m’entourent. Il y a parfois dans mes comportements relationnels toute une dimension réactionnelle qui est en désaccord avec mes choix de vie, avec mes valeurs et surtout avec ce que je tente d’enseigner ou de transmettre. Je souffre par exemple de me laisser trop souvent envahir par des problèmes mineurs, de me laisser atteindre émotionnellement par des questions qui me semblent dans l’après-coup, puériles ou sans aucun intérêt et qui, si j’avais eu plus de recul, n’auraient pas effleuré trop longtemps ma conscience. Je suis donc capable, avec beaucoup de sincérité et d’enthousiasme, de me polluer, de me gâcher une soirée ou toute une fin de semaine en remâchant mon indignation, en refaisant cent fois le scénario d’une situation pour montrer qu’il aurait été possible de dire, de ne pas dire, de faire ou de ne pas faire autrement, si seulement on avait pris un peu de temps pour me consulter, pour m’en parler, pour échanger, pour faire autrement quoi !
Tout cela m’a paru durant très longtemps comme faisant partie du lot quotidien de la vie, mais je découvre aujourd’hui que cela pose plus de problèmes non aux autres, mais à moi-même, à l’intime de moi-même. Car cela réveille en moi une structure paranoïde que je connais bien (vous savez celui qui se sent persécuté pour un rien et qui alors se sent en droit d’être à son tour pénible, hargneux voire persécutant à son tour !) Cette composante de ma personnalité est une vieille connaissance, qui m’accompagne depuis longtemps et qui serait risible, si elle n’était douloureuse...
Je croyais pourtant au cours des dernières décennies avoir jugulée, calmée et apaisée, cette dimension persécutoire récurrente, qui même si elle n’a pas une dimension pathologique grave, reste trop envahissante, empoisonnante ! Je pensais que j’avais parcouru, après tant de parcours thérapeutique, tant de formations aux relations humaines, un chemin suffisant pour ne plus me laisser envahir par elle. Mais comme disait ma grand-mère, qui semblait en savoir beaucoup sur la faiblesse humaine, "où qu’on se tourne et aussi vite qu’on aille, on a toujours son derrière, derrière soi ! " Ainsi mon avatar paranoïde semble, malgré mes efforts, toujours présent à l’arrière plan de mes pensées, de mon imaginaire, de mes rêves de vie.
Pourtant aujourd’hui, mon aspiration la plus profonde c’est d’être moins réactionnel, plus cool, plus souple, en un mot plus zen ! Plus zen, c’est-à-dire être capable d’accueillir sans être déstabilisé les frustrations inévitables de la vie, de pouvoir « encaisser » des incompréhensions, voire des injustices sans « grimper » tout de suite aux sommets de l’indignation, d’accepter les déceptions ou tout au moins d’être plus capable d’entendre le vécu de l’autre.
Etre zen, dans mon imaginaire, ce serait de ne plus me persécuter avec des pensées parasites, de ne pas m’angoisser pour des futilités, d’éviter de bloquer ma respiration, de ne plus entendre dans ma tête la répétition en boucle de ce qui m’a été fait et qui n’aurait pas dû m’être fait ! Bref d’être capable de relativiser, de prendre du recul, de garder le sourire, le regard clair et une impression de bon, de chaud tout à l’intérieur.
Etre zen serait de rester présent au présent. Simplement cela : être vivant, entier, en paix, là où je suis, quelque soit avec qui, quelque soit l’endroit où je suis !
Jacques Salomé est l’auteur de :
Pourquoi est-il si difficile d’être heureux. Albin Michel
Et si nous inventions notre vie . Ed Relié.
A qui ferais-je de la peine si j’étais moi-même. Ed de l’Homme
Site : www.j-salome.com
Bonsoir,
Je ne vois pas grand chose à ajouter à cet article Ô combien pertinent ! Tout est dit ! Tout est...si parlant, si remuant, étincelant de vérité,...avec des mots justes et appropriés pour décrire ces états d’être, ces ressentis, ces moments précieux d’intimité avec soi... !
Que de colère et d’emportements face à des situations qui agissent chez nous comme des "TILTS" : des-pompes-à-indignation et à injustice...
Mais que d’agacements supplémentaires à observer les répétitions de ces schémas familiers déjà mille fois décortiqués, dont nous connaissons tous les recoins (ou croyons connaître ?)...
Que d’irritations à nous prendre la main dans le sac, en état de récidive, d’accoutumance et de dépendance ! Que de faiblesse ?!?
Mais pire encore sont ces sentiments constants d’exigence et d’intransigence qui nous accablent...si piêtres ami(e)s que nous sommes pour nous-mêmes...
Aveuglés et affectés pas tant d’égo qui n’a de cesse que de lutter (pour quoi ?) et de prouver (à qui ?)...s’acharnant rageusement à le faire !!
Pouvons-nous juste un instant nous arrêter et nous abreuver de bienveillance et de compréhension...pas de complaisance mais "seulement" de compassion ?
Bon voyage...
Merci d’être notre éclaireur dans cette quête de sens, de partager humblement avec nous vos questions essentielles...et d’accepter de nous parler des monstres camouflés dans les cachots de votre intérieur... !
Bonjour, j’abonde évidemment dans le sens du message de Cléa ci-dessous et complète : nous sommes tous de fameux schizophrènes mais nous nous soignons. Il est bien vrai que les sourires thérapeutiques ont ceci d’énervant qu’ils donnent envie - outre de frapper - de les effacer net comme on nettoie un tableau noir, d’un coup d’éponge. Et la part d’obscurité tapie en moi, comme en vous tous, n’en demande souvent pas moins pour faire surface, impuissante à se contenir. Comme en ce moment. Mais le côté lumineux de la Force remporte la plupart du temps le combat et je sors indemne de ce pugila silencieux qui me laisse pourtant un gout amer de schizophrénie. C’est ainsi que, faisant fi de certaines sagesses affichées et qu’oubliant la surabondance locale des conseils de santé, de propreté, d’amour universel, professés par les athlètes de la sagesse de Nouvelles Clés, je vais faire tabula-rasa de toutes mes défiances, de mes amertumes et fort de cette démonstration in vivo de l’empire que j’exerce sur moi-même, (et que je conseille à tous de pratiquer) me réabonner ipso-facto à Nouvelles-Clés d’une carte bleue ferme et sincère.
Sans omettre au passage de donner ce conseil éclairé et probablement inutile si votre attention m’a accompagné jusque-là : Messieurs et dames les Sages, n’oubliez pas que par moment à l’instar de monsieur Salomé, vous êtes largement aussi schizophrènes que nous !
Cher Jacques Salomé !
Je trouve cet article extremement émouvant de sincérité et d’honnêteté intellectuelle ( ?) , j’ai le soupcon que si tous nos "choryphées" de l’enseignement spirituel étaient en situation d’absolue sincérité , ils nous fourniraient sans doute aussi un tel tableau de leurs doutes temporaires et passagers ... J’ai le soupcon que ce sont justement vos années d’expérience relationnelle et d’études de l’humain qui vous donnent maintenant le courage moral nécessaire pour cette mise à nu !! Et je vous dis CHAPEAU !!!
Il en est bien ainsi que tous , absolument , tous, avons notre part d’ombre et que même cela fait partie du plan originel puisque c’est cette part d’ombre qui nous sert de réactif, qui nous fait nous mettre en chemin , à l’assaut des cîmes que d’aucuns nous promettent par la méditation ( !?) , à chacun de nous de découvrir en soi la tentation suprême et la motivation suprême également qui évidemment se trouvent face à face , comme l’Ego et le Soi , avec quelquepart notre libre-arbitre qui pose les choix qui deviendront avec le temps spontanés, lorsque les nouveaux schémas auront renfloué les vielles orniéres où nous étions englués ...
Je vous admire vraiment beaucoup pour cet acte public , cette confession inattendue . Par rapport á moi même je trouverais indécent de vous donner aucun conseil , vous m’avez donné énormément seulement par le fait que vous avez osé le faire . Oui tout est souvent dur, hyper dur par moments et puis soudain tellement gratifiant et enivrant , et je suis persuadée que le simple fait de cette publication vous a fait faire un bond en avant ...
Une petite constatation : le discours thérapeuthique est souvent, très souvent un grand distillateur d’ennui (HOU) et tombe trés souvent dans le piége fatal de l’Arbre de la Connaissance ( !!!), peu y échappent, entraînant avec eux une masse d’esprits torturés dans l’abîme labyrinthique d’une rhéthorique qui reste á la surface du vivant .
Eh bien , je n’ai pas lu tous vos livres, ni toutes vos chroniques mais je suis bien certaine que caractére de cochon périodique ou pas , on ne s’ennuie sûrement pas avec quelqu’un qui a su ouvrir son coeur aussi grand !!!
Bien amicalement Cléa
Monsieur Salomé,
Votre confession très intime et "tabou" dans notre société qui se veut performante me parle beaucoup : une sensibilité que je croyais moi aussi pathologique. D’ailleurs, dès que j’en parle à mon neuro, c’est d’office prescription de neuroleptique , de lysanxia,... Je ne suis pourtant pas un danger pour la société ; je suis d’un tempérament très doux.
La philosophie qui m’a "sauvée" est le taoïsme , sagesse, liberté de la pensée, non-lutte face aux évènements, patience, altruisme constant ( sans rien attendre en retour), pratique du tai chi chuan, de la musique , de la méditation, de la calligraphie (ou de la poésie).
La nutrition est importante aussi : pas d’alcool,...
Tout cela est parfois très difficile car cela exige une discipline à toute épreuve. Mais le maître incontesté dans ce domaine , c’est Gandhi ( înfiniment courageux et volontaire , poursuivant toujours sa route malgré les épreuves) : une volonté suprême. Bien sûr, il avait aussi des défauts...
Si c’est le cas, merci d’avoir pris le temps de lire ce petit mot.
Belle journée zen.
Laure Vandenheede
Quelle humilité et quelle lucidité de votre part à votre égard. Ce long travail ne nettoyage interne donne parfois l’impression qu’il est sans fin, que c’est une lutte incessante avec la part sombre de soi-même. Mais c’est aussi le plus beau "cadeau" que l’on se doit de s’offrir.
Et, c’est aussi ce qu’on devrait inculquer très vite et très tôt dans ce qu’on ose appeler encore l’Education Nationale. Apprendre des millions de choses dans des tas de domaines, mais occulter tout ce qui serait de l’ordre de l’apprentissage relationnel... est un véritable non-sens à mes yeux. Ca revient, si on pousse les choses à l’extrème à accepter de "fabriquer" des performants spécialisés en..., mais accepter de laisser agir aussi des sortes de handicapés relationnels. J’essaie de réfléchir à un projet à proposer à ce sujet, mais je me sens bien insuffisante pour le mener à bien... et , quoique toujours présent, il est souvent à l’arrêt.
Beaucoup de sutuations pénibles individuelles et sociales pourraient pourtant être évitées et tout le monde s’en sentirait d’autant mieux.
Bravo pour vos livres, bravo pour l’honnêteté dont vous faites preuve dans ce texte. Vous faites partie des phares qui illuminent la vie pour ceux qui veulent bien vous entendre. Bonne route vers vers votre "zénitude" à développer. Nul doute que vous allez y parvenir. Cordialement Pascale
Il y a toujours du grain à moudre !!! Et des graines à semer...
Il y en a qui germent, même dans l’Education Nationale...
Après une petite dizaine d’années dans le métier, je ne puis dire combien de temps encore je parviendrai à enrichir mon enseignement des quelques pas que j’ai déjà parcourus sur le chemin, dans un contexte de plus en plus individualiste, où le métier d’enseignant est moins souvent conçu comme un engagement éthique et une responsabilité spirituelle, et où tous les choix qui sont faits par ceux qui gouvernent vont à l’encontre de l’épanouissement de l’Etre... Un jour peut-être partirai-je explorer d’autres structures, à contrecoeur, car j’aime l’idée de faire profiter TOUS les élèves d’approches alternatives de la transmission. Mais pour le moment je persiste à penser que c’est possible !
Pour revenir à la zénitude, ça me rappelle une lecture : Jacques Castermane raconte dans l’introduction du Centre de l’Etre que KG Dürckheim, peu avant de mourir, déclarait qu’il avait encore du travail, parce qu’il s’agissait pour lui de renoncer à mourir selon l’idéal de "zénitude" qu’il était tenté de se représenter.
La perfection n’est pas de ce monde... Le cheminement à sa rencontre si, bien sûr ! Comme l’exprime si bien Rûmî :
"On dit : il ne peut être trouvé. C’est justement ce qui ne peut être trouvé que je désire."
On serait presque pris d’angoisse en vous lisant.
Qui a présent pourra espérer atteindre cette foutue Zénitude si le "Professeur" lui même connait des manquements.
Bien sur on pourra toujours se référer au vieil adage "Faites ce que je dis mais pas ce que je fais" mais .......
Bravo quand même pour tous vos textes.
Mickael
En reponse a monsieur salome je dirais que peut etre n avez vous pas integre cette partie de vous. La nier est plus prejudiciable que de l integrer et lui donner sa juste place. C est une partie de vous qui demande a etre entendue et avoir sa place dans votre existence. Aussi lorsqu elle est entendue cette partie de vous n est plus aussi virulente. Elle s aligne sur le chemin de vie que vous avez choisi. En ce qui me concerne, il y a des aspects de moi qui me derangent et que j aurais bien aime mettre aux oubliettes car tres envahissants mais depuis que je les regarde, que je les accepte, et que je ne cherche plus a les effacer, ils deviennent plus amicaux. ho bien sur il y a encore du boulot !! (rires) mais c est moins recurrent.
Amicalement jennifer.