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LES CHRONIQUES
 


Michel Cazenave
Films Clés


Time machine

"La Machine à voyager dans le temps", de H.G. Wells, est l'un des plus prodigieux romans de science-fiction jamais écrits - ne fût-ce que par sa profondeur de réflexion sur le destin de l'humanité, sur la "nature" humaine elle-même, sur le rapport des hommes au temps cosmique de l'univers.
On pouvait donc trembler en allant voir son adaptation cinématographique, le "Time Machine", de Steven Wells. Or, heureuse surprise, appliquant à la lettre la fameuse parole de Nietzsche : "Vous ne serez mes élèves que quand vous m'aurez rejeté", le scénario est assez infidèle à l'oeuvre d'origine pour en retrouver autrement les plus réelles intuitions, et nous introduire à une fable philosophique - un récit d'initiation en même temps - qui nous force à méditer sur nos parts d'ombre et de lumière, sur le statut du souvenir et celui de l'espérance.
On ne change rien au passé, mais tout peut venir de l'avenir (de l'à-venir), pour peu qu'on l'aborde dans une ouverture du coeur, ou de l'esprit, qui entraîne avec elle une même ouverture du temps.
Cette leçon, néanmoins, se double encore d'une autre en s'y tissant à l'intime : dans l'humanité future qui nous est présentée, la division en Morlocks, créatures souterraines et démoniaques qui renvoient au vieil Indo-européen Mar (la peste), et en Élois, êtres doux, naturels, spontanément bons et en accord à la nature, qui nous rappellent d'évidence les anciens Élohim, cette division est comme le diagnostic de notre double structure en Docteur Jekyll et Mister Hyde.
Comme si les ténèbres et la lumière n'en finissaient de s'affronter, dans une durée tellement longue qu'elle pointe l'éternité...  •

© Michel Cazenave

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