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Time
machine
"La
Machine à voyager dans le temps",
de H.G. Wells, est l'un des plus prodigieux romans de science-fiction
jamais écrits - ne fût-ce que par sa profondeur de réflexion sur
le destin de l'humanité, sur la "nature" humaine elle-même, sur
le rapport des hommes au temps cosmique de l'univers.
On pouvait donc trembler en allant voir son adaptation cinématographique,
le "Time Machine", de Steven Wells. Or, heureuse
surprise, appliquant à la lettre la fameuse parole de Nietzsche
: "Vous ne serez mes élèves que quand vous m'aurez rejeté", le
scénario est assez infidèle à l'oeuvre d'origine pour en retrouver
autrement les plus réelles intuitions, et nous introduire à une
fable philosophique - un récit d'initiation en même temps - qui
nous force à méditer sur nos parts d'ombre et de lumière, sur
le statut du souvenir et celui de l'espérance.
On ne change rien au passé, mais tout peut venir de l'avenir (de
l'à-venir), pour peu qu'on l'aborde dans une ouverture du coeur,
ou de l'esprit, qui entraîne avec elle une même ouverture du temps.
Cette leçon, néanmoins, se double encore d'une autre en s'y tissant
à l'intime : dans l'humanité future qui nous est présentée, la
division en Morlocks, créatures souterraines et démoniaques qui
renvoient au vieil Indo-européen Mar (la peste), et en Élois,
êtres doux, naturels, spontanément bons et en accord à la nature,
qui nous rappellent d'évidence les anciens Élohim, cette division
est comme le diagnostic de notre double structure en Docteur Jekyll
et Mister Hyde.
Comme si les ténèbres et la lumière n'en finissaient de s'affronter,
dans une durée tellement longue qu'elle pointe l'éternité...
©
Michel Cazenave
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